ABOVE

 

 

À la poussière…

À la lumière

À la musique

À l’éclair de poussière

Sur Terre

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Aux êtres d’air

Flammes d’hier

Femmes légères

Flammes de poussières

Qui

Claquent

Dans la lumière

De l’éphémère

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Aux violons de chair

À Demain

À hier,

Toi, nous,

Âmes de poussières

Solaires.

 

 

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UNE CHOSE ÉTRANGE

AM

 

L’amour est une chose étrange

Que nous ne comprenons pas

Pas toujours.

L’amour est quelque chose qui change

Et qui ne change pas.

L’amour a l’apparence d’un ange

Parfois

Un ange qu’on ne voit pas

Et qui soudain

Est dans vos bras.

 

L’amour est comme une fleur

Mon ange

Une fleur fragile qu’il ne faut pas

Abîmer

L’amour est comme une fleur

Mon ange

Qui peut en or

Se transformer.

 

L’amour c’est aussi de l’Amitié

Une confiance qu’on donne

Pour durer.

L’amour en fait, c’est pas compliqué

Il faut tout simplifier.

C’est peut-être juste une manière de vivre

De partager

De savoir qu’on est pas seul

C’est à la fois une liberté

Et une sécurité

 

L’amour c’est un grand mot

Et aussi une toute petite fée

Entre les lèvres.

L’amour c’est une manière

De se comprendre

De se ressembler

De s’embrasser

Sans penser, de se désirer.

Et, malgré les déceptions, les désillusions

Du passé,

Sans savoir pourquoi,

L’amour au fond c’est de vouloir

Rester

 

 

 

AM12

 

Image d’en-tête: Vénus, Antoine Bourdelle.

LA SURFACE DES CHOSES

La surface des choses

Qu’est-ce qu’il y a dessous?

C’est doux

La surface des choses

Ne dit rien

De nous.

 

Dans les peaux explose

Tout un monde flou

Qu’à peine tu n’oses

Toucher du bout

Des doigts.

 

Toi, tu deviens tout rose

ça prouve quoi?

Que tout n’est qu’une pose

Que tout n’est que prose

Parfois

 

 

Une grande porte close

Avec des clous en bois

Dans le soleil expose

Son calme plat

Qui bat

 

Qui bat pourtant la chamade

Dans le coeur des choses

Au fond par grandes saccades

Qu’on ne voit pas

En toi, en moi

 

La surface des choses

Le monde des apparences

Nous parle en silence

De tout ce qu’on ne dit pas

Mais qui est là.

 

 

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REGARD CHANTANT

Petit poème d’hommage à la Prévert, pour la rime en aimant…

 

C’est la vie, c’est la mort

Aznavour est mort.

Dans un sens c’est si triste

Quand un monde se finit

Comme un amour parti

Qu’on se demande soudain:

Comment vivre sans lui

?

 

C’est la mort, c’est la vie

Un petit air qui s’enfuit

Un courant musical

Si joli que c’est si triste

Comme c’était triste d’être joli

Autrefois la mélancolie

Romantique, évanouie.

 

Et ta voix nous poursuit

Vibrante, chaude, fragile, infinie

Qui te survit

Etrange monument

De sons contre le temps

Qui s’élève

Nostalgiquement.

 

C’est la vie, la vie,

La vraie musique jaillit

Un peu démodément

Trop tendrement

Langueur dans la voix

De nos grands-parents

Chantant: l’antan, l’antan.

 

Contre le vent

De la mort, de la mort

Qui démolit tous les raffinements

Des anciens sentiments

Si nobles, poétiquement

Contre ce vent

De progrès annihilant

Froidement

 

Ta Bohème, tes vingts ans

Pour toujours si

Mystérieusement, si populairement

Mais si profondément, magiquement

Emouvant.

 

Charles A2

 

LE CHANT DU MONDE

 

Cheval ami, et cheval de l’apocalypse. Dans la complainte un peu folle, shakespearienne d’un personnage de Giono, un personnage de femme, lasse des hommes et de leur furie absurde, ridicule. Qui attendrait le déluge, que tous périssent, sous les sabots d’un cheval rédempteur, et pur, et qui l’épargne, elle seule.

p 125, édition Folio, Le Chant du Monde, Jean Giono, paru en 1934. Interprétation libre du chant de Gina.

