OR d’AUTOMNE

Une chanson retrouvée griffonnée sur la table après le dernier conseil des ministres. Un jeune président rêve à l’impossibilité que les gens soient tous heureux en même temps, comment faire? Une certaine forme d’Or naturel existe, qui relativise tout… même l’argent.

Solor

L’AUTOMNE…

L’automne est belle, dans sa robe de feuilles…

deux êtres se tiennent par la main.

Ni jeunes

Ni vieux,

soucieux, mais heureux. Pas vraiment riches,

sauf d’être amoureux, dans le soleil d’or

du matin.

D’autres jouent à la guerre, c’est merveilleux.

L’automne leur fait une crise de jalousie

qu’ils ne voient pas.

Le soleil roux, les pauvres heureux n’existent pas

pour eux.

Le soleil d’or, être amoureux, ces trucs gratuits–c’est fini.

Elle,

sort ses dentelles, elle se déshabille.

Au bord de la rivière, ses dentelles naturelles

De fougères, de lumière sur l’eau qui brille… cette vieille grand-mère, toujours fraîche : l’Automne

les enivrent : Ils se dépêchent.

De sauter

De s’éclabousser, de rire,

Comme si rien n’avait jamais existé

D’autre que cette liberté

De n’être rien, mais d’être tout

Les poches vides mais

Une main chaude dedans, le coeur

Plein de diamants.

….

L’Argent… c’est très important.

Mais

Parfois

Ce n’est pas suffisant… l’argent…c’est

très

très important mais

parfois on s’en fout vraiment….

Toutes images clr. issselee : Pantin, île de France, et source de la Roche Jagu, Bretagne.

EN PLEIN VOL

Dino en plein vol,

au dessus des humains et des satellites

Dino qui s’en fout de tout ça

de la mort, de la vie

et même du cosmos et du sens

des scies électriques

Dino symbole d’une dense

et profonde

légéreté

très loin en orbite avec Dieu

stable éternité

rien n’existe donc

tout est possible–

fin de l’été.

ÉTOGES, Écuries Lucie Pascaud, Champagne. 31 sept 2020

Photo d’en-tête, Dino, demi-trait.

« LA VIE EST BELLE, TU VERRAS »

Poème de José Augustin Goytisolo

Chanté par Paco Ibañes (ci- tout dessous)

 

PAROLES POUR JULIA

 

Tu ne peux revenir en arrière

Parce que la vie déjà te pousse

Comme un cri interminable

 

Ma fille, il vaut mieux vivre

Dans la joie des hommes

Que de pleurer devant un mur aveugle

 

Tu te sentiras acculée

Tu te sentiras perdue ou seule

Peut-être voudras tu ne jamais être née

 

Je sais bien qu’ils te diront

Que la vie n’a pas de but

Que c’est une sale affaire

 

Alors toujours rappelle-toi

De ce qu’un jour je t’écrivis

En pensant à toi, comme maintenant je pense

 

La vie est belle, tu verras

Comment malgré les malheurs

Tu auras des amis, tu auras de l’amour.

 

Un homme seul, une femme

Pris comme ça l’un dans l’autre

Sont comme de la poussière, ils ne sont pas rien

 

Mais quand je te parle à toi

Quand je t’écris ces mots

Je pense aussi à d’autres gens

 

Ton destin est dans les autres

Ton futur est ta propre vie

Ta dignité est celle de tous.

 

D’autres espèrent que tu résistes

Que les aide ta joie

Ta chanson parmi les chansons.

 

Alors toujours rappelle-toi

De ce qu’un jour je t’écrivis

En pensant à toi

Comme maintenant

 

Jamais ne capitule ni ne t’éloigne

Du chemin, jamais ne dis :

« Je n’en peux plus, je m’arrête ici »

 

La vie est belle, tu verras

Comment malgré les malheurs

Tu auras de l’amour, tu auras des amis

 

Par ailleurs il n’y a pas le choix

Et ce monde est comme il est

Il sera tout ton patrimoine

 

Pardonne moi je ne sais te dire

Rien de plus mais tu comprends

Que moi je suis encore sur le chemin

 

Et toujours toujours rappelle toi

De ce qu’un jour je t’écrivis

En pensant à toi comme je pense

Maintenant.

 

 

 

 

PALABRAS PARA JULIA

Tú no puedes volver atrás
porque la vida ya te empuja
como un aullido interminable.

Hija mía es mejor vivir
con la alegría de los hombres
que llorar ante el muro ciego.

Te sentirás acorralada
te sentirás perdida o sola
tal vez querrás no haber nacido.

