LA CÉLÉBRITÉ

 

 

 

HOMMAGE.

“La célébrité, la publicité
Photographiée ou interviewée
Mais quel effet cela vous fait?

Moi, j’aime faire du cinéma
Bien isolée dans les lumières
Le monde alors n’existe pas
Je m’abandonne toute entière

La célébrité, la publicité
Photographiée ou interviewée
Mais quel effet cela vous fait?

J’aime courir dans le jardin
Et respirer la marjolaine
Mâcher les brins de romarin
Cueillir un bouquet de verveine

La célébrité, la publicité
Photographiée ou interviewée
Mais quel effet cela vous fait?

J’aime être seule dans ma cuisine
À éplucher des petits pois,
Des carottes, des aubergines
Tu parles au chien, j’entends ta voix

La célébrité, la publicité
Photographiée ou interviewée
Mais quel effet cela vous fait?

Je n’aime pas dormir sans toi
J’ai besoin de tous les coussins
Je les arrange autour de moi
Je dors très mal jusqu’au matin

La célébrité, la publicité
Photographiée ou interviewée
Mais quel effet cela vous fait?

Ça peut faire plaisir quelquefois
Ça s’oublie avec le chagrin
Ça ne m’impose pas sa loi
Ça n’assouvit jamais la faim
Ça ne tient pas chaud quand j’ai froid
Ça ne me tient pas compagnie
Ça ne m’embrasse pas les doigts
Ça ne remplace pas ta vie
Ça ne remplace pas ta vie

Paroles: Jeanne Moreau.

 

TOURBILLON

 

 

FIN D’UNE EPOQUE

Claude Rich est mort.

Max Gallo s’est endormi.

Mais Simone… (oser le dire?) veille, depuis son paradis…

Vieux. “En âge de…”, s’il faut absolument qu’il y en ait un pour tout… donc quelque part, justice et altitude: ordre naturel. On ne dit trop rien, alors,  mais on y pense, quand même ça laisse songeur.

“Un jour on va partir en l’air, et la vie sera…” chantait Souchon. Encore vivant.

C’est sûr, ça se barre, sans retour.

Claude Rich est émouvant, parce que si léger, si “sous ses airs inconsistants” de vieil ado déguigandé et moqueur des Tonton Flingueurs – race des éternels enfants, pas un génie, pas une grande figure, mais quand même une figure. Histrionne, chouïa aristo désinvolte imbu au moins d’un talent… certes, mais on ne sait pas pourquoi, ou si, à cause de tout ça, ça rend triste. Ou juste pour un oeil, un sourire, on ne s’y attendait pas. “Merde!”

Max c’est différent. Max, c’est “pas de belle nécro en évidence dans Libé”.

“WHY?” Ma perché???

Manifestement une réticence médiatique, désir sans réciprocité, soif de reconnaissance, du CAP de mécano à l’habit vert… Max émeut, et fait la transition avec Simone. Parce que Max renverse le jeu, “Il est liiiiibre…”… Max, de gauche à droite, porte parole gouvernemental sous un président qu’il qualifiera à sa mort de ” stratège de son propre plaisir” (cf nécro du Monde).

On garde la citation. Et on garde Max, en tête et au coeur, quand il s’agit donc de se rappeler la liberté totale d’être, la force de la volonté, le choix de son destin – hugolien. Victor, dont on sentait l’influence dans le lyrisme un peu excessif parfois de son style. Mais peu importe au fond, quand ce lyrisme là n’est que le débordement d’une volonté et d’un courage farouches, inébranlables. Alors des fois ça déborde, ça vient des origines, forcément, ça exagère, ça déporte le jugement… personne n’est parfait. Mais reste le modèle, surtout moral, dont on a besoin, au delà des opinions sur l’identité et le roman national… un fils d’immigré italien, CAP de mécano, puis tout le reste à bout de bras d’Atlante: bac, agreg’ d’histoire, enseignant à Science Po, romancier historien, un peu historique. Un uppercut dans les tripes molles et les découragements faciles.

Enfin, Max lu sous le bon angle, à tous ceux (nombreux) qui en ont tant besoin: si ce n’est un modèle, du moins un espoir.

Puis Simone Jacob, au delà du modèle et de l’espoir.

Preuve que l’uppercut moral d’un petit bout de femme peut-être plus puissant que celui d’un géant d’origine piémontaise d’1,93m.

