LIBERTÉ, ÉGALITÉ, FRATERNITÉ: PERIMÉES, OU RÊVÉES…

“Les grands changements sont silencieux” qui a dit cela?

“Il faut que tout change, pour que rien ne change”, pour sûr, cette citation est du Prince Fabrizio de Salina, alias le Guépard dans le roman de Lampedusa sur la révolution libérale italienne en Sicile.

Les grands tremblements de terre, les tsunamis sont d’abord imperceptibles, puis dévastent tout dans une espèce de “furieuse lenteur”.

Ainsi l’ordre, le fonctionnement capitaliste actuel du monde global s’est-il imposé, d’une main de fer dans un gant de velours, depuis les premières révolutions politico-bourgeoises du 18ème siècle en Europe.

Faut-il croire aux grands effets de manches? A la théâtralité parfois sanglante des révoltes? Aux coups de tête et de béliers éperdus? Faut-il croire en leur efficacité, en leur durée, en leur conséquences en cohérence avec l’impulsion première de leur idéologie?

Au contraire, une certaine pensée peut-être plus pragmatique de la vie, plus réaliste, dit que les vrais changements arrivent à pas de loup, comme la gestation lente mais sûre d’un enfant. Que ça ne se voit pas, qu’il n’y a pas d’excitation romanesque,   romantique, qu’il n’y a pas de passion presque, du moins qu’il n’y pas de violence, pas de souffrance. Mais une prudence sûre d’elle, bonne ou machiavélique. Le joueur d’échec ou de go se tient serein. Il ne porte pas de gilet jaune, il ne s’appelle pas Emmanuel… qui est-il, ou elle?

La joueuse d’échec ne s’appelle pas non plus Marianne, la carte du territoire présentera quelques nions, ainsi que la statue de l’Arc de Triomphe.

La représentation de la liberté révolutionnaire sur un monument napoléonien, trépanée par des hommes non pas réellement désespérés de ne pas être libres, de ne pas savoir être fraternels, mais de ne pas être égaux, dans le sens de 89, d’Identiques, d’équivalents, dans le sens d’une dignité matérielle et financière dont on les ampute.

“Discours sur l’Inégalité parmi les hommes”, et sur les écarts de salaires et de fortune, devrait réécrire Rousseau.

“Il y a dans toute révolte populaire un rêve libertaire et communiste”, qui a encore dit cela?

Il y a dans toute révolte populaire une part de violence virile qui éclate, même si Delacroix fait monter une Marianne sein nus sur les barricades, et puis une part de manipulation, et puis ce ne sont pas toujours ceux qui souffrent le plus qui crient.

Des hommes avec des gilets fluorescent, couleur qui n’existait pas du temps de 89 et de Napoléon, ont fait s’épancher la matière grise d’une tête qui symbolisait la liberté rageuse, la force virile, féminine, totale, qui dit NON,  la pugnacité de valeurs justes qui doivent toujours rester vigilantes et combatives pour perdurer.

Cette quasi profanation signifie-elle désillusion, contradiction du mouvement, absurdité, ignorance, ou simple dérapage totalement incontrôlé?

L’Histoire a prouvé que les sans-culottes et les bonnets phrygiens ne furent pas les vrais vainqueurs de 89, les révolutions flouent ceux qui y participent, mais non ceux qui les fomentent.

La vérité avance à pas feutrés et sûrs, sans grands éclats donc. Dans la sphère intime avec douceur et prudence, dans la sphère publique avec sagacité et vision à long terme.

Pendant ce temps, le joueur ou la joueuse de Go sourit, d’un sourire de Mona Lisa sur les lèvres viriles de la future Marianne, dont personne encore ne connaît le nouveau visage.

 

L’ENTRÉE DE LA SORTIE (“L’ITTÉRAIRE”:-O!)

E.

COMME Ecrire Nom de code secret d’un amour honteux, maudit, caché mais aussi inévitable, fatal, qu’impératif. Presque un péché, une déviance, un vice vital (comme l’amour).

E.

 

 

L’inutile.

La cacophonie.

Le mythe de Sisyphe.

 

L’agréable.

Joindre l’inutile à l’agréable.

 

Pourquoi écrire? On entend plus rien. On croule sous les mots. CHUT! Enfin merde quoi! Relire suffirait.

Alors? Pour quoi?

 

Pour se donner des airs.

Pour se prouver quelque chose.

Pour un acte narcissique.

Pour un acte thérapeutique (psychanalytique)

Pour un acte esthétique.

Pour un acte esthétique, oui.

Pour l’anti-néant de Malraux, ah oui.

 

Rester critique. Critiquer la critique. Se critiquer. Tout passer au crible, et se rendre compte que ce qu’on vient de penser, ce qu’on vient de dire à quelqu’un, ce quelqu’un même, ce n’est pas ça la vérité, ce n’est pas tout à fait juste, ça ne sonne pas.

 

Monter, monter, monter. Comme sauter un tas d’obstacles. Se rendre compte qu’à chaque fois, ce n’est pas ça, on y est pas.

 

Pourquoi E?

 

Pour oeuvre morale, pour se remonter le moral. Pour le remonter aux autres.

Pour oeuvre philosophique, pour restaurer une sagesse, la mettre au goût du jour.

Pas pour rester là “bla bla bla” moi moi moi. Non. Pour faire regarder par la fenêtre ouverte sur les Choses et l’Autre.

 

Pour tenter vraiment de poser un regard sage et apaisé sur le monde.

On est pas là pour en chier, on est pas là pour crier qu’on en chie, ça, ça ne sert à rien.

Même si c’est beau.

Et est-ce beau?

 

On avait dit : écrire comme composer une ode, et une révolte.

 

Pour reprendre la veine ancienne et juste, habile et sincère, pure (Camus, Montaigne, Racine) ou outrancière, sauvage, provocante (Rabelais, Romain Gary).

 

En gros : dire Non (la révolte) dire ce qui ne va pas, et donner une solution, dans un dire Oui, une ode, dire comme malgré tout la vie est belle, sage. Comme notre existence est un peu surfaite devant tant de beauté, notre ego insignifiant.

 

Arrêter de signer, arrêter de singer qu’on serait quelqu’un de vraiment à part, de génial, avec un coeur ou une âme plus fine, plus en souffrance, plus à l’écoute, etc.

 

En finir avec les signatures, ne plus dire “écrivain” dire “miroir”.