Yo sé muy bien que te dirán
que la vida no tiene objeto
que es un asunto desgraciado.

Entonces siempre acuérdate
de lo que un día yo escribí
pensando en ti como ahora pienso.

La vida es bella, ya verás
como a pesar de los pesares
tendrás amigos, tendrás amor.

Un hombre solo, una mujer
así tomados, de uno en uno
son como polvo, no son nada.

Pero yo cuando te hablo a ti
cuando te escribo estas palabras
pienso también en otra gente.

Tu destino está en los demás
tu futuro es tu propia vida
tu dignidad es la de todos.

Otros esperan que resistas
que les ayude tu alegría
tu canción entre sus canciones.

Entonces siempre acuérdate
de lo que un día yo escribí
pensando en ti
como ahora pienso.

Nunca te entregues ni te apartes
junto al camino, nunca digas
no puedo más y aquí me quedo.

La vida es bella, tú verás
como a pesar de los pesares
tendrás amor, tendrás amigos.

 

Por lo demás no hay elección
y este mundo tal como es
será todo tu patrimonio.

Perdóname no sé decirte
nada más pero tú comprende
que yo aún estoy en el camino.

Y siempre siempre acuérdate
de lo que un día yo escribí
pensando en ti como ahora pienso.

 

35’13 »

 

« DANS DES TEMPS D’IGNOMINIE COMME MAINTENANT A L’ÉCHELLE PLANÉTAIRE ET

ALORS QU’UNE CRUAUTÉ FROIDE ET ROBOTISÉE S’ÉTEND PARTOUT, IL RESTE ENCORE

EN CE MONDE DES GENS BIEN QUI ÉCOUTENT UNE CHANSON OU LISENT UN POÈME »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

ABOVE

 

 

À la poussière…

À la lumière

À la musique

À l’éclair de poussière

Sur Terre

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Aux êtres d’air

Flammes d’hier

Femmes légères

Flammes de poussières

Qui

Claquent

Dans la lumière

De l’éphémère

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Aux violons de chair

À Demain

À hier,

Toi, nous,

Âmes de poussières

Solaires.

 

 

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UNE CHOSE ÉTRANGE

AM

 

L’amour est une chose étrange

Que nous ne comprenons pas

Pas toujours.

L’amour est quelque chose qui change

Et qui ne change pas.

L’amour a l’apparence d’un ange

Parfois

Un ange qu’on ne voit pas

Et qui soudain

Est dans vos bras.

 

L’amour est comme une fleur

Mon ange

Une fleur fragile qu’il ne faut pas

Abîmer

L’amour est comme une fleur

Mon ange

Qui peut en or

Se transformer.

 

L’amour c’est aussi de l’Amitié

Une confiance qu’on donne

Pour durer.

L’amour en fait, c’est pas compliqué

Il faut tout simplifier.

C’est peut-être juste une manière de vivre

De partager

De savoir qu’on est pas seul

C’est à la fois une liberté

Et une sécurité

 

L’amour c’est un grand mot

Et aussi une toute petite fée

Entre les lèvres.

L’amour c’est une manière

De se comprendre

De se ressembler

De s’embrasser

Sans penser, de se désirer.

Et, malgré les déceptions, les désillusions

Du passé,

Sans savoir pourquoi,

L’amour au fond c’est de vouloir

Rester

 

 

 

AM12

 

Image d’en-tête: Vénus, Antoine Bourdelle.

LA SURFACE DES CHOSES

La surface des choses

Qu’est-ce qu’il y a dessous?

C’est doux

La surface des choses

Ne dit rien

De nous.

 

Dans les peaux explose

Tout un monde flou

Qu’à peine tu n’oses

Toucher du bout

Des doigts.

 

Toi, tu deviens tout rose

ça prouve quoi?

Que tout n’est qu’une pose

Que tout n’est que prose

Parfois

 

 

Une grande porte close

Avec des clous en bois

Dans le soleil expose

Son calme plat

Qui bat

 

Qui bat pourtant la chamade

Dans le coeur des choses

Au fond par grandes saccades

Qu’on ne voit pas

En toi, en moi

 

La surface des choses

Le monde des apparences

Nous parle en silence

De tout ce qu’on ne dit pas

Mais qui est là.

 

 

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REGARD CHANTANT

Petit poème d’hommage à la Prévert, pour la rime en aimant…

 

C’est la vie, c’est la mort

Aznavour est mort.

Dans un sens c’est si triste

Quand un monde se finit

Comme un amour parti

Qu’on se demande soudain:

Comment vivre sans lui

?

