IDOLÂTRIES : l’être ou ne pas l’être (J).

 

Les gens l’appelaient l’Idole des jeunes… Et que l’on soit Johnny ou pas, il faut rendre hommage à une certaine cohérence de ton, d’image. Pour rester dedans. Il partira comme il est venu : sur une certaine idée du show, de l’art de la mise en scène, dont lui même, preuve d’une certaine intelligence, n’était peut-être pas totalement dupe. “Il en est même qui m’envient…

Mais ils ne savent pas dans la vie
Que parfois je m’ennuie

Je cherche celle qui serait mienne
Mais comment faire pour la trouver
Le temps s’en va, le temps m’entraîne
Je ne fais que passer.

Dans la nuit je file tout seul de ville en ville
Je ne suis qu’une pierre qui roule toujours
J’ai bien la fortune et plus et mon nom partout dans la rue
Pourtant je cherche tout simplement l’Amour

Plus d’une fille souvent me guettent
Quand s’éteignent les projecteurs
Soudain sur moi elles se jettent
Mais pas une dans mon cœur.

Dans la nuit je file tout seul de ville en ville
Je ne suis qu’ une pierre qui roule toujours
Il me faut rire et danser et le spectacle terminé
S’en aller ailleurs au lever du jour

Les gens m’appellent l’idole des jeunes
Il en est même qui m’envient
Mais s’ils pouvaient savoir dans la vie
Combien tout seul je suis
Combien tout seul je suis.”

Paroles adaptées par Ralph Bernet sur un titre anglophone de Ricky Nelson.

 

Quand l’Idole précédait Dieu : question de valeur.

L’idolâtrie, pêché suprême forgé par le mythe hébraïque du Veau D’Or, c’est le culte fustigé de l’image qui n’est qu’image.

D’une coquille vide, non substantielle, contre laquelle s’érigera le principe profond du monothéïsme : croire en quelque chose d’invisible mais qui existe davantage, remettre le coeur, l’esprit et l’âme, une forme d’authenticité de l’humain au premier plan.

Au tout tout début, l’idée du Dieu unique s’oppose ainsi à l’Idole, et surtout aux idoles, et se crée par rapport à elles. Le désir de l’authentique nait d’une révolte contre l’inauthentique. Pas une idée néfaste ni bête à l’origine : c’est vouloir mettre fin à la superstition, à l’amour de quelque chose qui n’existe pas. C’est vouloir arrêter que les hommes se trompent les uns les autres par fétiches interposés. C’est vouloir, c’était vouloir, le début d’une spiritualité intelligente, ou encore plus simplement : mettre la valeur au centre de la foi. Croire en quelque chose d’essentiel, casser le superficiel.

Or, faire comprendre aux gens qu’un veau tout en or n’en avait pas, de vraie valeur, ce n’était pas une mince affaire :  Moïse n’a jamais vraiment fini le boulot.

Désir de Show identitaire : Saint Bling Bling.

Bon. Il y a donc désormais “Hommage national”, “Hommage populaire”… un peu différent d’une entrée au Panthéon. Pas tout à fait des prix Nobel… et les légions d’Honneur?

Images sans fond, substances et valeurs tapies dans leur ombres, sans images. Société du spectacle. Toute la réflexion contemporaine de l’image, de la société de consommation vient de ce creuset d’ébullition artistique et intellectuel, contestataire et conformiste dont la naissance, ou la création de Johnny fut le premier produit emblématique, en France.

Spectacle dont la société a besoin. L’humanité ne changera pas, non. Elle aime le bling bling, l’émotion facile à grands coups de cymbales, et les chanteurs ni auteurs et parfois ni même compositeurs. Juste des voix qui résonnent dans des statues auxquelles on veut croire. Pour donner des oracles, la persuader de sa cohésion, cette société qui n’en a pas, la maintenir bien sage et superficielle, nécessairement, pour l’empêcher d’imploser.

Personne n’ira crier à l’attentat contre le principe de laïcité car Johnny portait la croix et buvait de la bière, “comme nous tous”.

Ah oui, bien entendu, le destin hors norme, ah oui… le grand coeur de rocker brisé et qui résiste… évidemment. Berger et Goldman comme souffleurs d’âme.

Respect oblige on ne dira rien.

Pouvoir des grands prêtres du Show-Biz.

Pouvoir officiel totalement aux abois identitaires pour en arriver là, céder à cette tentation-là.

