THE (new) MISFITS: DÉsaxés- INadaptés ou Suradapté sociaux?

“La police a saisi des armes et des ordinateurs à Mesquite, ainsi que dans une autre de ses multiples propriétés à RENO, dans le nord de l’Etat”.*

Reno.  Comme quelqu’un qui n’aurait pas beaucoup voyagé, ou comme quelqu’un de vieux, âgé, à l’intérieur au moins, qui serait resté connecté avec une filmogaphie et une vision de l’Amérique (quelqu’un qui ne dirait donc pas les USA, ou “Les States”) ne dépassant pas les années 60s, RENO évoque immédiatement: John Ford. Film de 1962, Les Misfits, sur un scénario d’Arthur Miller.

Le titre original “THE MISFITS” a été traduit par “Les Désaxés”.

Simplement parce que “Les Inadaptés” sonnait mal, et que, comme ces inadatpés là (Marylin, Gable et Montgomery Cliff entre autre) tenaient dans le film (et dans leur vie?) leur “inadaptation” d’un petit problème un peu cérébral, instable, fralés, fêlés… quelqu’un s’est dit que “Désaxés” serait mieux: trahison de l’adaptation, plus qu’une traduction.

“C’était un copropriétaire de Sun City, comme les centaines d’autres qui passent la matinée au golf et descendent le soir écouter le faux Elvis qui se produit au casino Casa Blanca, sur Mesquite Boulevard”*

Car MISFITS, dans le scénario de Miller, recouvre une ambivalence riche de sens que le titre français élude.

Misfits. Mis: mal, négatif; to fit: aller, être ajusté. Plus que le sens littéral d'”adaptation” on  a ici une connotation très physique, par exemple pour dire qu’un vêtement vous va, que quelque chose, une pièce mécanique rentre bien dans une autre: it fits (you, in…) etc.

Dans le film de John Ford, il est autant question d’une histoire sentimentale, de personnes qui n’arrivent pas à “aller” ensemble, qui sont des misfits l’une pour l’autre (transposition par Miller de sa rupture avec Marylin dont le scénario est un exutoire: dans le film le personnage de Marylin, Roslyn, commence par un divorce et hésite entre deux autres rencontres, dont le vieux Gable, tout aussi mal assorties, mais attirées cependant les unes vers les autres…) que de quelque chose à l’écho plus social.

Toute cette bandes d’inadaptés sentimentaux et pourtant très humains sont aussi un peu des marginaux. Et c’est l’autre sens de misfits: qui ne collent pas –  avec la société. Des types à part, un peu des losers: des types qui bricolent leur vie comme leur maison sans jamais réussir à l’achever, et qui finissent par tuer des chevaux mustangs (seuls êtres plus libres et sauvages qu’eux) pour arrondir les fins de mois.

Tout au long du film, tout au long de leur dérive ensemble, ils passent ainsi de l’environnement urbain de la petite ville de Reno à des zones de plus en plus retranchées pour aboutir, cul de sac et, l’une des scènes finales, dans cet amphithéâtre montagneux, désertique, pour une chasse désespérée, au mustang et en avion.

“Située dans un cul de sac, dotée d’une vue panoramique sur la ville et les montagnes, la maison du 1372 Babbling Brook Court n’est pas dans les plus grandes – qui possèdent une double baie vitrée – mais elle est estimée dans le quartier à quelque 300 000 dollars (255 000 euros). Le jardin est ascétique” *

Stephen Paddock, l’auteur de la tuerie de Las Vegas dimanche 1er octobre  était-il un Misfit? Un désaxé, inadapté social? Partage d’un même cul de sac? Dans l’impasse sociale?

Ou tout le contraire?

La société américaine ayant tant changé depuis les années 60s, serait-ce d’y être trop adapté qui rendrait fou?

“Stephen Paddock et ses trois frères ont été élevés par leur mère seule. D’après le témoignage d’Eric Paddock, l’un des frères du tueur, leur mère leur avait dit que leur père était décédé alors qu’en réalité il était en prison. Benjamin Hoskins Paddock a été condamné en 1961 à vingt ans de réclusion pour plusieurs braquages de banque. Il s’échappe en 1968 de la prison fédérale de La Tuna, au Texas, avant de devenir concessionnaire de voitures d’occasion et animateur de jeu de bingo dans l’Oregon. Il figurait sur la liste des personnes les plus recherchées du FBI.”*

Retour dans les années 60s, matrice de la seule fêlure du CV de Stephen Paddock. Ironie de l’histoire: c’est pendant l’année même du tournage des Misfits que le père du tueur quitte le rang. Mais pas de nécessité dans l’hérédité du fils:

“Pas de casier judicaire. Pas d’enfants. Ancien comptable et investisseur immobilier il était devenu joueur de poker professionnel, plutôt fortuné. Aucune dette connue. « Un homme normal et ouvert », dira un de ses anciens voisins.”*

So what?

Inadaptation, suradaptation? Adepte et très accroc au jeu comme le personnage d’Isabelle, l’amie de Roselyn elle aussi divorcée et au bonheur feint, dopée au whisky.

Suicide: donc haine de soi dans ce moyen terme d’une adaptation imparfaite, rébellion?

$$$

On pourrait gloser, et mettre les déserts du Nevada, entre autres, avec leurs îlots comme celui de Paddock, les Sun City en tout genre comme replis terminaux de toutes les névroses en fin de vie parfaite: sur le divan.

Colosse aux pieds d’argiles qui se tire des balles dedans. Miller élargissait sa critique des relations amoureuses en échec à celle, bien au delà, d’une société devenue aride comme ses déserts, où les bagues de mariées se jettent avec des sourires contraints dans la Truckee River. Où l’on tue la beauté des chevaux sauvages: Marylin, folle de lucidité, comme un dernier sursaut de vraie révolte humaine, pique sa crise, puis se soumet, comme ces chevaux, à la loi du lasso.

Beau symbole de liberté.

Quelle est la société promise qui crée de tels humains? Où est le rêve?

Bris de verre et santiags ensanglantées, chapeaux de cowboys renversés: dimanche deux réalités soeurs se sont autodétruites, le mythe et l’envers du décor se sont télescopés. L’Eldorado de la valeur argent (Las Vegas) touché en son coeur a fait faillite.

Mais l’Etat Fédéral botte en touche et veut (et va) trouver les preuves d’une connexion avec l’Etat Islamique, et refoule l’évidence de ses cancers (cf National Rifle Association). De ses maux certes producteurs de richesses matérielles. Financièrement, la balance est OP. Le taux de chômage sûrement moins bas qu’en Europe. Au pays des retraités repus et des machines à sous…

Bilans Humains?

Capture d_écran misfits à 11.06.09

*Extraits du journal Le Monde articles de Corine Lesne et Nicolas Bourcier.

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