 

Qu’est-ce que tu fais, dans la vie? Enfin qu’est-ce que tu aimes, qu’est-ce que tu sais faire de mieux?

Bah, pas grand chose : réfléchir, posément, je suis miroir. Je fais miroir. Pas une profession, à peine un art, une technique un peu, un fluide de mots qui passe et qui envoie un chant, un peu comme le champ magnétique des particules de la matière.

 

Un truc qui aurait été poli par la vie, les ans, les souffrances, les expériences, les écrits des grands (classiques ou modernes), un truc très humble et un peu orgueilleux en même temps par son humilité même à ne pas vouloir être, mais surtout transparaître par son oeuvre, seulement.

 

Un vieux miroir qui nous montrerait des faces de la vie surprenantes , qui nous remettrait en accord avec soi, avec le sens, surtout: le Sens de l’existence.

Voilà, ça devrait être ça, ça ne devrait plus qu’être ça, “écrire”.

 

Nous aurions, les écrivants, les miroirs, des noms de code, des numéros, et personnes ne pourrait, personne ne devrait nous reconnaître. Tout désir de “reconnaissance” tué dans l’oeuf. Personne ne connaîtrait notre visage de chair. Ainsi l’égo ne serait pas flatté. Ainsi nous écririons en restant purs, concentré sur le travail de bien exposer, avec clarté, lumière, par nos différentes facettes de miroirs brillants, l’éclat de l’existence, sa tragédie belle, sa force, et ainsi communiquer, faire du bien: aux autres humains.

 

Nous porter aussi réceptacles et diffuseurs d’une langue, transmetteurs à la fois innovants et perpétuant, conservant. Irradiant une mémoire langagière, une culture.

 

Toutes ces choses tellement connues; analysées; pensées, évidentes au fond, balayées cependant par l’impatience et l’impulsion désordonnée du désir d’écrire, d’apparaître, de se confirmer sa propre petite existence dans cet ouvrage, dans quelques pages relues avec un plaisir onanique “j’écris donc je suis”.

Mais non.

 

Je ne suis pas “parce que” par-ce-que j’écris.

Je ne suis pas “parce que” par-ce-que je créer.

Je suis. Ergo sum. Basta.

Au delà de mon enfant, au delà de mon acte, au delà même du jugement subjectif que je me fais de moi-même

 

Et ainsi toute existence est belle et simplissime et vaut la peine. Même ignorante, même la plus humble, même silencieuse et muette, là dans un coin en retrait, à aider, à aimer, sans dire un mot, d’un baiser ou d’une main ou d’un regard.

 

Nous n’avons pas du tout besoin d’écrivains, nous n’avons pas besoin de romans écrits pour rassurer quelqu’un sur ses propres capacités à l’écrire. Pour donner une cohésion sublimante à sa vie, à sa généalogie, à ses psychoses. Nous n’avons pas du tout besoin d’une diffusion sociale de tout cela.

Nous n’en avons pas besoin, et pourtant il est bon qu’une partie de ce travail soit diffusée. C’est tout l’enjeu de la censure (à un niveau intellectuel, artistique et non moral aujourd’hui) et la limite d’un absolu de liberté artistique posé comme mythe contemporain de la réalisation individuelle.

 

Entre les oeuvres qui resteraient privées, personnelles, rattachée à des sortes d’archives familiales comme ces anciennes statues des ancêtres que gardaient dans un placard des l’atrium quelques aristocrates romains, et les autres, (incluant une partie des précédentes) pour publication (élargir à la connaissance du public) : comment choisir?

 

Ce choix, les critères du filtrage constitue donc au fond l’unique question littéraire pour les temps qui s’ouvrent. Elle l’a toujours été, mais a fortiori au début de ce XXIème siècle, à la croisée de phénomènes centrifuges (démocratisation d’accès à la culture, libération de la parole positivée par le renouveau freudien de la catharsis grecque, facilitation de la création – du sentiment de création- d’un “texte” par la maîtrise des logiciels d’écriture, climat général de valorisation de toute création donnant de l’assurance à l’ego, désinhibtion court-circuitant le détour autocritique etc.etc.etc. ) le tout aboutissant à une (sur?) production de textes.

 

Que décide-t-on de publier, et ainsi implicitement de faire aimer? Pourquoi et sur quels critères en décide-t-on? Qui décide et selon quelles subjectivités? En quoi les enjeux de rentabilité économique jouent-ils un rôle majeur, en quoi cela peut-il favoriser la pertinence de certaines thématiques sociales, sociétales, et en quoi cela peut-il inversement être un moyen d’influence et de frein politique sur certaines visions, idées pour décider de l’ “air du temps”…? (doux euphémisme).

 

Toute langue est un organisme vivant évolutif, comme le groupe humain qui l’utilise. Tout discours sur le monde a pour instrument une langue, et pour se faire entendre, s’il veut rester intelligible, doit donc évoluer dans la forme.

Première implication: renouveler l’écrit sur la forme pour perpétuer des idées, s’agissant d’un discours qui vaudrait la peine d’être ainsi actualisé pour maintenir sa pertinence (ex : la prose profonde de Jean Giono, dans la crise socio-écologique actuelle). Seconde implication: la langue d’un groupe social donné à un instant T est elle même scindée en différents niveaux de langue, (syntaxe et vocabulaire) qui la rend diversement intelligible par les sous-groupes sociaux de ce vaste ensemble. L’impératif d’intelligibilité doit-il alors empiéter sur la création et la sélection littéraire? (ex : doit-on faire le choix d’une prose simple, au vocabulaire restreint pour la rendre accessible à un plus vaste lectorat, réduisant ainsi l’effort de lecture, mais aussi l’apport et l’enrichissement culturel induit par cet effort ?).

 

De façon générale, on voit que la marchandisation du livre et son entrée dans le domaine du consumérisme est le reflet d’un conflit culturel profond des sociétés de l’écrit. Aldeous Huxley et Ray Bradbury l’avaient prédit. La question de la rentabilité d’une oeuvre touche en réalité l’ensemble de la production artistique mondiale (cinéma, arts plastiques, théâtre etc.) Les mots “exigence”, “exigeant” désignent dans le parler “artistiquement correct” certaines créations, pas nécessairement obscures ni verbeuses, mais qui recèlent simplement une beauté, une vérité qui demande un petit effort pour se laisser dévoiler. La notion même d’initiation, d’édification du lecteur par son accès au monde poétique (comme théorisée par René Char), l’enrichissement d’une intériorité personnelle sont par essence incompatibles avec l’idée de best seller. Sauf miracle et aura particulière (cf la Bible, ou les poèmes de Char lui-même) qui n’a comme résultat que d’être acheté à des milliers d’exemplaires sans que cela implique effort de compréhension du texte. La fascination du mystère, ou du charabia, autre syndrome à la fois intellectuel et populaire.

