PRINCESSE DE HASARD

Elle s’appelait Isabelle, et il s’appelait Hamburger.

Elle a pris “France” à cause d’un match de rugby.

Lui “Berger”, comme l’étoile.

Mais ce fut elle, finalement, qui brilla, qu’il fit briller, comme un diamant dont on reprend la taille, commencé sur un éclat un peu trop superficiel chez les Yéyés.

Ce fut lui, l’ombre qui la cisela, en profondeur, pour la faire irradier. Mais s’il n’y aurait pas eu de France sans Berger, l’inverse est juste également. Il n’y aurait pas eu de détonation Michel sans le punch crystallin, doux mais vibrant de la poupée de cire métamorphosée en femme rock désenchaînée.

Parler au passé, révolu, pour ces deux-là a quelque chose de douloureux.

Il aurait pu dire “c’est comme l’enfance qui s’en va”, qu’on le veuille ou non. La fraîcheur pleine de révolte, d’insolence, d’humanisme et de talent poétique, musical de toute une génération perd une icône.

Ce qui ne signifie pas qu’elle disparaît, ni qu’elle meurt, non. Mais il y a quelque chose qui ne reviendra pas, pas comme ça. Et si reprise de flambeau il y a , ce sera différemment, pas en singeant ou en revisitant comme un effet super 8 et couleurs pellicule Kodak vintage pour donner un cachet artificiel à l’image.

Pourquoi penser qu’il faille adapter pour transmettre? Pourquoi avoir peur de la censure des jeunes générations actuelles comme par une espèce de “musicalement correct”? S’adapter, parfois, c’est déjà édulcorer : le son, les mots. Qu’écrirait Berger, que lui ferait-il chanter à France, pour ceux qui ont 20 ans en 2018 et ne savent plus rien débrancher? Attendent qu’on leur complaisent, et ne sauraient peut-être plus écouter, plus oser être touchés par:

 

Si on t’organise une vie bien dirigée
Où tu t’oublieras vite
Si on te fait danser sur une musique sans âme
Comme un amour qu’on quitte
Si tu réalises que la vie n’est pas là
Que le matin tu te lèves
Sans savoir où tu vas
Résiste
Prouve que tu existes
Cherche ton bonheur partout, va,
Refuse ce monde égoïste
Résiste
Suis ton cœur qui insiste
Ce monde n’est pas le tien, viens,
Bats-toi, signe et persiste
Résiste
Tant de libertés pour si peu de bonheur
Est-ce que ça vaut la peine
Si on veut t’amener à renier tes erreurs
C’est pas pour ça qu’on t’aime
Si tu réalises que l’amour n’est pas là
Que le soir tu te couches
Sans aucun rêve en toi
Résiste
Prouve que tu existes
Cherche ton bonheur partout, va,
Refuse ce monde égoïste
Résiste
Suis ton cœur qui insiste
Ce monde n’est pas le tien, viens,
Bats-toi, signe et persiste
Résiste
Danse pour le début du monde
Danse pour tous ceux qui ont peur
Danse pour les milliers de cœurs
Qui ont droit au bonheur…
Résiste {3x}
Résiste
Prouve que tu existes
Cherche ton bonheur partout, va,
Refuse ce monde égoïste
Résiste
Suis ton cœur qui insiste
Ce monde n’est pas le tien, viens,
Bats-toi, signe et persiste
Résiste…

Réécouter la beauté encore sauvage de l’album Babacar. Et même si certains rythmes sont un peu appuyés, catalogués dans un style fluo jean taille haute et coupes ultra dégradées… “C’est bon que tu sois là”… “Évidemment” doivent toucher, tels quels. Ce n’est pas à eux de se fondre dans le nouveau moule comme on mixe les phrasés sahéliens de Salif Keita pour en faire une pseudo techno diffusable en grands magasins et sur les dance-floors.

Et il en va de même par delà France Gall de toute une génération de paroliers et de compositeurs dont les textes, fondamentalement, et mystérieusement, n’émeuvent plus toute une tranche d’âge. Comme s’il y avait déshumanisation. Dépoétisation. Ou pire : transformation profonde de la définition du sentiment, de la relation à l’autre, d’un certain romantisme. D’une certaine forme de finesse expressive.

 

Birkin chantait “Ex fan des Sixties…” À quand “Ex fan des Eighties”?

Quand l’Enfance est profonde et qu’on l’oublie … qu’on la renie… cela peut devenir de la superficialité.

Pour moi, France Gall-Berger reste avec d’autres le son de mon enfance. On mesure aujourd’hui la chance d’avoir grandi entre 80 et 90 musicalement. Que ce soit d’ailleurs dans tous les styles.

Maintenant il y a devoir de transmission. Si Berger et France Gall étaient à la proue d’une prise de conscience sociétale, humanitaire, ils l’étaient car leur conception musicale était étroitement imbriquée avec l’engagement.

Bien au delà des harmonies et des rythmiques, c’est surtout alors cet esprit-là qu’il importe de perpétuer, ce mélange très français de lyrisme doux et de critique acerbe sachant s’ouvrir musicalement, comme Berger su le faire, pour entrer en résonance avec le coeur des gens, pour  les remuer, les faire danser pas par devoir mécanique mais par un élan vrai. Inspirant. Plus que dynamisant : dynamitant.

 

“J’ai ton cœur qui tape qui cogne
Dans mon corps et dans ma tête
J’ai des images qui s’entêtent
J’ai des ondes de chaleur
Et comme des cris de douleur
Qui circulent dans mes veines
Quand je marche dans ma ville
J’ai des moments qui défilent
De ton pays d’ailleurs où tu meurs
Ba-ba-car
Où es tu où es tu ?
Ba-ba-car
Où es tu où es tu ?
Je vis avec ton regard
Depuis le jour de mon départ
Tu grandis dans ma mémoire
Ha ha, ha ha
Ba-ba-car
Où es tu où es tu ?
Ba-ba-car
Où es tu où es tu ?
J’ai des mots qui frappent qui sonnent
Et qui font mal comme personne
C’est comme la vie qui s’arrête
J’ai des mouv’ments de colère
Sur le troisième millénaire
Tout casser et tout refaire
J’ai pas manqué de courage
Mais c’était bien trop facile
Te laisser en héritage un exil
Ba-ba-car
Où es tu où es tu ?
Ba-ba-car
Où es tu où es tu ?
Ta princesse de hasard
Est passée comme une étoile
En emportant ton espoir
Ha ha, ha ha
Ba-ba-car
Où es tu, où es tu ?
Ba-ba-car
Où es tu, où es tu ?
Où es tu, où es tu ? {4x}
Ba-ba-car
Où es tu, où es tu ?
Ba-ba-car
Où es tu, où es tu ?
Ba-ba-car
J’ai ton cœur qui tape qui cogne
Dans mon corps et dans ma tête
Ba-ba-car
J’ai des mots qui frappent qui sonnent
C’est comme la vie qui s’arrête
Ba-ba-car
Où es tu, où es tu?
Ba-ba-car
Où es tu, où es tu?
Ba-ba-car
J’ai ton cœur qui tape qui cogne
J’ai des images qui s’entêtent
Ba-ba-car
J’ai des mots qui frappent qui sonnent
Dans mon corps et dans ma tête”

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