” — Ecoute, dit Antonio.

Dans la maison on entendait chanter. C’était des notes basses, graves et furieuses. Ça redisait tout le temps pareil, tout le temps, tout le temps.

Oh! mon cheval!

ô mon cheval!

est-ce que tu peux nager dans le sang?

Fendre le sang comme une barque?

Sauter dans le sang comme un thon?

Écraser des hommes comme des fagots dans la boue?

— Attache sur ta tête un mouchoir d’or,

et je fendrai le sang comme une barque,

et je sauterai comme un thon,

et j’écraserai les hommes comme des fagots,

Pourvu que je te reconnaisse si toi tu tombes.”

 

LE CHANT DE LA MER

 

” Ils étaient là sur la plage, et lui ne disait rien.

Il ne disait rien parce qu’il l’écoutait et qu’elle parlait.

Peut-être parlait-elle par peur qu’il ne dise quelque chose, quelque chose qui la blesse. C’était bien possible.

Une vieille femme étendait son linge derrière eux, par-delà les canisses de séparation. Ils l’entendaient chanter en arabe. Ils ne comprenaient ni l’un ni l’autre, mais c’était beau, apaisant.

Elle aurait voulu lui dire à quel point cette situation était ridicule, mais les choses les plus importantes, elle n’arrivait pas à les exprimer avec des mots simples.

Elle prenait des détours légers, et en final, s’apercevait que ce qu’elle avait dit n’était pas tout à fait juste. Mais il l’écoutait quand même, qui sait par politesse, pour ne pas lui faire de mal, car au moins, il savait qu’il pouvait lui en faire.

Elle savait qu’elle pouvait lui en faire aussi, et de cela, elle avait encore plus peur que de se blesser toute seule contre un mur.

Heureusement qu’il y avait la plage déserte, le sable encore chaud, le soleil au loin et la mer. Belle comme une grande nappe toute lisse, indigo profond.

Une grande sagesse, une grande intelligence émanaient de cette eau, du ciel pur.

Sans eux, ils seraient peut-être devenus fous.

La mer, le sable, le soleil, la chant de la vieille femme.

Tout cela avait sans doute plus de sens qu’aucun mot stupide pour tenter de comprendre l’impossible.

Elle avait envie de pleurer, mais aussi de lui demander pardon, pardon d’exister et de ressentir ce qu’elle ressentait malgré elle. Elle ne voulait pas l’embêter. Elle voulait partir loin. Mais pour une fois, elle ne dit rien.

Un silence se fit, pendant lequel le murmure de la Méditerranée se transforma en un fredonnement, comme une berceuse, s’échouant à chaque fin de rime sur le rivage, doucement, d’une voix profonde.

Elle osa lui faire une bise tendre sur la joue droite et passa la main dans la sienne, entre le sable et ses doigts, comme dans un jeu de Mikado, pour ne pas le perturber.

Ils demeurèrent ainsi, silencieux, et personne ne connaît la fin de cette histoire.”

 

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DECADANSES

Un beau soleil de fin d’été brillait sur la rentrée.

Mieux valait parler au passé, comme dans un conte rassurant.

L’angoisse bien endémique chez l’humain avait toujours été une question de temps: passé, présent, futur antérieur, et surtout, imparfait: manque.

Il y avait toujours eu contradiction dans ce phénomène: la fin des jours de plein feux, la chute des heures, et l’espoir factice d’un recommencement. Renouveau ou réplique. Copie ou création. Enfin, pour ne pas qu’on s’embrouille dans les confusions de sens et de paronymes, en tout cas: Aspiration.

À quoi? On aurait pu se le demander…… … .. .

 

Le soleil brillait, et personne n’avait encore imaginé que l’Apocalypse ne fut pas noire charbon, noire d’enfer.

Personne ne s’était jamais avisé que l’Apocalypse ne serait qu’une apothéose en pleine lumière, un aveuglement par trop plein et non trop peu.

Excès de lumière ou d’obscurité: mêmes conséquences.