 

C’est la mort, c’est la vie

Un petit air qui s’enfuit

Un courant musical

Si joli que c’est si triste

Comme c’était triste d’être joli

Autrefois la mélancolie

Romantique, évanouie.

 

Et ta voix nous poursuit

Vibrante, chaude, fragile, infinie

Qui te survit

Etrange monument

De sons contre le temps

Qui s’élève

Nostalgiquement.

 

C’est la vie, la vie,

La vraie musique jaillit

Un peu démodément

Trop tendrement

Langueur dans la voix

De nos grands-parents

Chantant: l’antan, l’antan.

 

Contre le vent

De la mort, de la mort

Qui démolit tous les raffinements

Des anciens sentiments

Si nobles, poétiquement

Contre ce vent

De progrès annihilant

Froidement

 

Ta Bohème, tes vingts ans

Pour toujours si

Mystérieusement, si populairement

Mais si profondément, magiquement

Emouvant.

 

Charles A2

 

LE CHANT DU MONDE

 

Cheval ami, et cheval de l’apocalypse. Dans la complainte un peu folle, shakespearienne d’un personnage de Giono, un personnage de femme, lasse des hommes et de leur furie absurde, ridicule. Qui attendrait le déluge, que tous périssent, sous les sabots d’un cheval rédempteur, et pur, et qui l’épargne, elle seule.

p 125, édition Folio, Le Chant du Monde, Jean Giono, paru en 1934. Interprétation libre du chant de Gina.

 » — Ecoute, dit Antonio.

Dans la maison on entendait chanter. C’était des notes basses, graves et furieuses. Ça redisait tout le temps pareil, tout le temps, tout le temps.

Oh! mon cheval!

ô mon cheval!

est-ce que tu peux nager dans le sang?

Fendre le sang comme une barque?

Sauter dans le sang comme un thon?

Écraser des hommes comme des fagots dans la boue?

— Attache sur ta tête un mouchoir d’or,

et je fendrai le sang comme une barque,

et je sauterai comme un thon,

et j’écraserai les hommes comme des fagots,

Pourvu que je te reconnaisse si toi tu tombes. »

 

LE CHANT DE LA MER

 

 » Ils étaient là sur la plage, et lui ne disait rien.

Il ne disait rien parce qu’il l’écoutait et qu’elle parlait.

Peut-être parlait-elle par peur qu’il ne dise quelque chose, quelque chose qui la blesse. C’était bien possible.

Une vieille femme étendait son linge derrière eux, par-delà les canisses de séparation. Ils l’entendaient chanter en arabe. Ils ne comprenaient ni l’un ni l’autre, mais c’était beau, apaisant.

Elle aurait voulu lui dire à quel point cette situation était ridicule, mais les choses les plus importantes, elle n’arrivait pas à les exprimer avec des mots simples.

Elle prenait des détours légers, et en final, s’apercevait que ce qu’elle avait dit n’était pas tout à fait juste. Mais il l’écoutait quand même, qui sait par politesse, pour ne pas lui faire de mal, car au moins, il savait qu’il pouvait lui en faire.

Elle savait qu’elle pouvait lui en faire aussi, et de cela, elle avait encore plus peur que de se blesser toute seule contre un mur.

Heureusement qu’il y avait la plage déserte, le sable encore chaud, le soleil au loin et la mer. Belle comme une grande nappe toute lisse, indigo profond.

Une grande sagesse, une grande intelligence émanaient de cette eau, du ciel pur.

Sans eux, ils seraient peut-être devenus fous.

La mer, le sable, le soleil, la chant de la vieille femme.

Tout cela avait sans doute plus de sens qu’aucun mot stupide pour tenter de comprendre l’impossible.

Elle avait envie de pleurer, mais aussi de lui demander pardon, pardon d’exister et de ressentir ce qu’elle ressentait malgré elle. Elle ne voulait pas l’embêter. Elle voulait partir loin. Mais pour une fois, elle ne dit rien.

Un silence se fit, pendant lequel le murmure de la Méditerranée se transforma en un fredonnement, comme une berceuse, s’échouant à chaque fin de rime sur le rivage, doucement, d’une voix profonde.

Elle osa lui faire une bise tendre sur la joue droite et passa la main dans la sienne, entre le sable et ses doigts, comme dans un jeu de Mikado, pour ne pas le perturber.

Ils demeurèrent ainsi, silencieux, et personne ne connaît la fin de cette histoire. »

 

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DECADANSES

Un beau soleil de fin d’été brillait sur la rentrée.

Mieux valait parler au passé, comme dans un conte rassurant.