 

Le phénomène de division cellulaire des sociétés particulièrement dans la culture occidentale ne facilite pas non plus la tâche de ce choix, de ce qui surnagera. La division à l’intérieur des groupes humains, les communautarismes culturels, l’accroissement des disparités sociales qui sont une conséquence objective du système économique global font que pour toucher au plus large une communauté qui n’a pas de vrai de cohérence, l’oeuvre est condamnée à ne pas en montrer elle-même, c’est l’écueil du “plaire au plus grand nombre”. Et se défaire.

 

Pourtant on dit que la splendeur de certaine créations parle à tous, que le Beau est irrésistible et que c’est à ce critère qu’on reconnait une grande oeuvre. Mais il y a encore au niveau encore plus parcellaire une multitude de sensibilités “pour plaire à tous, on ne plait plus Vraiment à personne”. Autre conséquence.

 

Alors quoi faire?

 

Arrêter d’écrire?

Oui.

Arrêter de publier?

Oui.

Décréter une trêve de 100 ans pendant laquelle l’humanité n’aurait la possibilité de lire exclusivement que des rééditions. Commençant par Homère et s’arrêtant mettons à Houellebecq ou Boualem Sansal, cela fait déjà une belle bibliothèque mondiale dans laquelle piocher.

Danger de psittacisme? Roman d’anticipation en germe dans cette idée même, et démangeaison révélatrice à vouloir l’écrire? L’Humain est de nature bavarde, pire, il aime le verbe qui le distingue de l’animal. L’humain ne parvient au mieux à se taire que dans le silence de la page qui s’écrit ou de l’orgasme muet.

 

Alors? Éternel dilemne à l’échelle artistique de cette articulation douloureuse chez les hommes entre conservatisme et libéralisme. Entre nécessité de savoir conserver pour pouvoir vraiment innover, de parvenir à se juguler, de jouer de la raison et de l’héritage pour faire exploser la folie dans des fulgurances géniales, le devoir de mémoire et l’élan vers l’avenir, le passé en planche d’appui… Avoir conscience que la force d’une langue et sa beauté c’est à la fois la classe pour ne pas dire le classicisme de ses racines et sa capacité à l’englober dans un pas de côté soudain, déjanté.

 

Alors continuer à écrire?

Oui.

Continuer à publier?

Oui.

Dans ce maelström, ce chaos de mots en tout sens, juste reflet d’un temps ou le Temps esthétique semble être aboli, où tous les styles et les époques auraient la liberté de pouvoir dialoguer.

Alors oui, publier, écrire, mais dans LE RESPECT PROFOND DE CES DEUX VALEURS qui permettent à l’humanité d’avancer, au lieu de s’autodétruire, de se découvrir dans sa profondeur et ses joies les plus belles, les plus folles, les plus nobles :

LIBERTÉ et DIVERSITÉ.

LA MÉTAMORPHOSE EST DONC POSSIBLE

“Je pense que le mot métamorphose est plus riche que le mot révolution.

(…)

C’est ce processus de transformation que nous connaissons très bien chez la chenille qui, s’enfermant dans sa chrysalide, commence à s’autodétruire en tant que chenille, y compris en détruisant son système digestif, pour s’autoconstruire avec des ailes, en tant que papillon. La chenille est devenue autre, à partir d’elle-même.

On sait avec quelle difficulté, quand la chrysalide s’ouvre, le papillon parvient à déployer ses ailes avant de pouvoir s’envoler. Comme un enfantement, la métamorphose s’accomplit dans la douleur. Toute l’évolution est donc un processus de création qui crée de la destruction. La formule de Schumpeter, la  “destruction créatrice”, qui est maintenant reprise un peu partout, est à mon avis fausse : c’est la création qui est destructrice. Quand on crée le monde industriel, on détruit la paysannerie traditionnelle  aux XVIe et XVIIe siècles. (…) Il faut donc se demander ce que l’on gagne et ce que l’on perd dans ce qu’on appelle un progrès car il provoque une régression parfois invisible ou du moins non quantifiable. (…)

De la métamorphose devrait naître une société qui, à l’échelle du monde, engloberait les nations.

Cela semble improbable aujourd’hui car ce qui est probable pour un observateur donné, en un lieu donné, qui dispose des bonnes informations sur les courants qui viennent du passé et qui traversent le présent, constitue une continuation vers le futur. Et c’est ce que j’ai cru faire en disant que si nous continuons, nous allons vers des catastrophes probables.

Mais qu’est-ce que l’improbable?

C’est ce qui n’est pas impossible mais peut advenir de façon inattendue.

Voici un parfait exemple d’un improbable historique. En automne 1941, l’armée nazie, qui avait déjà dominé l’Europe, dominait pratiquement toute l’Union Soviétique. Elle avait encerclé Leningrad, était aux portes de Moscou et il lui suffisait d’une nouvelle poussée pour conquérir Moscou. Soudain des pluies diluviennes ont embourbé l’armée allemande et elles ont été suivies par un gel précoce. Staline avait nommé Joukov, qui fut un des grands généraux de cette guerre, comme commandant en chef du front de Moscou et, le 5 décembre 1941, Joukov déclenche la contre-offensive soviétique qui repousse les Allemands à deux cents kilomètres de Moscou.(…)

Autre facteur aléatoire, Staline a su par son agent secret Richard Sorge, dont on connaît très bien l’histoire maintenant, que le Japon n’allait pas attaquer la Sibérie, et pour cette raison il a pu déplacer son armée d’Extrême-Orient sur le front de Moscou, ce qui fut un élément décisif de la victoire soviétique. Deux jours plus tard, le Japon attaquait Pearl-Harbor, et les États-Unis basculaient dans la guerre qui devenait mondiale.

C’est alors que le probable a commencé à devenir improbable et que l’improbable a commencé à devenir probable (…)

L’improbable, l’inattendu est donc possible, la métamorphose est donc possible. La

lutte n’est pas totalement désespérée. Mais l’espoir est le possible, ce n’est pas le

certain. Lui donner certitude est une erreur totale. Comme le disait Heraclite :

“Si tu ne cherches pas l’inespéré, tu ne le trouveras pas.”

