PARDONNER LA CONNERIE

C’était l’histoire d’un mec… qui a fait que cette semaine n’a que 4 jours de boulot. Un mec un peu bizarre mais qui a dû quand même bien exister, même si c’était il y a longtemps.

Un mec qui serait bien étonné s’il savait qu’en souvenir de sa mort et de sa résurrection (hypothétique) un paquet de gens sur cette boule bleue se baffrent chaque année de chocolats,  jusqu’à la crise de foie. Masquant l’autre, celle de foi, qui n’est même plus en crise (pour être en crise, encore faut-il exister)…

Alors malgré le Doute, on peut quand même être sûr d’une chose: quelque part, un jour de printemps, vaguement nuageux même au Proche Orient, un mec, celui-ci, un mec bien (même si c’était rare comme aujourd’hui) a dit un truc à des types qui lui enfonçaient des clous dans les paumes, les pieds etc. sinon ça tombe (de la structure en T qui n’était pas une croix en réalité historique)…

“Mon père, pardonne leur, il ne savent pas ce qu’ils font”.

En bien meilleure posture que ce type, un individu de sexe féminin part pour sa semaine de 4 jours, l’estomac plutôt en bon ordre pour un lendemain de Pâques, l’esprit, cependant, lourd de déceptions mal digérées, ou pressentiment de celles à venir. Ne jamais trop espérer.IMG_9043

Arrivée à la hauteur d’un bistrot bien connu du quartier et sur lequel le regard aime toujours à s’attarder, comme pour se rassurer que la vie continue, puisqu’il est bien là, qu’il y a transmission, continuité, que modernité ne signifie pas tabula rasa, qu’il y a bonne cohabitation entre héritage et avenir… Tout à coup: arrimés à la façade du bistrot comme les centurions en train de clouer, mais cette fois pour déboulonner… Avec stupéfaction, horreur puis indignation, elle lit (au dessus du bandeau en capitales rondes années 30 :”TRANSPORTS- AU BOUGNAT” mais il n’est déjà plus) l’affichage officiel,  en plus petit comme s’il en avait honte et qui seul subsistera avant autodestruction:

PERMIS DE DÉMOLIR

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Démolir.

Ou pardonner.

Deux tentations.

Respirer.

Injurier.

Mots inoffensifs. “Connards!” Ignares.

“Pardonne leur (on se le dit à soi même plus qu’à son père d’ailleurs) ils ne savent pas ce qu’il font”.

Élévation, sentiment d’altitude, on reprend le dessus.

Déjà, ça va un peu mieux. Phrase évangélique tellement efficace pour tuer dans l’oeuf pascal la si désagréable sensation de haine et de rancoeur montante. Être bon: mansuétude, intelligence, uniquement par égoïsme: à quoi bon vouloir la bagarre, laisser se déchaîner le mal engendré par le mal? Irénisme. Angélisme? La haine suinte comme une blessure mal cicatrisée, le mal fait mal, alors: libérer, pardonner, vraiment égoïstement, ne pas haïr au lieu de détester, continuer à croire, pas en Lui, mais en eux, les déboulonneurs de tout poils, les sapeurs d’espoir et de poutres années 30, les auteurs maladroits de mauvais messages ou d’actions. Continuer à croire aux hommes, par delà leur inconscience:

“Ils ne savent pas ce qu’ils font”… C’est tout con.

Savoir Ce mal surtout qu’il font. Bête, pas méchants: différence de conscience. Loin de se douter de la portée de leur geste, ou du geste qu’il ne font pas, qui serait le bon.

Pas conscience, pas de conscience. Aucune alerte en eux ne se met à tinter: faire du mal sans le savoir. Pas méchants, pas sciemment: nocifs, seulement. Ne se posent pas de question, ou refusent de se la poser. La bonne. Celle des conséquences, du bien ou du mal, de la souffrance, ou de la perte causée, aux autres, à la société.

Et le Bougnat est loin derrière ces mots, mais l’Auvergnat n’en finit pas de pleurer. Larmes de sang du Christ, pas pour lui, mais pour l’humanité. Bêtise inconsciente qui pourrait faire tout basculer dans le bonheur, il suffirait d’un rien, d’un homme qui dit “non”, ouvre les yeux, retient son geste, fait le bon, si facile. Celui qui fait du bien pour des minutes ou des siècles.  Idem.

