PREMIER TEMPS

Il pleuvait, mais ce n’était pas une mauvaise pluie. C’était une gentille petit pluie de printemps, un peu grise et rose, emportant quelques pétales dans le vent.

Il y a de la beauté partout, se disait Jacques, et il regardait la pluie.

Il y avait eu beaucoup de saisons, beaucoup de printemps.

La beauté revient toujours. C’est dingue comme la beauté est belle, pensait il encore. “la beauté est belle” , ça ne voulait rien dire, c’était une pure tautologie, une répétition dans les termes, comme le printemps. Pourtant il avait envie de se dire ça, tout bas.

Jacques était un homme au milieu de sa vie, de sa vie espérée. Il alternait l’enfance et la maturité, ça durerait peut-être jusqu’à la fin, aimait il rêver.

L’homme a besoin de rêve et de beauté, pas très compliqué. Un homme comme lui, surtout. ça remettait tout en place. “Car vous avez besoin d’Art”… Baudelaire avait dit ça.

Ce n’était pas possible de trouver du sens à la vie autrement. Cet homme entre deux eaux regardait les fleurs roses voler dans le ciel plein de brume tiède, et au fond de lui montait une pièce de Schubert qu’il avait joué jadis, du temps de sa glorieuse jeunesse, qui ne disparaîtrait jamais.

 

.G/ Musique 1

Comme une glace vanille un soir d’été, loin dans le sud de l’Italie, dans un coin perdu et pas  très chic, sur une plage pas connue. Mais belle.

Comme des cheveux d’enfant fins et doux,  dans l’odeur des champs de blé de la même couleur.

Un visage grave sur des touches de piano blanc cassé et noires. Très très penché, presque amoureusement, langoureusement,  génialement.

Génitalement. ça se passe dans la matrice, dans le noir complet des sons, des notes.

Il faut fermer les yeux, ne pas regarder les instruments: voir plus loin, le paysage d’émotions et de sentiments imaginaires mais réels d’un type qui s’appelait Mozart il y a longtemps, quand il écrivit son concerto “Jeunehomme”, N°9.

Soir de printemps aussi, un thé, une tarte à la fraise.

On pense à la douceur.

Un visage un sourire, une femme ou un homme, jeunes pour toujours, amoureux.

On pense à la douleur, tendre, des amours à jamais imparfaits.

Et puis soudain un élan fou, joie, folie, passion.

Un pirouette un salto, une galipette: bonheur insouciant

mais si profond.

 

 

LE CHANT DU MONDE

 

Cheval ami, et cheval de l’apocalypse. Dans la complainte un peu folle, shakespearienne d’un personnage de Giono, un personnage de femme, lasse des hommes et de leur furie absurde, ridicule. Qui attendrait le déluge, que tous périssent, sous les sabots d’un cheval rédempteur, et pur, et qui l’épargne, elle seule.

p 125, édition Folio, Le Chant du Monde, Jean Giono, paru en 1934. Interprétation libre du chant de Gina.

” — Ecoute, dit Antonio.

Dans la maison on entendait chanter. C’était des notes basses, graves et furieuses. Ça redisait tout le temps pareil, tout le temps, tout le temps.

Oh! mon cheval!

ô mon cheval!

est-ce que tu peux nager dans le sang?

Fendre le sang comme une barque?

Sauter dans le sang comme un thon?

Écraser des hommes comme des fagots dans la boue?

— Attache sur ta tête un mouchoir d’or,

et je fendrai le sang comme une barque,

et je sauterai comme un thon,

et j’écraserai les hommes comme des fagots,

Pourvu que je te reconnaisse si toi tu tombes.”

 

SI LEN CIEUX

 

ACCORDÉON SILENCIEUX

 

Dans la rue de Levis

L’est un accordéon silencieux

Un accordéon silencieux

Qui joue tout doux, tout petit

Dans la rue des gens heureux

 

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Dans la rue de Levis

L’est un accordéon silencieux

Un accordéon silencieux

J’y pense tous les midis

J’ l’ écoute avec les yeux

 

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Avec les yeux, rue de Levis

Passent des sons silencieux

Des sons silencieux

Qui s’glissent en catimini

Dans les coeurs, pas tous joyeux

 

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Dans la rue de la vie

En fermant les yeux

Fermant les yeux

Un accordéoniste sans bruit

Joue des airs silencieux

Venus des cieux,

Venus des cieux.

😉

 

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                                                                                                                                              ©lr.isselee