Egar Morin, PENSER GLOBAL.

 

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“TU AIMERAS TON PROCHAIN…”

 

“Tu vois, on danse.
Le corps, on le balance.
On s’touche.
On s’embrasse la bouche.
Tiens, même, v’là qu’on s’dit qu’on s’aime
Mais c’est que de la crème,
De la pommade rose
Pour cacher les choses,
Du p’tit plaisir
Pour pas tout seul dormir.

Tu vois pas qu’on s’aime pas ?
Tu vois pas qu’on s’aime pas ?
On s’aime pas.

Alors là, t’es seul.
Ça t’pique dans ton œil.
T’as envie
D’parler, de faire guili-guili,
Mais, pomme,
T’es là pour personne
Et c’est tout le monde pareil.
Retourne dans ta piaule :
Même si tu miaules,
Le monde s’en fout. (x2)

Tu vois pas qu’on s’aime pas ?
Tu vois pas qu’on s’aime pas ?
On s’aime pas.

Fil, fil mur,
T’as pas vu le fil dur ?
Marqué privé,
Ici c’est chez nous.
Pas pour vous,
Rien qu’pour nous.
Si c’est à tout le monde, chez nous,
C’est du sale mélange
Et ça nous dérange.
Attention aux autres. (x2)

Tu vois pas qu’on s’aime pas ?
Tu vois pas qu’on s’aime pas ?
On s’aime pas.

Pan ! Pan ! Pan !
Y a la guerre tout l’temps.
On fait le civil
Puis on s’envoie les missiles.
On s’le fait le coup du calumet de la paix
Mais c’est du cirage,
De la gomina
Pour cacher le cra-cra
Et zoom zoom télé,
Toutes ces belles photos saignées.

Tu vois pas qu’on s’aime pas ? (x4)
On s’aime pas… (x8)”

 

… COMME TOI MÊME”

 

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* Photos : extraites du New York Times @Hosam Salem for The New York Times

@Said Khatib/Agence France-Presse — Getty Images

LE PROBLÈME D’ÊTRE UNE FEMME

 

” LE PROBLÈME d’être une femme… disait-elle d’une voix douce et joliment rauque, une voix de vamp et d’ange, le problème d’être une femme, vois-tu ma chérie, c’est le problème de n’être pas un homme tout à fait comme les autres.

Pour commencer, contrairement à un homme comme les autres, c’est à dire un homme normal, un homme banal, une femme a un truc en plus : la beauté, la douceur et la force mêlées.

Le problème fondamental d’être une femme, depuis toujours je pense, c’est de se savoir éminemment supérieure, de savoir que à peu près tous les hommes le savent (tous les hommes un peu moins inférieurs) d’où cette jalousie mauvaise, ce complexe qui pour certains, alliés à leur désir, part en couilles, bien souvent; leur fait faire d’affreuses bêtises, du mal quoi.

Nota bene : tu remarqueras qu’on ne dit jamais “partir en sein”, ou “en trompes”. Non. On dit “partir en couilles”, pour mal partir.

Un garçon manqué est toujours malgré tout nécessairement un humain réussi, une femme, donc.

Aussi.

Mais ils n’osent pas le dire, bien entendu.

Face à une fille, la plupart du temps même s’il ne le reconnait pas, un mec se sent tout con. Il sait. Au fond de lui je te jure, il sait : qu’on est pas de la même espèce. Qu’il y a eu raté, de leur côté. Dieu s’est gouré. Au niveau création, je veux dire. Il le leur a mis à l’extérieur. Comme une menace permanente de castration, de déperdition d’une part essentielle d’eux-même, soumise au risque de la moindre cisaille qui passe, même émoussée; du coup: sentiment d’incertitude, de manque de confiance profond, mise à nu au sens propre : on voit tout de suite si ça bande ou pas. Franchement, pas d’intimité du désir. Rien de ce côté. Gênant. (Euphémisme).

Évidemment j’exagère un peu là, je me lâche. Ils ne sont pas tous si nul, mais enfin… cette volonté d’asservir, d’humilier, de transformer leur volonté de puissance en vice de domination et d’aliénation… On pouvait rêver mieux. Inventer la robe et l’inégalité déséquilibrée, pour mieux… enfin. Retors. Ils nous l’ont fait à l’envers, depuis le début. Eve. La pauvre. Bon.

Mais ne lis pas Doris Lessing, n’approuve quand même pas le monde exclusivement féminin de son roman “THE CLEFT”. Pas besoin de partir en guerre, de faire comme eux. L’intelligence c’est la douceur, l’absence de conflit, l’acceptation de l’Autre (même nul). L’humanité c’est la paix et l’amour. C’est idiot, pour eux, c’est contre leur instinct infra-bestial, mais c’est comme ça.

 

Le problème fondamental d’être une femme, c’est donc d’être un homme.

Mais un vrai, un pur, un doux, porteur de vie. Dieu n’a pas accordé sa confiance en l’homme, puisqu’il ne l’a pas laissé mettre au monde. Dieu a fait le masculin-Homme semeur de graines; le féminin-Homme matrice.

L’anglais le dit bien : woman est un man garni d’un womb, l’utérus, la matrice. Dans la langue anglo-saxone, la femme dans sa désignation sémantique est donc un homme augmenté, avec une appli en plus, et pas des moindres.

Souviens-toi donc toujours de ça et retiens toi de les haïr, ce n’est pas de leur faute.

Parfois ils sont si faibles et si forts, qu’ils en sont beaux…”

 

Paroles rapportées de Marianne Klauzaxe à sa fille, 7 mars 1907

 

IDOLÂTRIES : l’être ou ne pas l’être (J).

 

Les gens l’appelaient l’Idole des jeunes… Et que l’on soit Johnny ou pas, il faut rendre hommage à une certaine cohérence de ton, d’image. Pour rester dedans. Il partira comme il est venu : sur une certaine idée du show, de l’art de la mise en scène, dont lui même, preuve d’une certaine intelligence, n’était peut-être pas totalement dupe. “Il en est même qui m’envient…

Mais ils ne savent pas dans la vie
Que parfois je m’ennuie

Je cherche celle qui serait mienne
Mais comment faire pour la trouver
Le temps s’en va, le temps m’entraîne
Je ne fais que passer.

