L’ENTRÉE DE LA SORTIE (“L’ITTÉRAIRE”:-O!)

E.

COMME Ecrire Nom de code secret d’un amour honteux, maudit, caché mais aussi inévitable, fatal, qu’impératif. Presque un péché, une déviance, un vice vital (comme l’amour).

E.

 

 

L’inutile.

La cacophonie.

Le mythe de Sisyphe.

 

L’agréable.

Joindre l’inutile à l’agréable.

 

Pourquoi écrire? On entend plus rien. On croule sous les mots. CHUT! Enfin merde quoi! Relire suffirait.

Alors? Pour quoi?

 

Pour se donner des airs.

Pour se prouver quelque chose.

Pour un acte narcissique.

Pour un acte thérapeutique (psychanalytique)

Pour un acte esthétique.

Pour un acte esthétique, oui.

Pour l’anti-néant de Malraux, ah oui.

 

Rester critique. Critiquer la critique. Se critiquer. Tout passer au crible, et se rendre compte que ce qu’on vient de penser, ce qu’on vient de dire à quelqu’un, ce quelqu’un même, ce n’est pas ça la vérité, ce n’est pas tout à fait juste, ça ne sonne pas.

 

Monter, monter, monter. Comme sauter un tas d’obstacles. Se rendre compte qu’à chaque fois, ce n’est pas ça, on y est pas.

 

Pourquoi E?

 

Pour oeuvre morale, pour se remonter le moral. Pour le remonter aux autres.

Pour oeuvre philosophique, pour restaurer une sagesse, la mettre au goût du jour.

Pas pour rester là “bla bla bla” moi moi moi. Non. Pour faire regarder par la fenêtre ouverte sur les Choses et l’Autre.

 

Pour tenter vraiment de poser un regard sage et apaisé sur le monde.

On est pas là pour en chier, on est pas là pour crier qu’on en chie, ça, ça ne sert à rien.

Même si c’est beau.

Et est-ce beau?

 

On avait dit : écrire comme composer une ode, et une révolte.

 

Pour reprendre la veine ancienne et juste, habile et sincère, pure (Camus, Montaigne, Racine) ou outrancière, sauvage, provocante (Rabelais, Romain Gary).

 

En gros : dire Non (la révolte) dire ce qui ne va pas, et donner une solution, dans un dire Oui, une ode, dire comme malgré tout la vie est belle, sage. Comme notre existence est un peu surfaite devant tant de beauté, notre ego insignifiant.

 

Arrêter de signer, arrêter de singer qu’on serait quelqu’un de vraiment à part, de génial, avec un coeur ou une âme plus fine, plus en souffrance, plus à l’écoute, etc.

 

En finir avec les signatures, ne plus dire “écrivain” dire “miroir”.

 

Qu’est-ce que tu fais, dans la vie? Enfin qu’est-ce que tu aimes, qu’est-ce que tu sais faire de mieux?

Bah, pas grand chose : réfléchir, posément, je suis miroir. Je fais miroir. Pas une profession, à peine un art, une technique un peu, un fluide de mots qui passe et qui envoie un chant, un peu comme le champ magnétique des particules de la matière.

 

Un truc qui aurait été poli par la vie, les ans, les souffrances, les expériences, les écrits des grands (classiques ou modernes), un truc très humble et un peu orgueilleux en même temps par son humilité même à ne pas vouloir être, mais surtout transparaître par son oeuvre, seulement.

 

Un vieux miroir qui nous montrerait des faces de la vie surprenantes , qui nous remettrait en accord avec soi, avec le sens, surtout: le Sens de l’existence.

Voilà, ça devrait être ça, ça ne devrait plus qu’être ça, “écrire”.

 

Nous aurions, les écrivants, les miroirs, des noms de code, des numéros, et personnes ne pourrait, personne ne devrait nous reconnaître. Tout désir de “reconnaissance” tué dans l’oeuf. Personne ne connaîtrait notre visage de chair. Ainsi l’égo ne serait pas flatté. Ainsi nous écririons en restant purs, concentré sur le travail de bien exposer, avec clarté, lumière, par nos différentes facettes de miroirs brillants, l’éclat de l’existence, sa tragédie belle, sa force, et ainsi communiquer, faire du bien: aux autres humains.