 

La voix de Jean le Baptiste criant dans le désert ouvrait un récit étrange qui se terminait par l’apôtre au totem d’oiseau, Jean, l’autre, l’évangéliste, annonçant les derniers temps, ceux du vieil été, à plein régime, et la rentrée dans un monde nouveau, Jérusalem de feu.

Nouvelle ascension, lue comme une chute. Moment où les sept trompes résonnent pour ouvrir des portes dont on ne comprend jamais bien s’il s’agissait de celles du Paradis ou de l’Enfer. En réalité  des deux: chacun sa part, chacun son chemin après passage par la balance du Jugement Dernier.

C’était la rentrée, l’éternel recommencement. Les générations se suivant sur les bancs, identiques et pourtant différentes.

L’esprit humain restant fidèle à ses limites, à ses rêves de les briser, et quelque part: y arrivant.

C’était le progrès: un Mac pour chaque élève, même boursier. La possession d’un instrument de pouvoir, donnant seulement le sentiment de pouvoir dans son acception la plus enfantine: le pouvoir facile. Suppression de l’effort pour créer, pour s’enrichir. Suppression de la “souffrance” d’être confronté à ses limites personnelles, celles de son cerveau devant l’information à retenir, le long travail du labourage, de la concentration pour progresser, s’enrichir, s’ouvrir.

Temps court, contre temps long.

C’était l’envie d’une  révélation de tous les egos pris individuellement, un immense serpent social se mordant la queue: les egos s’annihilant dans leur manifestation pléthorique. Aucun ne surnageant: magma. Petites stars à micro public. Avide non pas de créer, mais de trouver matière à starifier.

Nuance.

Ambitions?

On restait coits.

 

Il aurait fallu plus d’humilité. Égalité, dans l’humilité: réapprendre toute l’histoire antique, tout le Droit, les sciences, lire des livres qui auraient résisté (pour une raison arbitraire ou non) à l’usure des siècles. Se qui se serait appelé: se cultiver sûrement. Sur de la terre ferme, et pas du vent.

Oser faire rentrer de la vraie lumière, celle de Goethe “Mehr Licht”, plus de lumière. Ouvrir en grand les portes, ni de l’enfer, ni du paradis, juste celle du réel, de la science, de la conscience: laisser les romans de science fiction héroïques à leur place, juste celle du rêve. Être pragmatique alors: pour mieux rêver et agir. Parler vraiment, c’est à dire pas trop. Apprendre et enseigner le silence. Un programme presque bouddhiste. Un peu iconoclaste dans un sens: saper la fascination pour les idoles:

Les images, et les instruments vides de pouvoir réel, de pouvoir qui fait grandir le mérite intime, la dignité de celui qui les regarde, qui s’en “sert”…

Enseigner la patience, la vérité et la capacité critique à démolir ces idoles: enseigner à dire non. Pour que le oui ne soit pas béni-oui-oui, ai un sens: une liberté.

Δ

Mais on oubliait. On recommençait tout en croyant faire du nouveau On se concentrait sur les prouesses de l’instrument et non sur les progrès de l’opérant. Du joueur.

Il aurait fallu tout mettre à plat, mais c’était impossible. Dangereux même. Entre la genèse et l’apocalypse: le déluge.

Alors mieux valait au moins croire au bonheur, à une paix: oeil du cyclone.

Y jouer un petit air de guitare ou de trompette mélancolique et gai, en même temps, comme si rien n’existait, comme si le monde était neuf, beau, vierge, intact, comme s’il avait trois ans, qu’une vraie Renaissance était en cours. Comme s’il était question seulement de danser, une dixième danse, la dernière, une© nouvelle, encore et encore, sans chute.

Miles

 

Autres mondes musicaux, nymphes et lunes blondes…

” La musique est une loi morale,  elle donne une âme à nos cœurs, des ailes à la pensée, un essor à l’imagination. Elle est un charme à la tristesse, à la gaieté, à la vie, à toute chose. Elle est l’essence du temps et s’élève à tout ce qui est de forme invisible, mais cependant éblouissante et passionnément éternelle…”

Quelle musique écoutait Platon en écrivant ces mots?

Qui peut dire le sens précis de ses paroles? Comment chantait-on en grec ancien?

“Morale” : qui contribue aux bonnes moeurs ou qui met le moral, simplement- la même chose?