Dans la nuit je file tout seul de ville en ville
Je ne suis qu’une pierre qui roule toujours
J’ai bien la fortune et plus et mon nom partout dans la rue
Pourtant je cherche tout simplement l’Amour

Plus d’une fille souvent me guettent
Quand s’éteignent les projecteurs
Soudain sur moi elles se jettent
Mais pas une dans mon cœur.

Dans la nuit je file tout seul de ville en ville
Je ne suis qu’ une pierre qui roule toujours
Il me faut rire et danser et le spectacle terminé
S’en aller ailleurs au lever du jour

Les gens m’appellent l’idole des jeunes
Il en est même qui m’envient
Mais s’ils pouvaient savoir dans la vie
Combien tout seul je suis
Combien tout seul je suis.”

Paroles adaptées par Ralph Bernet sur un titre anglophone de Ricky Nelson.

 

Quand l’Idole précédait Dieu : question de valeur.

L’idolâtrie, pêché suprême forgé par le mythe hébraïque du Veau D’Or, c’est le culte fustigé de l’image qui n’est qu’image.

D’une coquille vide, non substantielle, contre laquelle s’érigera le principe profond du monothéïsme : croire en quelque chose d’invisible mais qui existe davantage, remettre le coeur, l’esprit et l’âme, une forme d’authenticité de l’humain au premier plan.

Au tout tout début, l’idée du Dieu unique s’oppose ainsi à l’Idole, et surtout aux idoles, et se crée par rapport à elles. Le désir de l’authentique nait d’une révolte contre l’inauthentique. Pas une idée néfaste ni bête à l’origine : c’est vouloir mettre fin à la superstition, à l’amour de quelque chose qui n’existe pas. C’est vouloir arrêter que les hommes se trompent les uns les autres par fétiches interposés. C’est vouloir, c’était vouloir, le début d’une spiritualité intelligente, ou encore plus simplement : mettre la valeur au centre de la foi. Croire en quelque chose d’essentiel, casser le superficiel.

Or, faire comprendre aux gens qu’un veau tout en or n’en avait pas, de vraie valeur, ce n’était pas une mince affaire :  Moïse n’a jamais vraiment fini le boulot.

Désir de Show identitaire : Saint Bling Bling.

Bon. Il y a donc désormais “Hommage national”, “Hommage populaire”… un peu différent d’une entrée au Panthéon. Pas tout à fait des prix Nobel… et les légions d’Honneur?

Images sans fond, substances et valeurs tapies dans leur ombres, sans images. Société du spectacle. Toute la réflexion contemporaine de l’image, de la société de consommation vient de ce creuset d’ébullition artistique et intellectuel, contestataire et conformiste dont la naissance, ou la création de Johnny fut le premier produit emblématique, en France.

Spectacle dont la société a besoin. L’humanité ne changera pas, non. Elle aime le bling bling, l’émotion facile à grands coups de cymbales, et les chanteurs ni auteurs et parfois ni même compositeurs. Juste des voix qui résonnent dans des statues auxquelles on veut croire. Pour donner des oracles, la persuader de sa cohésion, cette société qui n’en a pas, la maintenir bien sage et superficielle, nécessairement, pour l’empêcher d’imploser.

Personne n’ira crier à l’attentat contre le principe de laïcité car Johnny portait la croix et buvait de la bière, “comme nous tous”.

Ah oui, bien entendu, le destin hors norme, ah oui… le grand coeur de rocker brisé et qui résiste… évidemment. Berger et Goldman comme souffleurs d’âme.

Respect oblige on ne dira rien.

Pouvoir des grands prêtres du Show-Biz.

Pouvoir officiel totalement aux abois identitaires pour en arriver là, céder à cette tentation-là.

Emmanuel aux Enfers

Et la voix melliflue d’Emmanuel ressemblant de plus en plus à un maître d’école tâchant d’endormir sa classe de petites brutes en gestation. Difficile tâche où le professeur le plus intelligent est forcé de prendre les accents d’un con. “Allez les enfants, c’était un héros…” (bien que dans une reprise de Balavoine Il chanta le contraire, mais juste des mots, passons.)

“Emmanuel, Emmanuel, réveille toi !” et le président n’arrive pas à sortir de son cauchemar… Et cette Voix à plein décibels qui l’appelle de là-haut, et ce regard bleu acier un peu slave qui perce entre les nuages… ça lui rappelle un type, un truc officiel demain… Dans cette hantise politique où sa mère ressemble à son amoureuse idéale (ou vice versa), il s’apprête maintenant à faire d’une Idole un Dieu… il y a du sacrilège et du toc dans l’air:

“Gabriel, Gabriel!!”

A cause des acouphènes le président entend tout de travers. Enfin il sent que quelqu’une l’embrasse. Il se réveille. C’est Brigitte.

Se rendormir?

Bon sens, sagesse et realpolitik, utiliser les idoles, en faire des Dieux :

ENDORMIR.

SANS LOGIS: acter l’envie

C’est l’histoire d’un journal et indirectement d’un mec qui tient un journal.

C’est l’histoire d’un mec qui vous tend (on dirait sans trop y  tenir, pourtant… las…) une feuille de choux, à 2€ les 35 grammes (la feuille).

AU-JOUR-D’HUI

ON N’A PLUS LE DROIT…

D’AVOIR FAIM

NI

D’AVOIR FROID

Histoire d’une foule de métro qui vous emporte qui nous traîne, nous entraîne, écrasés l’un contre l’autre, on passe son chemin mais nous ne formons qu’un seul corps et la môme Piaf qui chante l’amour nous ramène subitement à celui du prochain.

On redévale les escaliers à rebours d’un courant déjà clairsemé, comme après une ondée brutale d’été, tout à coup c’est tout calme, et le mec est toujours là, yeux bleus fixes dans le visage souriant sans faire attention, timidement. Mais debout, digne.

Pour ça, et sans penser à lire la suite, on pose une pièce de 2€ qui fait presque sursauter la main tendue, parallèlement à celle qui tient le journal, par habitude.

Est- ce que cela va changer la situation macro-économique (du mec) sur le long terme?

Est-ce qu’il ne faudrait pas plutôt aller manifester devant chez Macron?

Est-ce qu’il ne faudrait pas plutôt s’acharner à passer le concours d’entrée à HEC, par un sursaut de grâce divine (sainte) l’avoir, et pour avoir bon coeur momentanément contre son coeur, remonter le courant, cette fois dans le bon sens, de tout un système, monter une start-up qui devienne une multinationale, et avant la soixantaine, justification ultime d’un rabotage de personnalité peu douée pour l’intérêt financier, donner toute sa fortune pour qu’il n’y ait plus, jamais plus, ni SDF ni, le mot est plus poétique, de SANS-LOGIS.