 

Nous porter aussi réceptacles et diffuseurs d’une langue, transmetteurs à la fois innovants et perpétuant, conservant. Irradiant une mémoire langagière, une culture.

 

Toutes ces choses tellement connues; analysées; pensées, évidentes au fond, balayées cependant par l’impatience et l’impulsion désordonnée du désir d’écrire, d’apparaître, de se confirmer sa propre petite existence dans cet ouvrage, dans quelques pages relues avec un plaisir onanique “j’écris donc je suis”.

Mais non.

 

Je ne suis pas “parce que” par-ce-que j’écris.

Je ne suis pas “parce que” par-ce-que je créer.

Je suis. Ergo sum. Basta.

Au delà de mon enfant, au delà de mon acte, au delà même du jugement subjectif que je me fais de moi-même

 

Et ainsi toute existence est belle et simplissime et vaut la peine. Même ignorante, même la plus humble, même silencieuse et muette, là dans un coin en retrait, à aider, à aimer, sans dire un mot, d’un baiser ou d’une main ou d’un regard.

 

Nous n’avons pas du tout besoin d’écrivains, nous n’avons pas besoin de romans écrits pour rassurer quelqu’un sur ses propres capacités à l’écrire. Pour donner une cohésion sublimante à sa vie, à sa généalogie, à ses psychoses. Nous n’avons pas du tout besoin d’une diffusion sociale de tout cela.

Nous n’en avons pas besoin, et pourtant il est bon qu’une partie de ce travail soit diffusée. C’est tout l’enjeu de la censure (à un niveau intellectuel, artistique et non moral aujourd’hui) et la limite d’un absolu de liberté artistique posé comme mythe contemporain de la réalisation individuelle.

 

Entre les oeuvres qui resteraient privées, personnelles, rattachée à des sortes d’archives familiales comme ces anciennes statues des ancêtres que gardaient dans un placard des l’atrium quelques aristocrates romains, et les autres, (incluant une partie des précédentes) pour publication (élargir à la connaissance du public) : comment choisir?

 

Ce choix, les critères du filtrage constitue donc au fond l’unique question littéraire pour les temps qui s’ouvrent. Elle l’a toujours été, mais a fortiori au début de ce XXIème siècle, à la croisée de phénomènes centrifuges (démocratisation d’accès à la culture, libération de la parole positivée par le renouveau freudien de la catharsis grecque, facilitation de la création – du sentiment de création- d’un “texte” par la maîtrise des logiciels d’écriture, climat général de valorisation de toute création donnant de l’assurance à l’ego, désinhibtion court-circuitant le détour autocritique etc.etc.etc. ) le tout aboutissant à une (sur?) production de textes.

 

Que décide-t-on de publier, et ainsi implicitement de faire aimer? Pourquoi et sur quels critères en décide-t-on? Qui décide et selon quelles subjectivités? En quoi les enjeux de rentabilité économique jouent-ils un rôle majeur, en quoi cela peut-il favoriser la pertinence de certaines thématiques sociales, sociétales, et en quoi cela peut-il inversement être un moyen d’influence et de frein politique sur certaines visions, idées pour décider de l’ “air du temps”…? (doux euphémisme).

 

Toute langue est un organisme vivant évolutif, comme le groupe humain qui l’utilise. Tout discours sur le monde a pour instrument une langue, et pour se faire entendre, s’il veut rester intelligible, doit donc évoluer dans la forme.

Première implication: renouveler l’écrit sur la forme pour perpétuer des idées, s’agissant d’un discours qui vaudrait la peine d’être ainsi actualisé pour maintenir sa pertinence (ex : la prose profonde de Jean Giono, dans la crise socio-écologique actuelle). Seconde implication: la langue d’un groupe social donné à un instant T est elle même scindée en différents niveaux de langue, (syntaxe et vocabulaire) qui la rend diversement intelligible par les sous-groupes sociaux de ce vaste ensemble. L’impératif d’intelligibilité doit-il alors empiéter sur la création et la sélection littéraire? (ex : doit-on faire le choix d’une prose simple, au vocabulaire restreint pour la rendre accessible à un plus vaste lectorat, réduisant ainsi l’effort de lecture, mais aussi l’apport et l’enrichissement culturel induit par cet effort ?).

