Chronique solaire II: FUGUE (suite…)

RÉSUME DE LA PREMIÈRE SÉQUENCE: loin dans le futur, 01/07/1117, et dans une capitale figée par des vapeurs torrides ressemblant à s’y méprendre à celles, glaciales, qui s’échappaient des antiques congélos du XXIème siècle, quand on les ouvraient fascinés, enfants, en plein mois d’août… un homme fait le foyer buissonnier. Il part, on ne sait où, lui peut-être — le genre à composer en maître dans l’art de la fugue, très baroque, mais non moins maîtrisée. Il laisse un mot dans le vide mural laissé par l’instrument d’où il l’a décroché, et où nous en étions restés:

 “Je pars, je ne sais pas quand je reviendrai, ne m’attendez pas”.

*

Au fur et à mesure qu’il avançait, l’idée quelque peu préoccupante, voire l’inquiétude (pas tout à fait le remords) qu’il avait en repensant aux siens (il était tenté de se dire “au passé”), tout cela s’estompa, se volatilisa comme la sueur qui n’avait pas le temps de perler sur ses tempes sereines.

Sur les contre-allées des avenues, les immenses panneaux de marbre agloméré ondulaient sous les mirages, visions liquides au bord de l’incandescence. Mais extase de la liberté ou efficacité de ses semelles thermoprotectrices, il posait un pied content là où un oeuf eut directement carbonisé.

Toute la cité paraissait s’être vidée des humains comme de son sang. Aucune artère ne battait plus des vrombissements habituels,  doux et magnétiques. Hémorragie. Aucun son non plus, ou presque: les hautes herbes jaunes et sèches qui avait surgit aux pieds des arbres squelettiques lançaient leurs coups d’étrilles rèches dans la brise pesante. Le bordonnement d’un insecte infime se répercutait soudain, amplifié dans tout ce néant.Très haut, un vautour poussa un cri, un aigle lui répondit.

Hector avait connu de pareilles scènes, mais c’était il y a des siècles, en Afrique. Il s’en souvenait cependant avec une mémoire extrêmement vive.

D’une terrasse en hauteur d’un immeuble, des sons roulés de langue bangladaise tombèrent jusqu’à lui. Il pensa que Dakha lui avait toujours fait pensé à Dakar, pensée sans queue ni tête, qui d’ailleurs commençait à lui tourner.

Au bout de l’avenue, un grand éclat de lumière jaune et profonde donnait l’illusion que sa route allait déboucher sur une immense savane. Il en eut brusquement follement envie, comme il avait eu envie de décrocher sa guitare et de s’éclipser alors que tout le monde dormait, en pleine sieste caniculaire. C’était un prurit,  désir irrépressible. Il pris la bouteille réfrigérée dans la housse encore fraîche de son instrument, et tout en déglutissant les gordées avec avidité, la gorge mal rasée renversée vers le ciel chauffé à blanc, il se demanda avec lucidité comment rejoindre l’Autre continent dans les prochains jours.

Une vibration, ou ce qu’il prit comme tel, fit plonger machinalement sa main dans sa poche et d’un doigt involontaire, il consulta ses messages. Stella venait de lui en envoyer un, mais qui ne contenait aucun mot. Il en eut un pincement au coeur, il aurait voulu lire une angoisse, une interrogation agressive, un reproche…: rien. C’était comme si ce message, qu’il pressentait par instinct qu’il serait le dernier de sa femme avant longtemps, reflétait simplement l’état général des choses, de la ville, de sa vie qu’il quittait: un Rien. Mais il ne s’arrêta pas pour autant, ne fit pas demi-tour. Tout irait bien pour eux, ils ne manqueraient de rien, de rien, non plus, absolument (amicalement, sentimentalement, matériellement) de rien, pas même de lui au fond.

Il continua, vers le halo jaune d’aridité, happé.

Savane%20arride

… seconde bouchée, reste à suivre.

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out /  Change )

Google photo

You are commenting using your Google account. Log Out /  Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out /  Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out /  Change )

Connecting to %s