SI LEN CIEUX

 

ACCORDÉON SILENCIEUX

 

Dans la rue de Levis

L’est un accordéon silencieux

Un accordéon silencieux

Qui joue tout doux, tout petit

Dans la rue des gens heureux

 

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Dans la rue de Levis

L’est un accordéon silencieux

Un accordéon silencieux

J’y pense tous les midis

J’ l’ écoute avec les yeux

 

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Avec les yeux, rue de Levis

Passent des sons silencieux

Des sons silencieux

Qui s’glissent en catimini

Dans les coeurs, pas tous joyeux

 

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Dans la rue de la vie

En fermant les yeux

Fermant les yeux

Un accordéoniste sans bruit

Joue des airs silencieux

Venus des cieux,

Venus des cieux.

😉

 

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                                                                                                                                              ©lr.isselee

 

FAR OUEST

Il était une fois, dans un certain Ouest, il y a très longtemps, des images de chaps très amples sur de grandes jambes, sans doute celles de John Wayne. Une chanson d’Eddie Mitchell, et d’ailleurs,  le dit Eddie en personne installé dans une salle de cinéma, tout seul.

Ce sont des souvenirs, presque de la nostalgie… et puis finalement, non, pas de nostalgie.

On pourrait parler de la douleur de la disparition: comme s’apercevoir de photos ou de montages un peu puérils effacés par mégarde d’un blog encore imparfaitement maîtrisé. On pourrait en ressentir un petit pic au coeur: un vase de grand-mère se brise. Voilà. C’était comme ça, c’est irrécupérable. On a pas fait de sauvegarde, et de toute façon, la sauvegarde éternelle n’existe pas.

Bon. Finalement les chansons d’Eddie Mitchell sont un peu tristes comme un vieux chewing-gum remâché longtemps après avoir perdu son goût. On insiste: ça ne sert à rien. La Fille Menthe à l’Eau à l’instar de la Dernière Séance donne un jour envie de zapper, d’employer un mot exprès, qui ne se disait pas en 1987, passer à autre chose:

Le Présent.

Donc l’Avenir, la vie, le flux.

Mais malgré tout, les films de Cow-Boys et d’Indiens du mardi soir nous rattrapent: on échappe pas au clins d’oeil du Hasard.

Comme sous une vieille couche de papier peint déjà ancien on en redécouvre une autre, plus originelle, vintage, presque précieuse, voilà la façade surgie derrière la devanture en démolition du cinéma Pasquier, 44 rue Pasquier, M° Saint Lazare, Paris:

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On pourrait écrire un tas de choses un peu poussiéreuses et grise comme cette image. Un soir de février 2012 où le chauffage ne marchant plus, il y eut une dernière séance sur le film de Patricia Mazuy, Sport de Filles, où le froid glacial forçait les spectateurs à garder leur blousons, parfait pour un film d’équitation, “comme si on y était”, en extérieur, se pelant de froid comme toujours au bord d’une carrière où tourne un cheval. Dernière image, on reste là dessus, ironie du sort et lien subtil.

Un film un peu à l’ouest, vrai et brut sur les chevaux comme ultime expérience d’une salle qui nous ramène ainsi au rideau qui tombe de la chanson d’Eddie, aux cinémas qui disparaissent, et celui-là, s’appelait en réalité, on le découvre au moment de sa fermeture emblématique: le Far West.

“Drôle”, donc pas tout à fait triste, quand même.

Σ

Il y a d’autres Far West qui ne se ferment pas. A l’intérieur. Qui ne se fermeront pas comme des pas de danse de côté, des petites folies et des sursauts pour faire différent, complètement à l’Ouest, frais. Les grands Ouest mythifiés depuis le début,  Sergio Leone, les couleurs vives du vrai ciel bleu, et même les noirs et blancs encore plus intacts, My Darling Clementine, John Ford, la désinvolture cavalière et calme d’Henri Fonda…

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Pleins de rêves barrés très à l’Ouest, grande lumière, pas de regard en arrière, tant pis si un fichier remplace une projo sur écran du Pasquier, c’est le cours des choses. L’essentiel: qu’un ado de 14 ans visionne en 2017 sur son mur de chambre ou son écran Mac les contrastes violents et que leur fraîcheur atemporelle le fascine, le charme, l’envoûte.

S’il faut disparaître pour renaître,  se transformer pour évoluer mais pour rester, alors, rien ne mourra— surtout pas le Far West.

Ω

Ailleurs… quelque part aussi très à l’Ouest, d’autres pas de danse courent sur des planches au clairs de lune breton, des baskets aux pieds, des piercings au lèvres, ou des robes à fleurs, ou des galoches d’antan… parfums de plages et de crèpes, et de bouses et de brumes, de bruines et de soleil, d’air iodé et chaud sur les plages finistériennes aux  eaux de caraïbes…

A chacun son grand ouest, son  Fest Noz breton, ses rêves cinématographiques qui n’ont même pas besoin de “résister” puisque leur charme profond attirent la vie et la jeunesse, aujourd’hui, demain, vers eux, tranquillement…

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©clrisselee

 

 

 

LA PURETÉ

 

Sur la contemplation d’une goutte de lait. (bio, issue de vache jersiaise):

Symptômes du Désir de Pureté

Plus le monde se complexifie, plus les lignes s’épurent.