“Music was my first love, and it will be my last”, la musique d’Elton John…?

La musique qui vous plombe ou vous rend léger: même musique parfois, selon les moments.

Musique lointaines mais plus présentes, plus touchantes.

Musiques présentes, mais si lointaines parfois.

“Musiques du Monde”, drôle d’expression, musiques  des origines du monde, souvent.

“Sons”, “bruits, pour ne pas dire musique.

Sons, bruits qui sont aussi le vrai nom de la musique, sa part virile que l’on préférerait presque.

Musiques de castes, prises en otages, pauvres musiques écoutées par un demi public, l’autre paradant.

Musiques souvenir, comme un parfum dont on s’enivre dangereusement, ou qui fait mal.

Musiques belles, excessivement au-delà de ce qu’elle sont, et qu’on ne peut plus écouter- trop réminiscentes- on donne un cd, pour ne pas le jeter.

Musique tornades, coup de vent pour déboucher les oreilles, du free-jazz après Mozart, de la bossa après le oud oriental, de la chinoise après Brassens.

Et la musique du silence, the sound of silence, après une overdose de Django ou un vibrato de Fado submergeant.

Musiques comme des amis, que l’on ne comprends que plus tard, mais, elles, jamais trop tard.

Musiques qui ont leurs élus, leurs martyrs, leurs émus: leurs joueurs, leurs victimes.

Musiques que l’on doit fuir sous peine d’éclater en sanglots, musiques-cannes-à-pêche de nos sentiments les plus enfouis, gros poissons des profondeurs houleuses.

Musiques identitaires que certains portent comme des étendards sans jamais se demander s’il les aiment vraiment- musiques qu’on aime par habitude, parce qu’elles font partie de nous, et dont un beau jour, il nous arrive de divorcer, non sans peine froide.

Musiques aussi par lesquelles l’Autre nous rentre dans les oreilles et dans la peau, par lesquelles on apprend à l’aimer, grâce auxquelles on se souvient qu’on l’aime encore- part sonores de l’amour.

Musiques que l’on invente, que l’on crée, qui sortent de nous comme un enfant vagissant, la voix rauque, gauche encore, pas tout à fait juste, mais vivante.

Musique qui est pour certains un destin auquel on ne peut échapper sans faire entrer une petite mort en soi. Musique plus forte que la mort et qui fait la vie, et qui en dépassant l’amour nous rappelle qu’il existe.

Musique de toutes les divas, les troubadours, les mauvais chanteurs et les bons, des enfants et des adolescents qui cherchent au bout des cordes et des touches un sens à l’existence, une révolte, une beauté.

Musique sous la pluie et aux quatre vents, celle des madrigaux de Monteverdi qui chantent l’amour et la guerre, Mars et Vénus, à la croisée du son et du poème  et qui contient en germe la pop moderne et l’opéra. Le jeu expressif du texte fusionnant avec celui du son.

Musique-théâtre de l’âme et des ses tumultes…

soleil-noir

Lamento della Ninfa

“Phoebus n’avait pas encore au monde le jour remis

Qu’une demoiselle hors de chez elle sortit

Sur son pâle visage apparaissait sa douleur

Souvent s’échappait d’elle un grand soupir du coeur;

Piétinant des fleurs, elle errait ici et là,

Sur ses amours perdus pleurant, comme cela: …”

 

De fil en cordes me fait penser à (allez savoir)… De tumultes en joies:

 “Je rêvais d’un autre monde Où la Terre serait ronde Où la lune serait blonde Et la vie serait féconde Je dormais à poings fermés Je ne voyais plus en pieds Je rêvais réalité Ma réalité Je rêvais d’une autre Terre Qui resterait un mystère Une Terre moins terre à terre Oui je voulais tout foutre en l’air Je marchais les yeux fermés Je ne voyais plus mes pieds Je rêvais réalité Ma réalité m’a alité Oui je rêvais de notre monde Et la Terre est bien ronde Et la lune est si blonde Ce soir dansent les ombres du monde A la rêver immobile Elle m’a trouvé bien futile Mais quand bouger l’a faite tourner Ma réalité m’a pardonné M’a pardonné Ma réalité m’a pardonné Dansent les ombres du monde Dansent les ombres du monde Dansent les ombres du monde Dansent les ombres du monde…”
soleil-noir - Copie

 

 

 

 

 

 

 

Au coin du Feu: le chat, l’oiseau et l’enfant.