L’Auvergnate, la femme du bistrot, celle qui était amoureuse secrètement du bougnat qui n’a pas osé et qui s’est juste effacé pour ne pas casser la gueule à ce gros dégueulasse qui ne la rendait pas heureuse… L’Auvergnate pleure sa devanture toute mouillée par la pluie des lendemains de cloches un peu tristes. Comme il ne savait pas ce qu’il ne faisait pas, elle l’a laissé partir en silence, sans même qu’il s’aperçoive de sa propre disparition, ce con. Cet inconscient. Cette petite nature effarouchés par l’enjeu trop grand de la vie et des actes qu’elle nous tend, comme des mains, pour qu’on les prennent, pour qu’on comprennent.

Mais le bougnat est parti, il s’est débiné, on l’a démonté, on a descendu un corps de l’endroit où on l’avait cloué et avec le sentiment de la bonne conscience soigneusement évitée, on s’est demandé maintenant où on irait bien boire un coup, où on irait l’embrasser, où on irait l’écouter lui sourire, l’admirer et se chauffer à sa bonne parole, de bon petit vin et d’amour donné pour nous, maintenant qu’il n’y est plus.

?

Et l’Auvergnate et Marie de Magdala et la passante pleurent sans faire de bruit — on a beau leur parler de résurrections, elle n’y croient pas beaucoup.

Reste le pardon.

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MIRAGE HEUREUX

J’ai cru à un mirage. Je veux dire je ne retrouvais pas la bonne image, je ne retrouvais plus du tout cette image parue dans un article du New York Times, illustratrice Marion Fayolle, titre “WHY YOU WILL MARRY THE WRONG PERSON”. Pourquoi vous vous marierez avec la mauvaise personne, en clair et en français.

Aucun intérêt pour le fond, seul le dessin (doux et poétique, Little Nemo en robe blanche, parfait) m’a attirée.

Mais j’ai cru à un mirage, l’article et surtout son illustration avait soudain disparu de la première page du journal, comme par magie.

Comme par mariage qui s’évapore comme un mirage, anagramme parfait.

“T’y crois toi, au mirage? Je veux dire, I mean, l’institution du mirage, la bague au doigt sur une nappe d’eau imaginaire en plein Sahel… ?”

Comme les mirages, le mariage n’est qu’une croyance, qu’un mot, de l’eau… sur des joues roses devant un prêtre, sur des joues pâles devant un psy quand le mirage ne s’est pas réalisé comme on voudrait, comme on y croyait tant pourtant. Ou pire: comme on y croyait plus.

Les mirages se dissipent comme les mariages passent quand d’autres persistent, ou résistent.

RESISTE!! Styles: pop, rock’n roll ou classique.

A chacun son mariage, à chacun sa musique. Eclectisme s’abstenir, constance oblige conformité au dogme, transgression menace… de n’en faire qu’un mirage à contourner, pour s’amuser, ou pour se libérer de l’emprise du mariage flou comme un mirage: danger.

Mariage pour essayer, mariage sans regret une fois balayé d’un petit coup de divorce: Amitié.

Mariage entre adultes consentants: responsabilité. Mariage= enfants, après mariage d’enfants, tout minots, et ça roule comme le 4×4 sur un sable fin et dur, direction: mirage parfait.

Il n’y a rien à dire, c’est donc bien un mirage, un mot.

Ou seulement bien se marier, comme des couleurs à contempler. Alors être marié: être surtout miré, reflets de son propre mirage, se mirer dans les yeux de l’autre. Vrai mariage, nature, qui fait voir des mirages, la vue se trouble sous le coup de chaud, soleil aveuglant — tu brûles.

Mirage, mon beau mirage, qui n’a pas besoin de mariage pour qu’on y croit, mirage réel et stupéfiant qui devient tout à coup vraiment de l’eau, fraîche, que l’on boit sans se désaltérer jamais totalement. Dingue.

Mirage libre, tranquille comme un lac d’argent, immense miroir inconnu des cartographies sociales et où passe seulement de temps en temps: le reflet d’un petit avion sauvage…