Titre du dit journal dans sa main, enfin, la mienne désormais, un jour d’octobre venteux, 2017.

Est-ce qu’on, tu n’aurais/t pas pu continuer à vivre cette matinée d’octobre venteux et tout le jour qui s’en suivit sans avoir fait ce demi-tour (sur tes hanches et ta conscience?)

Réellement: non.

Autant se jeter sur les rails de Saint Lazare après un saut de l’ange luciférien. Non. La vie n’aurait plus eu de sens, ou la honte eut été trop intolérable sans ces 2 € qui n’ont rien changé à la face du monde, ni à celle du mec au mince sourire fatigué ni à l’état aléatoire d’un porte monnaie luxueux (en comparaison de celui à sec du dit mec.)

Il y a comme ça des fils qui nous relancent quelque part dans les boyaux. Qui nous tordent, et pas d’abord de rire, ce qui, contre toute attente, se produisit grâce à ce journal, et donc, indirectement, grâce au mec qui le tenait.

Hilarité après désespoir. Classique. Haut, bas, et vice versa.

A chacun sa chance dans la vie.

A chacun son petit horoscope annonceur de lendemains qui chantent sans jamais, jamais, jamais déchanter. Non.

Il faut l’avouer, comme on regarde au fond de son âme pour essayer de la sauver… il faut s’avouer qu’on n’osait pas jeter cette feuille de choux  qui s’écornait, jaunissait à vitesse grand V depuis quelques jours dans le sac : pliée en quatre, intacte de toute lecture. Un vieux remords nous empêchait de la jeter, le même remords plein de respect qui nous l’avait fait acheter. “Quoi, ne même pas y jeter un oeil??!” s’écria un Cyrano solidaire d’un geste de cape très efficace s’échappant du coeur…

 

Voilà. Il n’y a rien à dire, certes. Il suffit de lire l’HOROSCOPE en page 15 du journal l’Itinérant, supplément “Sans Logis” (après avoir parcouru toutes les pages consciencieusement, à la fin)

Passé un moment de rire aux larmes, dont on s’excusera ( stupeur causée par les commentaires sans gants) on réfléchit.

Le ton : droit, simple, sans équivoque. Pas optimiste, pas pessimiste. Juste, rude, voire rugueux.

Sans doute composé par un mec, un autre, au détour d’un couloir de faïence, dans un tourbillon d’automne, celui-ci du soir, après un apéro offert et dûment savouré d’un petit bleu Carignan de l’Héraut. Voilà, George ou Hakim vous tapant sur l’épaule comme ne le feront jamais Anne-Sophie ou Agathe, les pigistes de Marie Claire, Elle, et encore moins Eve-Lise, celle du Figaro Madame:

Hé mec,

Coeur? “vous vous disputez plus que d’habitude avec votre partenaire“.

Réussite? “Ne ruez pas dans les brancards, ça ne servirait à rien”.

Forme? “Détendez-vous”.

Crescendo, plus gai:

“Coeur: mais non, les choses ne s’amélioreront pas toutes seules”.

“Forme: peut mieux faire”

“Réussite: il y a des tensions au bureau. Adoptez une attitude passive en attendant des jours meilleurs”.

Etc etc.

La vie en gris, puis avec un peu de rose:

“Coeur: on vous parle d’amitié, de nouvelles connaissances par le biais de vos amis”

“Réussite: période d’intense créativité, vous ne manquez pas d’imagination”

“Coeur: l’élu de votre coeur vous aime, et vous le prouve”

Enfin, surtout:

“Coeur: vous ne risquez pas de faire tapisserie tout seul dans votre coin, les invitations pleuvent…

Souhaits, fantasmes dits avec des mots simples, alors suspendant les larmes de rire dans leur chute, voilà qu’il se serre, le coeur…

Comme des envies de s’abonner (l’encart à découper est juste en dessous)

Ou d’Aider

tous ceux, qui n’y arrivent pas, donc, (injustice infâme),

à se:

LOGER*  \lɔ.ʒe\ intransitif ou transitif 1er groupe (conjugaison)

  1. Séjourner ; avoir sa demeure habituelle ou temporaire dans un logis.
    • A Pont-du-Château même, la plupart des maisons réparées et bien entretenues sont celles où logent ces ouvriers ; beaucoup d’autres se délabrent, tombent en ruine. — (Ludovic Naudeau, La France se regarde : Le problème de la natalité, Librairie Hachette, Paris, 1931)
    • La concierge logeait au premier. Elle ne pouvait pas entendre. D’ailleurs elle n’était pas là, […]. — (Michel Lambert, La rue qui monte, L’Âge d’Homme, 1992, p.25)
  2. (Figuré) Être contenu dans.
    • Rarement une âme forte loge dans un corps efféminé.
    • L’amour et la raison ne logent guère ensemble.
  3. Trouver place dans
    • Ce fauteuil ne logera jamais dans cet ascenseur! — Peut-on faire loger toutes ces valises dans le coffre?
  4. (Transitif) (Par analogie) Mettre.
    • L’assassin lui a logé une balle dans la tête. — La balle s’est logée dans son épaule.
  5. (Vieilli) Mettre dans un récipient, en parlant particulièrement du vin ou des liqueurs, vendus en bouteille ou en fût, sans qu’on ait à payer le récipient qui les contient.
    • Ce vin se vend à tel prix, logé en barrique.
  6. (Transitif) Donner la retraite, le couvert à quelqu’un dans un logis.
    • Hilperik entra à Paris sans aucune opposition, et logea ses guerriers dans les tours qui défendaient les ponts de la ville, alors environnée par la Seine. — (Augustin Thierry, Récits des temps mérovingiens, 1er récit : Les quatre fils de Chlother Ier — Leur caractère — Leurs mariages — Histoire de Galeswinthe (561-568), 1833–1837)
    • Monsieur le juge, comment serait-il possible que je possédasse une vache tachetée ou pas tachetée, n’ayant ni étable pour la loger, ni champ pour la nourrir. — (Octave Mirbeau, La vache tachetée, 1918)
    • logerez-vous tout ce monde-là ?
    • J’ai réussi à le loger.
    • (Figuré) Toutes les folies qu’un cerveau humain peut loger sont rassemblées dans sa tête.
  7. (Transitif) Déterminer l’adresse où loge une personne.
    • La police a logé le suspect.