On repart sur le banc d’école, toujours toujours au petit matin, ce petit matin. On refait ses classes.

Toujours la même histoire, et toujours le même chant, et pourtant différent.

Les oiseaux n’auront pas hiverné. Mais est-ce que les oiseaux hivernent ? Quatre ans de silence, ou plus : est-ce les oreilles qui étaient sourdes ?IMG_5044

De toute façon nous sommes condamnés, ou destinés : aux histoires d’oiseaux et de chats. Pas de chat après un oiseau, pas d’oiseau qui s’envole à la barbe de deux jours du chat.

Non.

IMG_5102Mais un chat qui serait aussi un oiseau, un oiseau qui joue au chat.

 La parole et certains mots préexistent à leur écriture. Ou à leur expression sonore. Ils tournent un peu dans l’air, non sans rappeler le vol de l’oiseau de proie, un rien hésitant, mais faussement, en même temps très sûrs d’eux, puis ils fondent : ils se disent, ils s’écrivent.

« Les mots qui s’écrivent sur les murs renforcent les murs ». Mots de J Lacan à propos des mots d’amour, des chants désespérés sur les murs des banlieues, des lycées, des wc de partout, sauf des palaces. Il y a un côté trash

Les mots renforcent les murs… les murs qui nous protègent, qui tiennent debout. Les mots sur les murs pour sortir les émotions du cœur, conjurer l’impossible, ne plus avoir peur de ce qu’ils nous disent ?

Ce genre de mots renforcent-ils les pages ? Ecrans, papier, portes d’entrée blanches, planes mais sans fond.

?

Écrire à quelqu’un qui écrit, c’est étrange. Mais il y a des gens qui écrivent mieux sans écrire que les gens qui écrivent.

Paradoxe : on veut parler des gens qui expriment, qui libèrent l’intime, qui osent.

Et il y a des gens qui vont écrire très bien, un tas de mots sans pour autant rien dire, ou si peu : de leurs désirs, d’eux-mêmes, de quelques chose d’au-delà des histoires superficielles des faits.

Écrire vraiment, profondément, se joue avant même que d’écrire. Cela s’écrit d’abord en soi : c’est un désir irrépressible. Écrire ça serait comme cette racine en soi brûlante, ce bout de bois incandescent qui produit ensuite la flamme qu’on confond avec l’écriture. Mais l’écriture ce n’est pas la flamme, pas celle d’un bout de journal qui s’éteint aussitôt après avoir fait forte impression, et qui nécessairement déçoit. Écrire serait comme un peu aimer : sa vérité c’est le feu ardent qui se consume à l’intérieur, pas sa manifestation. Et la vérité d’une chose, c’est sa durée. Dur, noir sur blanc.IMG_5034

Les enfants aiment jouer avec le feu. C’est-à-dire avec les flammes. Ils allument des journaux. C’est éphémère, même si c’est beau. Mais les enfants admirent le feu, le vrai feu, les flambées terribles, impressionnantes des adultes dans une cheminée si grande qu’on y pourrait les faire rôtir eux-mêmes, en tournebroche, les enfants.

Les enfants ne savent pas faire un feu. Spontanément, non. Allumer la bûche de chêne à l’allumette (la bûche de chêne ou de cèdre), ça ne prendra pas. Il faut toute une technique et de la patience, c’est facile, mais ça s’apprend.

Il ne faut pas désirer la flamme. Il faut désirer le rougeoiement incessant qui transforme le cœur du bois en une sorte de gemme rutilant, imprenable.

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Et le chat reste à bonne distance mais s’y chauffe, et l’oiseau en recueille un peu de l’éclat sur ses plumes luisantes.

Et l’enfant sage a hâte de devenir adulte pour savoir faire ce feu là, mais l’enfant sage, assez rare, ne confond pas la hâte avec l’impatience.

C’est pourquoi il reste accroupi, il se tait. Il garde en lui l’écriture et les mots silencieux qui parleront plus tard ou qui s’acteront : parce que certains gestes parlent plus que les paroles qui flambent.