 

De façon générale, on voit que la marchandisation du livre et son entrée dans le domaine du consumérisme est le reflet d’un conflit culturel profond des sociétés de l’écrit. Aldeous Huxley et Ray Bradbury l’avaient prédit. La question de la rentabilité d’une oeuvre touche en réalité l’ensemble de la production artistique mondiale (cinéma, arts plastiques, théâtre etc.) Les mots “exigence”, “exigeant” désignent dans le parler “artistiquement correct” certaines créations, pas nécessairement obscures ni verbeuses, mais qui recèlent simplement une beauté, une vérité qui demande un petit effort pour se laisser dévoiler. La notion même d’initiation, d’édification du lecteur par son accès au monde poétique (comme théorisée par René Char), l’enrichissement d’une intériorité personnelle sont par essence incompatibles avec l’idée de best seller. Sauf miracle et aura particulière (cf la Bible, ou les poèmes de Char lui-même) qui n’a comme résultat que d’être acheté à des milliers d’exemplaires sans que cela implique effort de compréhension du texte. La fascination du mystère, ou du charabia, autre syndrome à la fois intellectuel et populaire.

 

Le phénomène de division cellulaire des sociétés particulièrement dans la culture occidentale ne facilite pas non plus la tâche de ce choix, de ce qui surnagera. La division à l’intérieur des groupes humains, les communautarismes culturels, l’accroissement des disparités sociales qui sont une conséquence objective du système économique global font que pour toucher au plus large une communauté qui n’a pas de vrai de cohérence, l’oeuvre est condamnée à ne pas en montrer elle-même, c’est l’écueil du “plaire au plus grand nombre”. Et se défaire.

 

Pourtant on dit que la splendeur de certaine créations parle à tous, que le Beau est irrésistible et que c’est à ce critère qu’on reconnait une grande oeuvre. Mais il y a encore au niveau encore plus parcellaire une multitude de sensibilités “pour plaire à tous, on ne plait plus Vraiment à personne”. Autre conséquence.

 

Alors quoi faire?

 

Arrêter d’écrire?

Oui.

Arrêter de publier?

Oui.

Décréter une trêve de 100 ans pendant laquelle l’humanité n’aurait la possibilité de lire exclusivement que des rééditions. Commençant par Homère et s’arrêtant mettons à Houellebecq ou Boualem Sansal, cela fait déjà une belle bibliothèque mondiale dans laquelle piocher.

Danger de psittacisme? Roman d’anticipation en germe dans cette idée même, et démangeaison révélatrice à vouloir l’écrire? L’Humain est de nature bavarde, pire, il aime le verbe qui le distingue de l’animal. L’humain ne parvient au mieux à se taire que dans le silence de la page qui s’écrit ou de l’orgasme muet.

 

Alors? Éternel dilemne à l’échelle artistique de cette articulation douloureuse chez les hommes entre conservatisme et libéralisme. Entre nécessité de savoir conserver pour pouvoir vraiment innover, de parvenir à se juguler, de jouer de la raison et de l’héritage pour faire exploser la folie dans des fulgurances géniales, le devoir de mémoire et l’élan vers l’avenir, le passé en planche d’appui… Avoir conscience que la force d’une langue et sa beauté c’est à la fois la classe pour ne pas dire le classicisme de ses racines et sa capacité à l’englober dans un pas de côté soudain, déjanté.

 

Alors continuer à écrire?

Oui.

Continuer à publier?

Oui.

Dans ce maelström, ce chaos de mots en tout sens, juste reflet d’un temps ou le Temps esthétique semble être aboli, où tous les styles et les époques auraient la liberté de pouvoir dialoguer.

Alors oui, publier, écrire, mais dans LE RESPECT PROFOND DE CES DEUX VALEURS qui permettent à l’humanité d’avancer, au lieu de s’autodétruire, de se découvrir dans sa profondeur et ses joies les plus belles, les plus folles, les plus nobles :

LIBERTÉ et DIVERSITÉ.

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