Emmanuel aux Enfers

Et la voix melliflue d’Emmanuel ressemblant de plus en plus à un maître d’école tâchant d’endormir sa classe de petites brutes en gestation. Difficile tâche où le professeur le plus intelligent est forcé de prendre les accents d’un con. “Allez les enfants, c’était un héros…” (bien que dans une reprise de Balavoine Il chanta le contraire, mais juste des mots, passons.)

“Emmanuel, Emmanuel, réveille toi !” et le président n’arrive pas à sortir de son cauchemar… Et cette Voix à plein décibels qui l’appelle de là-haut, et ce regard bleu acier un peu slave qui perce entre les nuages… ça lui rappelle un type, un truc officiel demain… Dans cette hantise politique où sa mère ressemble à son amoureuse idéale (ou vice versa), il s’apprête maintenant à faire d’une Idole un Dieu… il y a du sacrilège et du toc dans l’air:

“Gabriel, Gabriel!!”

A cause des acouphènes le président entend tout de travers. Enfin il sent que quelqu’une l’embrasse. Il se réveille. C’est Brigitte.

Se rendormir?

Bon sens, sagesse et realpolitik, utiliser les idoles, en faire des Dieux :

ENDORMIR.

LES POSSIBILITÉS DU NIL

Loin de l’Egyptomanie en conserve des musées sous temps gris.

Loin des bousculades du Louvre et des séminaires ludiques pour petits écoliers occidentaux.

Loin de tout ce qu’on apprend, car le désert… nous souffle les mots.

Nous coupe le robinet.

Pas de mots, pas de flots, juste le phrasé silencieux, mystérieux du fleuve.

Juste le grès, la diorite, le granit, donnant envie d’être poussière, d’y rester : ne jamais revenir.

Se faire nous aussi un tombeaux de couleurs somptueuses cachées dans la montagne, sous les miradors, à l’abri des regards et de la violence au-dehors.

“Mazette”, rendre la mort si belle, l’infra monde si splendide qu’on en aurait envie.

“Mazette”, faire sourire un empereur avec la douceur d’un Bouddha (avant lui).

“Mazette” comprendre que c’est le ciel qui fait l’homme, et ici le soleil. A l’époque, pour le Nord, dite “préhistorique” où de lointains ancêtres celtes s’enorgueillissaient de quelques mégalithes bringuebalantes, le dieu Amon-Rê faisait ciseler des visages, élever des tombeaux, et polir la pierre des chapiteaux en haut des piliers grandioses.

Comment ne pas croire au soleil?

Statuaire magnifiant la beauté de qualités intrinsèquement liées:

Finesse, intelligence, sagesse et force. Densité dans la légèreté.

Un autre monde humain nous fait face et nous interroge : et nous lance des possibilités d’âme et de grâce peut-être oubliées. Voire inconnues.

La Liberté? Dans l’informe et l’hypocrisie des contradictions actuelles?

La pureté? La stabilité? Après le lessivage des dictatures du XXème siècle, elles nous font peur.

Alors malgré les têtes monumentales tombées, tout cet enchevêtrements de 3000 ans d’histoire un peu désordonné, on peut trouver notre “ordre mondial” chaotique et les chaos des empires éteints emprunts d’une immense paix.

La mort? Une entrée dans un monde plus coloré où rebondissent des soleils comme des balles de tennis vermeilles.

La douceur, l’amour, la tendresse? On sait bien qu’elles sont explicitement absentes des livres sacrés. Mais pas besoin de grands ébats lubriques, pas besoin de grands éclats christiques sur l’amour du prochain. Il n’y a qu’à voir les mains de pierre qui s’entrelacent, les regards qui se croisent, et le mythe fondateur où Isis, dit-on, par grand amour d’Osiris parvient à recoller les morceaux… non pas de leur couple à jamais uni,  mais du corps mutilé pour lui redonner vie.

Peut-être bien que le silence cache l’évidence et qu’il y a dans la pureté et le soin des corps et dans le respect de la ligne noble une leçon de profondeur et de sensualité qui nous dépasserait.

Peut-être. Sans doute?

Sur des eaux paisibles, bleu cendré ou indigo, on remonte le cours du temps, dans les replis d’un continent “père-mère”.

Le Silence comme seul réponse à l’émotion, à la remise en cause de tout ce que nous sommes. Ou croyions être.

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