 

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* Source Wikipédia.

 

 

THE (new) MISFITS: DÉsaxés- INadaptés ou Suradapté sociaux?

“La police a saisi des armes et des ordinateurs à Mesquite, ainsi que dans une autre de ses multiples propriétés à RENO, dans le nord de l’Etat”.*

Reno.  Comme quelqu’un qui n’aurait pas beaucoup voyagé, ou comme quelqu’un de vieux, âgé, à l’intérieur au moins, qui serait resté connecté avec une filmogaphie et une vision de l’Amérique (quelqu’un qui ne dirait donc pas les USA, ou “Les States”) ne dépassant pas les années 60s, RENO évoque immédiatement: John Ford. Film de 1962, Les Misfits, sur un scénario d’Arthur Miller.

Le titre original “THE MISFITS” a été traduit par “Les Désaxés”.

Simplement parce que “Les Inadaptés” sonnait mal, et que, comme ces inadatpés là (Marylin, Gable et Montgomery Cliff entre autre) tenaient dans le film (et dans leur vie?) leur “inadaptation” d’un petit problème un peu cérébral, instable, fralés, fêlés… quelqu’un s’est dit que “Désaxés” serait mieux: trahison de l’adaptation, plus qu’une traduction.

“C’était un copropriétaire de Sun City, comme les centaines d’autres qui passent la matinée au golf et descendent le soir écouter le faux Elvis qui se produit au casino Casa Blanca, sur Mesquite Boulevard”*

Car MISFITS, dans le scénario de Miller, recouvre une ambivalence riche de sens que le titre français élude.

Misfits. Mis: mal, négatif; to fit: aller, être ajusté. Plus que le sens littéral d'”adaptation” on  a ici une connotation très physique, par exemple pour dire qu’un vêtement vous va, que quelque chose, une pièce mécanique rentre bien dans une autre: it fits (you, in…) etc.

Dans le film de John Ford, il est autant question d’une histoire sentimentale, de personnes qui n’arrivent pas à “aller” ensemble, qui sont des misfits l’une pour l’autre (transposition par Miller de sa rupture avec Marylin dont le scénario est un exutoire: dans le film le personnage de Marylin, Roslyn, commence par un divorce et hésite entre deux autres rencontres, dont le vieux Gable, tout aussi mal assorties, mais attirées cependant les unes vers les autres…) que de quelque chose à l’écho plus social.

Toute cette bandes d’inadaptés sentimentaux et pourtant très humains sont aussi un peu des marginaux. Et c’est l’autre sens de misfits: qui ne collent pas –  avec la société. Des types à part, un peu des losers: des types qui bricolent leur vie comme leur maison sans jamais réussir à l’achever, et qui finissent par tuer des chevaux mustangs (seuls êtres plus libres et sauvages qu’eux) pour arrondir les fins de mois.

Tout au long du film, tout au long de leur dérive ensemble, ils passent ainsi de l’environnement urbain de la petite ville de Reno à des zones de plus en plus retranchées pour aboutir, cul de sac et, l’une des scènes finales, dans cet amphithéâtre montagneux, désertique, pour une chasse désespérée, au mustang et en avion.

“Située dans un cul de sac, dotée d’une vue panoramique sur la ville et les montagnes, la maison du 1372 Babbling Brook Court n’est pas dans les plus grandes – qui possèdent une double baie vitrée – mais elle est estimée dans le quartier à quelque 300 000 dollars (255 000 euros). Le jardin est ascétique” *

Stephen Paddock, l’auteur de la tuerie de Las Vegas dimanche 1er octobre  était-il un Misfit? Un désaxé, inadapté social? Partage d’un même cul de sac? Dans l’impasse sociale?

Ou tout le contraire?

La société américaine ayant tant changé depuis les années 60s, serait-ce d’y être trop adapté qui rendrait fou?

“Stephen Paddock et ses trois frères ont été élevés par leur mère seule. D’après le témoignage d’Eric Paddock, l’un des frères du tueur, leur mère leur avait dit que leur père était décédé alors qu’en réalité il était en prison. Benjamin Hoskins Paddock a été condamné en 1961 à vingt ans de réclusion pour plusieurs braquages de banque. Il s’échappe en 1968 de la prison fédérale de La Tuna, au Texas, avant de devenir concessionnaire de voitures d’occasion et animateur de jeu de bingo dans l’Oregon. Il figurait sur la liste des personnes les plus recherchées du FBI.”*

Retour dans les années 60s, matrice de la seule fêlure du CV de Stephen Paddock. Ironie de l’histoire: c’est pendant l’année même du tournage des Misfits que le père du tueur quitte le rang. Mais pas de nécessité dans l’hérédité du fils:

“Pas de casier judicaire. Pas d’enfants. Ancien comptable et investisseur immobilier il était devenu joueur de poker professionnel, plutôt fortuné. Aucune dette connue. « Un homme normal et ouvert », dira un de ses anciens voisins.”*

So what?

Inadaptation, suradaptation? Adepte et très accroc au jeu comme le personnage d’Isabelle, l’amie de Roselyn elle aussi divorcée et au bonheur feint, dopée au whisky.

Suicide: donc haine de soi dans ce moyen terme d’une adaptation imparfaite, rébellion?

$$$

On pourrait gloser, et mettre les déserts du Nevada, entre autres, avec leurs îlots comme celui de Paddock, les Sun City en tout genre comme replis terminaux de toutes les névroses en fin de vie parfaite: sur le divan.

Colosse aux pieds d’argiles qui se tire des balles dedans. Miller élargissait sa critique des relations amoureuses en échec à celle, bien au delà, d’une société devenue aride comme ses déserts, où les bagues de mariées se jettent avec des sourires contraints dans la Truckee River. Où l’on tue la beauté des chevaux sauvages: Marylin, folle de lucidité, comme un dernier sursaut de vraie révolte humaine, pique sa crise, puis se soumet, comme ces chevaux, à la loi du lasso.

Beau symbole de liberté.

Quelle est la société promise qui crée de tels humains? Où est le rêve?

Bris de verre et santiags ensanglantées, chapeaux de cowboys renversés: dimanche deux réalités soeurs se sont autodétruites, le mythe et l’envers du décor se sont télescopés. L’Eldorado de la valeur argent (Las Vegas) touché en son coeur a fait faillite.

