GROTTES : Préhistoire d’une Liberté

Tout commence avec ce que l’on a jamais su tout en le sachant parfaitement, tout au fond de nous, comme depuis les entrailles du temps.

Ce qu’il faut réapprendre chaque jour: la liberté, la sortie de nos grottes, symboliques, intérieures, techniques, sentimentales… créatives. Réapprendre, retour au point mort, et si vivant:

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Grotte Chauvet -30000 AP

Réapprendre tout l’acquis, même celui oublié, au fond de notre culture, à l’échelle sociale, individuelle, les deux un peu. Réapprendre ce que l’on est: faire silence, rentrer dans sa grotte. Dessiner des têtes de lions disparus, des bisons jamais chassés. Des amis jamais connus, des parents disparus.

Rentrer dans sa grotte, son antre intérieur.

Du mythe de la caverne chez Platon aux peintures rupestres de la grotte Chauvet, l’histoire nous rappelle que l’envie de repli, de position foetale, d’oubli du monde dans un utérus reconstruit de gypse et de basalte, est un élan primordial, un désir de repos gestationnaire, d’où est sortie l’humanité, c’est à dire: la culture.

Aujourd’hui: qu’est-ce que la culture, qu’est-ce que la barbarie dans la relation à cette envie de repli sur soi, à cette envie de grotte, de poche bien fermée, enfermée, protégée, communautaire? Hors d’atteinte du monde extérieur et de sa prédation?

Car la grotte avant d’être lieu de gestation, de création, est avant tout lieu de protection, signifiant d’une humanité vulnérable, en détresse.

Le désir de grotte est désir d’une détresse avant de sembler celui d’une paresse. Envie de repos craintif, presque dépressif: envie d’hibernation éternelle, en regardant, derrière le rideau protecteur de lichens tombant comme celui d’une scène de théâtre: le froid et la neige au dehors.

Mais, contrairement à la matrice primordiale, la grotte ne préexiste par à l’homme, comme l’épouse ne préexiste pas à la mère. L’homme est allé chercher sa grotte. Il y a eu quête d’un refuge, et un dépassement de son inhospitalité de prime abord, voire un combat avec ses primo-occupants, autres bêtes sauvages et tout aussi craintives que l’homme. La grotte a d’abord du faire peur. Comme tous les trous. Comme le vide et le noir.ENTREE-GROTTE-L13

La naissance de la culture, de l’homme en tant qu’Homme se fait donc, nous enseigne la grotte, par dépassement d’une peur initiale par l’aiguillon d’une peur encore plus grande: celle de mourir de froid, ou dévoré par un fauve.

La grotte, nue et encore inexplorée par l’être humain dit donc avant tout sa crainte, une forme de lâcheté peut-être. Un homme faible comme un enfant en quête d’une nouvelle matrice. Une nouvelle entrée en soi-même qui le pousse à surmonter cette appréhension immédiate qu’on ressent devant cet oeil béant et vide et obscur et inquiétant: la bouche effrayante d’un enfer avant que d’ouvrir celle d’un paradis.

Puis, dans sa grotte, cet homme pré-moderne qui fait son ours connaît l’ennui. Il y découvre sûrement l’amour aussi, les deux sont peut-être liés. Il y conçoit l’art aussi, mais cela, comme l’amour, demandera un changement de regard, non pas sur lui même: sur l’Autre, l’extérieur. Car une fois dans la, sa grotte, ce n’est plus elle qu’il regarde. Une fois dans son obscurité qu’il avive la nuit des reflets chauds des premiers feux, l’homme découvre l’Extérieur: le jour. Liberté, création, accomplissement de l’homme n’adviennent pas sansla-grotte-des-reves-perdus-cave-of-forgotten-dreams-31-08-2011-6-g

cette double exposition: jour/ nuit, sortie/ entrée. Sans cette double tentation: après celle couarde du repli, celle courageuse, ou tout aussi nécessaire et vitale de la sortie de soi: pour manger, pour chasser. La première sortie hors de la grotte ne fut pas acte de bravoure mais de nécessité: celle d’un ventre qui gargouille.

Et le premier acte de création fut le fruit de deux faims primordiales: celle du ventre et celle du sexe. Images des premières mères, et avant elles peut-être, images des bêtes impressionnante, à la fois menaces et trophées. Et gigots. Représentations des premiers désirs et des premières peurs de cet extérieur si sauvage qu’il faut pourtant bien affronter pour le vaincre, pour en mourir, ou y survivre, puis, enfin, goûter à une liberté conquise, au creux de son humanité en repos, celui sans nul doute du guerrier, dans les bras de la femme, dans les murs peints de sa grotte de renaissance.

L’enseignement des premiers hommes aux derniers que nous sommes?

Qu’il n’y a pas de repos, d’identité, et peut-être pas de paix, pas d’amour sans avoir osé la sortie de sa grotte, la confrontation jouissive et courageuse avec le grand air, la chasse, le combat: épreuves de Liberté.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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