On en est là. Simone, “humblement fière”, ce qui peut sembler un paradoxe, et pourtant c’est ça.Capture d_écran 2017-07-24 à 12.58.17

Et c’est elle qui pourrait avancer le menton comme Rich le faisait naturellement. C’est elle qui pourrait lancer au siècle, voire au millénaire qui s’entre’ouvre:

“Chiche!?”

Alors se pose la question, ou le problème, des circonstances historiques uniques, prérequis à destins uniques. Sans les unes, pas les autres.

Quelque part donc “pourvu qu’il ne puisse plus jamais y avoir de Simone”.

Mais immédiatement quelque chose  nous dit qu’il y en aura.

Fin d’une époque, mais pas de l’Histoire. Pas la fin des catastrophes d’où surgiront nécessairement des résistants, des résistantes.

Simone & Co nous abandonnent là, ils nous refilent le bébé: un monde dans les bras.

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Plus complexe, plus insidueusement dangereux que celui qui les vit naître.

Infiniment plus dangereux, même, par le fait que les “plus jamais ça” du siècle passé nous le présentent comme un enfer indépassable dans l’horreur humaine.

Or on peut toujours faire mieux.

Violence tantôt explosives, ou sourde, mais constante, implacable, moins évidente qu’une invasion de la Pologne. Dictatures tentaculaires, courants aux ramifications multiples, ennemies des uns, amies des autres, pensées, modèles économiques, technologiques qui ont toutes, aussi divergentes qu’elles paraissent, certains traits communs: absence de résistance critique de l’individu qu’elles attrapent, inéluctable mise en branle, aveuglement sur le fait qu’un modèle opposant ou alternatif (Avant garde progressistes ou résistantes) puisse avoir une chance. Obnubilées par leur propre certitude à devoir l’emporter.

C’est la fin d’une époque qui va nous paraître de plus en plus simple, qui avec le temps, nous fera peut-être dire “c’était le bon temps” – des conflits planétaires carrés, faciles. Presque grossiers, gamins.

Pas besoin d’Edgar Morin pour sentir que cette complexité actuelle est d’un genre nouveau, à aborder avec une finesse de pensée, d’évolution dont l’espèce humaine n’est peut-être pas encore capable – le sera-t-elle jamais?

Comme avant toute épreuve ou cataclysme, et sans surjouer les Cassandres: s’il fallait parfois avoir davantage peur de l’insouciance que du cataclysme devant lequel elle jette ses paillettes tactiles… tragique légèreté, fatale dérobade.

« La meilleure politique tente de lutter contre la destruction que la science porte en elle, et contre la violence que l’humanité porte en elle »

André Malraux, Antimémoires III,3 (Pléïade, p262)

 

 

L’OGRE

 

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“OMINOUS”

C’est le mot qui viendrait, en anglais. De mauvais augure, “bad omen”.

Ominous, comme “Enormous”. Avec quelque chose qui pèse, écrasant.

Cet après-midi, la prise de vue tremblante sensée filmée de manière familière, proche comme si on y était (à sa place), comme en off, a saisi cette image:

Après les salutations, deux personnages s’engouffrent (car en effet il s’agit bien d’un gouffre, comme une grotte obscurcie par le contre-jour) dans l’immense porche un peu bizarre des Invalides (manifestement il y a des palissades de contreplaqué, on pense à des coulisses).

Le pas est lent, et cette gravité solennelle comme un ralenti a quelque chose d’effrayant, on ne sait pas- on le sent.

E-M vient de quitter B, DT vient de quitter M, et les voilà tout seuls, entre hommes.

Et le voilà tout seul, 1,73m.

Et le voilà, le genre trop entouré par son propre corps pour avoir jamais l’air vraiment vulnérable ou seul: 1,88m

Perrault, Grimm, Tournier. Le roi des Aulnes.

Vers quelle fable bizarre, flippantes d’un 14/07/17 nous embarquent-ils?

Dans quel conte nous font-ils pénétrer?

Monde où ils ne sont tout à coup que des ombres, des silhouettes: leurs vraies nature?

On ne sait pas, vraiment on ne sait pas, comme des petits enfants qui ne comprennent pas, et EM est-il comme nous un petit enfant naïf qui va se faire bouffer?

On a peur pour lui (instinct maternel?)

Ou est-il Chat Botté, Petit Poucet malin?

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Petit Poucet malin?

Faut-il refermer le livre, faut-il le lire, oublier…

On cherche la lanterne faible qu’éclaire le château, le château de l’ogre, on est perdu: ou la lanterne magique, monumentale du Petit Poucet…

Dans le bois obscur, jaillissant, inondant… compensant… merde (!):

La Tour Eiffel.

Bon appétit…

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