ROSES ET EPINES: AMERICA’S PARADISE

Dieu avait planté un rosier, puisqu’à l’origine Dieu était le jardinier, pour ne pas dire le planteur.

Tout homme qui plante est en droit de se prendre pour le Dieu de la Bible.

Tout homme qui se plante, aussi: Dieu est le premier a avoir fait mea-culpa, après moi le déluge. Tout artiste qui détruit son oeuvre a toutes les absolutions du monde. L’erreur, avant d’être humaine, est surtout divine.

Dieu en son jardin, à l’ouest d’Eden, avait un rosier, ce que l’histoire ne dit pas. Près du rosier était une femme qui s’appelait Lily, The Lily of The West, Son amoureux part la retrouver, mais derrière le rosier, Lily a trouvé un nouvel Adam. La Folk Song, chanson populaire, ou folklorique (« folk », étymologie germanique « Volk », peuple) d’origine irlandaise passe l’Atlantique et se retrouve rejouée à Louisville, Kentucky.

L’amoureux tue l’amant, et se prend quelques épines au passage: les pétales roses tachés de sang, symbole des rêves déçus, des paradis qui tournent à l’enfer, et de manière générale, des passions humaines.

Mais la voix de Joan Baez nous emporte, elle, l’anglo-mexicaine, avec ses cheveux longs à l’indienne, peace&love. Symbole du métissage américain dans tout son génie. Recréant une nouvelle identité, fédératrice, comme le jazz. La musique, creuset primordial, unifie, réconcilie.

Toute unité nationale est fragile, surtout celle fédérale des Etats-Unis où Tocqueville voulu lire le destin politique d’un système démocratique appelé à convertir tout le monde moderne.

Aujourd’hui : unité dans la pluralité, faute de mixité?

Les épines des roses.

« America » symbole de toutes nos contradictions, de la liberté proclamée sur le dos de l’esclavagisme et de l’ethnocide, menant au jazz, au ragtime, aux chants noirs dont les rythmes sont la plus pénétrante, si évidente qu’on ne la redit plus, présence de la culture africaine dans la musique dite « moderne ».

« Help yourself »,

« Help Yourself », à l’ouest d’Eden et au sud de la Champagne.

aide-toi, le Ciel t’aidera. Premier commandement à tout citoyen américain, différente forme de démocratie où pour des raisons historiques, l’égalité n’étant pas vraiment à prouver, n’ayant connu l’aristocratie d’Etat des anciens régimes monarchiques, c’est la liberté qui restera plus qu’en France l’objet de toutes les passions.

Et même si l’ultra-capitalisme prend des airs de ploutocratie inégalitaire sur le plan matériel, le racisme n’y a pas la même résonance que dans un pays comme la France, puisque donc, l’égalité des citoyens ne faisant pas de doute devant la Loi presque divine là-bas, une terre où le « blanc » ne peut se targuer d’une préséance culturelle légitime sur le territoire: les États-Unis, terre où tout le monde est immigré, et ne peut l’oublier, où le blanc porte le poids du péché originel (l’asservissement des noirs pour construire l’Eden) et ne peut l’oublier, et où un président noir a fait pleurer les gens de joie, puis un blond rire de tristesse, ce que nous ne devrons jamais oublier.

Make America Dream again…

L’Amérique de mi-XXIème siècle deviendra-t-elle le cauchemar consumériste de Bradbury et Aldeous Huxley? La musique commerciale détrônera-t-elle les traditions de la country, du jazz, du blues et même du classique (cf Jessye Norman)? Les génies à double tranchant de la Silicon Valley prendront-il le pouvoir (politique, l’autre est acquis planétairement) avec plus de garantie pour les liberté qu’une Chine devenue N°1 mondial?

Tout en la snobant pour avoir les défauts de ses qualités, nous savons bien que nous lui devons tout, beaucoup de critiques européens n’y ont jamais mis les pieds et ne parlent pas sa langue, et n’ont pas lu sa littérature. et parfois même pas écouté sa musique–comment alors la juger?

Joan Baez nous rappelle qu’il faut lui pardonner, et ne pas cesser de croire en elle et ses capacités de rebond, en attendant de pouvoir à nouveau… en rêver.

Jardin d’Eden, quelque part en Champagne.

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