Chronique solaire II- FUGUE: 01/07/2117

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Une chaleur froide avait été annoncée depuis plusieurs jours par les synchronistes du temps.

Personne n’y avait vraiment cru, malgré la renommée d’infaillabilité de la profession.

C’était le début des vacances sur l’hémisphère Nord, la moiteur de l’air écrasait tout, même les insectes semblaient lancer des bourdonnements fatigués à travers les rues, les avenues désertes.

La réclusion générale reignait: pour profiter de la température idéalement réglée des climatisations intérieures, seules transparaissaient de l’humanité quelques silhouettes à travers les vitres des appartements, des véhicules magnétiques. Et les milles facettes qui servaient d’yeux aux mouches lasses devaient refléter ce spectacle de bouches d’hommes et de femmes échangeant des messages muets.

La réclusion générale reignait, et le silence extérieur était presque total.

De toute la capitale, voire de toute la région, de toute la nation, de tout le continent peut-être, seul un homme avait osé sortir. A nu. Il marchait le nez légèrement levé, comme une ombre qui regarde le ciel pour voir de quel côté le soleil la projette. On ne pouvait l’entendre, puisqu’il avançait dans une autre sphère, dans cette touffeur à la limite de l’humainement viable, mais à travers laquelle il se mouvait avec une apparente satisfaction. Un air d’aise, presque de décontraction provocante, légère.

Faisant fi des prévisionnistes, cet homme venait de partir de chez lui, du domicile tribal qui malgré tous ses avantages affectifs et matériels, était devenu beaucoup trop bruyant.

Il marchait d’un pas souple, avec le sentiment de totale impunité d’un évadé dans son bon droit. Ou d’un évadé qui avait aussi, somme toute, toujours été le chef de clan. Il abandonnait le navire, l’évasion était grisante, et lui seul la déciderait définitive ou non. Echappé volontaire et en connaissance de cause, comme il avait  été prisonnier, volontaire- connaissance de causes, mais pas de conséquences.

L’a-t-on dit? Il affichait dans le dos une protubérance énorme, tâche monstrueuse sur l’ombre au sol qui de temps à autre se mouvait auprès de ses flancs, tel les dilatations liquide d’un gros globule noir. En dépit de l’hydrométrie pesante, il avait tenu à emporter son instrument dans une housse au tissus ultra fin et résistant qui soulignait sa rondeur.

Tout en cheminant, l’esprit un peu embué mais heureux, il se disait des choses stupides.

Si le mot “guitare” n’avait pas été de genre féminin, chez les peuples latin, tant d’hommes l’aurait-il autant aimée? Marchant avec elle, l’emportant, tantôt sur son dos, tantôt au bout de son bras ou serrée contre lui, étrangement, par une poignée le long de sa jambe, faisant corps, il ne se sentait absolument pas seul, bien que sous une certaine objectivité antropologique il le fût.

Aussi, comme un gamin qui fait l’école buissonnière, et qui  d’une petite baguette taquine les fleurs du bas côté, une drôle d’excitation, craintive et fébrile, le ramenait à penser en arrière. Comment réagiraient-ils? Seraient-ils d’abord confiants sur son retour puis les jours passant lanceraient-ils, désemparés, tous les services de sûreté de l’individu à sa recherche? Son mot scotché au mur, précisément au milieu de la marque de poussière d’où il avait décroché sa guitare, était assez clair et à la fois évasif pour laisser place au doute, et pour lui à une forme de liberté de choix:

“Je pars, je ne sais pas quand je reviendrai, ne m’attendez pas”.

TO BE CONTINUED…//à suivre…

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