L’angoisse bien endémique chez l’humain avait toujours été une question de temps: passé, présent, futur antérieur, et surtout, imparfait: manque.

Il y avait toujours eu contradiction dans ce phénomène: la fin des jours de plein feux, la chute des heures, et l’espoir factice d’un recommencement. Renouveau ou réplique. Copie ou création. Enfin, pour ne pas qu’on s’embrouille dans les confusions de sens et de paronymes, en tout cas: Aspiration.

À quoi? On aurait pu se le demander…… … .. .

 

Le soleil brillait, et personne n’avait encore imaginé que l’Apocalypse ne fut pas noire charbon, noire d’enfer.

Personne ne s’était jamais avisé que l’Apocalypse ne serait qu’une apothéose en pleine lumière, un aveuglement par trop plein et non trop peu.

Excès de lumière ou d’obscurité: mêmes conséquences.

 

La voix de Jean le Baptiste criant dans le désert ouvrait un récit étrange qui se terminait par l’apôtre au totem d’oiseau, Jean, l’autre, l’évangéliste, annonçant les derniers temps, ceux du vieil été, à plein régime, et la rentrée dans un monde nouveau, Jérusalem de feu.

Nouvelle ascension, lue comme une chute. Moment où les sept trompes résonnent pour ouvrir des portes dont on ne comprend jamais bien s’il s’agissait de celles du Paradis ou de l’Enfer. En réalité  des deux: chacun sa part, chacun son chemin après passage par la balance du Jugement Dernier.

C’était la rentrée, l’éternel recommencement. Les générations se suivant sur les bancs, identiques et pourtant différentes.

L’esprit humain restant fidèle à ses limites, à ses rêves de les briser, et quelque part: y arrivant.

C’était le progrès: un Mac pour chaque élève, même boursier. La possession d’un instrument de pouvoir, donnant seulement le sentiment de pouvoir dans son acception la plus enfantine: le pouvoir facile. Suppression de l’effort pour créer, pour s’enrichir. Suppression de la « souffrance » d’être confronté à ses limites personnelles, celles de son cerveau devant l’information à retenir, le long travail du labourage, de la concentration pour progresser, s’enrichir, s’ouvrir.

Temps court, contre temps long.

C’était l’envie d’une  révélation de tous les egos pris individuellement, un immense serpent social se mordant la queue: les egos s’annihilant dans leur manifestation pléthorique. Aucun ne surnageant: magma. Petites stars à micro public. Avide non pas de créer, mais de trouver matière à starifier.

Nuance.

Ambitions?

On restait coits.

 

Il aurait fallu plus d’humilité. Égalité, dans l’humilité: réapprendre toute l’histoire antique, tout le Droit, les sciences, lire des livres qui auraient résisté (pour une raison arbitraire ou non) à l’usure des siècles. Se qui se serait appelé: se cultiver sûrement. Sur de la terre ferme, et pas du vent.

Oser faire rentrer de la vraie lumière, celle de Goethe « Mehr Licht », plus de lumière. Ouvrir en grand les portes, ni de l’enfer, ni du paradis, juste celle du réel, de la science, de la conscience: laisser les romans de science fiction héroïques à leur place, juste celle du rêve. Être pragmatique alors: pour mieux rêver et agir. Parler vraiment, c’est à dire pas trop. Apprendre et enseigner le silence. Un programme presque bouddhiste. Un peu iconoclaste dans un sens: saper la fascination pour les idoles:

Les images, et les instruments vides de pouvoir réel, de pouvoir qui fait grandir le mérite intime, la dignité de celui qui les regarde, qui s’en « sert »…

Enseigner la patience, la vérité et la capacité critique à démolir ces idoles: enseigner à dire non. Pour que le oui ne soit pas béni-oui-oui, ai un sens: une liberté.

Δ

Mais on oubliait. On recommençait tout en croyant faire du nouveau On se concentrait sur les prouesses de l’instrument et non sur les progrès de l’opérant. Du joueur.

Il aurait fallu tout mettre à plat, mais c’était impossible. Dangereux même. Entre la genèse et l’apocalypse: le déluge.

Alors mieux valait au moins croire au bonheur, à une paix: oeil du cyclone.

Y jouer un petit air de guitare ou de trompette mélancolique et gai, en même temps, comme si rien n’existait, comme si le monde était neuf, beau, vierge, intact, comme s’il avait trois ans, qu’une vraie Renaissance était en cours. Comme s’il était question seulement de danser, une dixième danse, la dernière, une© nouvelle, encore et encore, sans chute.

Miles