LE CHANT DE LA MER

 

” Ils étaient là sur la plage, et lui ne disait rien.

Il ne disait rien parce qu’il l’écoutait et qu’elle parlait.

Peut-être parlait-elle par peur qu’il ne dise quelque chose, quelque chose qui la blesse. C’était bien possible.

Une vieille femme étendait son linge derrière eux, par-delà les canisses de séparation. Ils l’entendaient chanter en arabe. Ils ne comprenaient ni l’un ni l’autre, mais c’était beau, apaisant.

Elle aurait voulu lui dire à quel point cette situation était ridicule, mais les choses les plus importantes, elle n’arrivait pas à les exprimer avec des mots simples.

Elle prenait des détours légers, et en final, s’apercevait que ce qu’elle avait dit n’était pas tout à fait juste. Mais il l’écoutait quand même, qui sait par politesse, pour ne pas lui faire de mal, car au moins, il savait qu’il pouvait lui en faire.

Elle savait qu’elle pouvait lui en faire aussi, et de cela, elle avait encore plus peur que de se blesser toute seule contre un mur.

Heureusement qu’il y avait la plage déserte, le sable encore chaud, le soleil au loin et la mer. Belle comme une grande nappe toute lisse, indigo profond.

Une grande sagesse, une grande intelligence émanaient de cette eau, du ciel pur.

Sans eux, ils seraient peut-être devenus fous.

La mer, le sable, le soleil, la chant de la vieille femme.

Tout cela avait sans doute plus de sens qu’aucun mot stupide pour tenter de comprendre l’impossible.

Elle avait envie de pleurer, mais aussi de lui demander pardon, pardon d’exister et de ressentir ce qu’elle ressentait malgré elle. Elle ne voulait pas l’embêter. Elle voulait partir loin. Mais pour une fois, elle ne dit rien.

Un silence se fit, pendant lequel le murmure de la Méditerranée se transforma en un fredonnement, comme une berceuse, s’échouant à chaque fin de rime sur le rivage, doucement, d’une voix profonde.

Elle osa lui faire une bise tendre sur la joue droite et passa la main dans la sienne, entre le sable et ses doigts, comme dans un jeu de Mikado, pour ne pas le perturber.

Ils demeurèrent ainsi, silencieux, et personne ne connaît la fin de cette histoire.”

 

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