Ou encore:  plus il y a sentiment de complexité, plus il y a effroi, plus la contemplation de lignes simples, géométriques, découlant de lois physiques (la verticale parfaite de l’eau qui tombe)  est nécessaire, rassurante.

On parle aussi de lignes pures, comme au premier temps des hommes.

L’Alpha et l’Oméga: l’épure.

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Art pariétal préhistorique: Tassili n’Ajjer, Algérie.

Comme la fascination de l’enfance pour le carré, le rond, le triangle. Des pyramides. Des degrés rectangulaires, des cercles. Signes totémiques

Ramener le stade le plus complexe de l’évolution humaine à une dimension simple: la plastique Macintosh. Rôle quasi religieux: transmettre en langage clair une folle nébuleuse arachnéenne: la toile-monde.

Aujourd’hui la pureté est donc à double face: signe d’une intelligence supérieure, politiquement, culturellement, financièrement (donc globalement): celle nourrie au soleil californien et, en même temps, désir d’une limpidité impossible, presque d’un retour à zéro contre le trop plein et l’excès chaotique. Stabiliser le tourbillon: fuir la courbe, l’arabesque. Mais également reflet des lois de la mathématique, de l’informatique qui de la finance à l’hypertechnologie innerve et structure un ordre si mouvant qu’il ressemblerait presque au désordre que par ailleurs il déclenche.

Utopie, mythe entaché.

Dit autrement: l’idée de la pureté  rassemble donc en elle la contradiction entre une utopie qui se réalise et une autre de plus en plus inatteignable (à mesure que l’autre se réalise justement). La complexité rationnelle et la simplicité avec laquelle celle-ci se matérialise (dans l’outil hyperconnecté etc.) sont cette réalisation. Le rêve d’un Nirvana, d’un zéro pollution, d’une détox planétaire (via dénucléarisation totale) d’un retour à la paix, à l’ataraxie contre l’hybris, sont cette utopie irréalisable.

La pureté recèle encore une autre ambivalence: celle entre pureté “morale” et pureté esthétique,  d’apparat. La rigueur, pureté morale intérieur d’un Cyrano contre la fraise blanche enserrant des tempéraments troubles.

La pureté des apparences a ses démons, cache des démons. Le mots “Reinigung”, nettoyage, “Reinheit” pureté, en Allemand connote l’aboutissement extrême, fasciste et fratricide de cette fascination frustrée de l’homme pour quelque chose qu’il ne sera jamais: une espèce “pure”. Et le fait qu’un peuple ait voulu l’être sur un autre a failli le salir à jamais (voire l’éliminer lui même par retour de boomerang). Écueil donc de tous les puritanismes, religieux, moraux, esthétiques…

Désir de Rien comme retour de balancier d’un désir de Tout inassouvi. Jeunesse passant du whisky à l’enrôlement islamiste, anorexie après ou avant obésité. Idem.

Par petites gouttes en l’Homme.

Il n’y a finalement, sans doute, pas de monde pur, pas de jeune fille pure, peut-être même pas d’enfance pure.

La pureté d’un élément est une conception scientifique, chimique. Et toute force a besoin d’alliage.

La pureté, ce synonyme de “fragilité”.  Crystal. Presque un manque d’identité, de substance, d’existence:  transparence.

Être, vivre, agir, c’est faire le deuil d’une pureté parfaite, sans aller jusqu’à trop se salir les mains (cf Sartre).

Il n’y a pas de pureté, mais il y a la consolation d’instant de pureté. Il ne faut pas la vouloir totale, permanente (crémation, mort, néant définitifs), il faut juste en espérer des éclats, des petites gouttes, d’eau, de lait intact. Un son pur, même si ça sonne faux ailleurs, un air pur, un sourire pur, un regard pur, l’instant d’un oubli, l’instant d’une joie, un pur silence.

Un homme ou une femme purs: après une bonne douche intérieure. Ou après une rencontre, une chance — meilleures parts échangées.

Ne pas croire du tout à la pureté serait la pensée d’un cynique, d’un homme qui n’oserait plus croire à la beauté, à une forme intacte, juste une forme,une courbe, un tracé impeccable, qui n’oserait alors plus croire en lui: non à sa perfection, mais à sa perfectibilité.

On imagine alors facilement un tel homme fondre en sanglots, tout seul, face au souvenir d’une femme, face au galop fou d’un cheval blanc et sentir l’éblouir malgré lui, à l’ intérieur, un flash:

quelque chose de pur.

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