Mais l’Etat Fédéral botte en touche et veut (et va) trouver les preuves d’une connexion avec l’Etat Islamique, et refoule l’évidence de ses cancers (cf National Rifle Association). De ses maux certes producteurs de richesses matérielles. Financièrement, la balance est OP. Le taux de chômage sûrement moins bas qu’en Europe. Au pays des retraités repus et des machines à sous…

Bilans Humains?

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*Extraits du journal Le Monde articles de Corine Lesne et Nicolas Bourcier.

NUL N’EST PROPHÈTE… voir plus loin.

“Vous entendrez de vos oreilles, et vous ne comprendrez point;
Vous regarderez de vos yeux, et vous ne verrez point.
Car le coeur de ce peuple est devenu insensible;
Ils ont endurci leurs oreilles, et ils ont fermé leurs yeux,
de peur qu’ils ne voient de leurs yeux,
qu’ils n’entendent de leurs oreilles,
qu’ils ne comprennent de leur coeur,
qu’ils ne se convertissent, et que je ne les guérisse.…”
Mat. 14;13.
“Des milliers et des milliers d’années
Ne sauraient suffire
Pour dire
La petite seconde d’éternité
Où tu m’a embrassé
Où je t’ai embrassée
Un matin dans la lumière de l’hiver
Au parc Monsouris à Paris
A Paris
Sur la terre
La terre qui est un astre.”
Le Jardin, J. Prévert.

Résistances-Défiances

Résiliences-évidences

Intelligences-transes.

Changements de circonstances, clairvoyances.

Acceptation des Différences

Ouverture de conscience:

Leçon de patience.

Confiance sans violence

Humaine croyance

Régénérescence au-delà de l’indifférence

De la démence

Espérance.

 

 

 

DECADANSES

Un beau soleil de fin d’été brillait sur la rentrée.

Mieux valait parler au passé, comme dans un conte rassurant.

L’angoisse bien endémique chez l’humain avait toujours été une question de temps: passé, présent, futur antérieur, et surtout, imparfait: manque.

Il y avait toujours eu contradiction dans ce phénomène: la fin des jours de plein feux, la chute des heures, et l’espoir factice d’un recommencement. Renouveau ou réplique. Copie ou création. Enfin, pour ne pas qu’on s’embrouille dans les confusions de sens et de paronymes, en tout cas: Aspiration.

À quoi? On aurait pu se le demander…… … .. .

 

Le soleil brillait, et personne n’avait encore imaginé que l’Apocalypse ne fut pas noire charbon, noire d’enfer.

Personne ne s’était jamais avisé que l’Apocalypse ne serait qu’une apothéose en pleine lumière, un aveuglement par trop plein et non trop peu.

Excès de lumière ou d’obscurité: mêmes conséquences.

 

La voix de Jean le Baptiste criant dans le désert ouvrait un récit étrange qui se terminait par l’apôtre au totem d’oiseau, Jean, l’autre, l’évangéliste, annonçant les derniers temps, ceux du vieil été, à plein régime, et la rentrée dans un monde nouveau, Jérusalem de feu.

Nouvelle ascension, lue comme une chute. Moment où les sept trompes résonnent pour ouvrir des portes dont on ne comprend jamais bien s’il s’agissait de celles du Paradis ou de l’Enfer. En réalité  des deux: chacun sa part, chacun son chemin après passage par la balance du Jugement Dernier.

C’était la rentrée, l’éternel recommencement. Les générations se suivant sur les bancs, identiques et pourtant différentes.

L’esprit humain restant fidèle à ses limites, à ses rêves de les briser, et quelque part: y arrivant.

C’était le progrès: un Mac pour chaque élève, même boursier. La possession d’un instrument de pouvoir, donnant seulement le sentiment de pouvoir dans son acception la plus enfantine: le pouvoir facile. Suppression de l’effort pour créer, pour s’enrichir. Suppression de la “souffrance” d’être confronté à ses limites personnelles, celles de son cerveau devant l’information à retenir, le long travail du labourage, de la concentration pour progresser, s’enrichir, s’ouvrir.

Temps court, contre temps long.

C’était l’envie d’une  révélation de tous les egos pris individuellement, un immense serpent social se mordant la queue: les egos s’annihilant dans leur manifestation pléthorique. Aucun ne surnageant: magma. Petites stars à micro public. Avide non pas de créer, mais de trouver matière à starifier.

Nuance.

Ambitions?

On restait coits.

 

Il aurait fallu plus d’humilité. Égalité, dans l’humilité: réapprendre toute l’histoire antique, tout le Droit, les sciences, lire des livres qui auraient résisté (pour une raison arbitraire ou non) à l’usure des siècles. Se qui se serait appelé: se cultiver sûrement. Sur de la terre ferme, et pas du vent.

Oser faire rentrer de la vraie lumière, celle de Goethe “Mehr Licht”, plus de lumière. Ouvrir en grand les portes, ni de l’enfer, ni du paradis, juste celle du réel, de la science, de la conscience: laisser les romans de science fiction héroïques à leur place, juste celle du rêve. Être pragmatique alors: pour mieux rêver et agir. Parler vraiment, c’est à dire pas trop. Apprendre et enseigner le silence. Un programme presque bouddhiste. Un peu iconoclaste dans un sens: saper la fascination pour les idoles:

Les images, et les instruments vides de pouvoir réel, de pouvoir qui fait grandir le mérite intime, la dignité de celui qui les regarde, qui s’en “sert”…

Enseigner la patience, la vérité et la capacité critique à démolir ces idoles: enseigner à dire non. Pour que le oui ne soit pas béni-oui-oui, ai un sens: une liberté.

Δ

Mais on oubliait. On recommençait tout en croyant faire du nouveau On se concentrait sur les prouesses de l’instrument et non sur les progrès de l’opérant. Du joueur.

Il aurait fallu tout mettre à plat, mais c’était impossible. Dangereux même. Entre la genèse et l’apocalypse: le déluge.

Alors mieux valait au moins croire au bonheur, à une paix: oeil du cyclone.

Y jouer un petit air de guitare ou de trompette mélancolique et gai, en même temps, comme si rien n’existait, comme si le monde était neuf, beau, vierge, intact, comme s’il avait trois ans, qu’une vraie Renaissance était en cours. Comme s’il était question seulement de danser, une dixième danse, la dernière, une© nouvelle, encore et encore, sans chute.

Miles