JOUER AVEC LES NUAGES : l’homme perle.

Il avait 33 ans, ça se passait au mois d’août 1978 à Londres, dans l’église Saint John Smith’s square. Il faisait beau.

Première image, plan lumineux sur la pierre dorée par le soleil, on entend les moteurs de voitures en vacances. On ne sait pas bien si cela commence comme un ancien film d’Hitchcock recolorisé ou un documentaire, ni l’un ni l’autre. Un concert filmé.

Depuis l’intérieur clair et simple, accoustique limpide, on verra passer quelques têtes de piétons, sur les trottoirs.

A l’extérieur la terre tourne selon l’ordre des hommes.

A l’intérieur, l’univers s’ouvre et dévoile son rythme propre.

On se demande un peu comment ces têtes floutées à travers les vitraux transparents peuvent être si étrangères et lointaines à ce qui se passe dedans. Complètement sourdes. Séparées par une couche de sable cuit de quelques millimètres, elles sont là derrière, à 10 mètres, des années lumières.

Il se passe quelque chose qui dépasse. Les murs des salles de concerts et des églises ressemblent parfois à ceux des hôpitaux, tous muets, portant en eux des cris de naissances, des derniers soupirs, des joies tragiques, les plus tragiques et intenses de l’expérience humaine possible. Des silences où l’on entend les explosions nucléaires des étoiles.

ANGE OPERATEUR

Il avait alors encore des traits d’enfant, des joues de chérubin. Il ne savait pas marcher, ou il ne pouvait pas–la polio l’avait obligé à se faire pousser des ailes. Alors, cet été 1978, il était arrivé en béquilles et devant témoins, les yeux fermés, il avait fait un petit numéro d’aviation. Il s’était envolé, prouvant par là qu’il était parvenu à sa maturité d’Ange, première catégorie.

Il n’y a pas beaucoup d’hommes qui sont des anges.

Peut-être un sur un milliard. C’est rare, autant dire.

Comment peut-on savoir que l’on est face à un ange? C’est ça la question.

Il ne suffit pas d’être beau extérieurement. Beaucoup de violonistes très beaux et très bons ne seront jamais des anges. Il faut avoir encore en soi une pureté. Cette pureté de l’enfance, cette douceur peu virile, presque d’un nouveau né. Il faut garder les yeux fermés sur l’intérieur de l’intériorité, au creux de la musique, pour rendre les sons des choses que nul ne peut voir. Et pour oublier la présence des humains tout autour, pour ne plus faire qu’un, synchro, avec ce rythme supérieur qui fuse Quelque part.

Quand il ouvre les yeux, moments rares de ce film, il est effrayant. On voit alors qu’il ne voit pas. Qu’il ne voit pas comme nous. On voit à travers ce regard légèrement exorbité en lui-même l’énormité merveilleuse de ses visions, de la musique qu’il sent plus que tout autre. Images de l’enfer ou du paradis, d’une beauté qui rejoint les extrêmes, comme les jouissances de l’orgasme les cris de douleurs.

On ne sait pas. Lui, si.

On peut ne pas comprendre, ne pas être ému, tout de suite. On peut être bloqué, par l’inhabitude des sons du classique, par une couche de préjugés sur cette musique qui bouche littéralement les oreilles. ça peut mettre du temps, de tout oublier ce qu’on sait, jusque soi même, pour s’Ouvrir.

Un beau jour d’été.

Quand on aura été quitté, à cause de la mort, ou de l’amour, quand un coup de fatigue au boulot, un coup de vieux fait que le monde des rotations humaines, des boulevards bondés, des réseaux saturés, des deadlines, des enjeux risqués, des agendas débordés ou brutalement syphonés… ou celui d’une vache morte dans un pré… semble n’aller plus nulle part…Peut-être alors que le coup d’archet d’un ange peut opérer.

Une résurrection.

Nos oreilles s’ouvrent avec ses ailes. Ce qui n’était qu’une belle musique devient un langage puissant qui nous guérit. Qui nous fait pleurer. Et on se met à chercher son mouchoir, comme quelque chose d’attendu par l’ange qui savait que vous alliez en arriver là un beau jour d’été, comme un psy bienveillant qui avait prévu la boîte de kleenex même pour cet homme au visage sûr de lui qui maintenant se met à mouiller sa chemise.

ça craque, enfin. Il ne faut pas retenir. Quand certaines blessures n’en finissent pas de couler, n’arrivent pas à cicatriser, tant pis, il faut laisser couler. Sinon l’abcès crée des complications.

MUSIQUE DU DON AVEUGLE, ABSOLU

Itzhak est le nom biblique d’un enfant que son propre père est prêt à sacrifier. Pour montrer son obéissance à Dieu. Itzhak est le nom de ceux qui acceptent de monter sur l’autel du sacrifice, sans être sûr qu’en final Dieu va faire un tour de magie et mettre à leur place un bélier au dernier moment. Abraham suit le commandement de Dieu, Itzhak suit le commandement de son père. Ni le patriarche, ni Dieu ne risquent la mort: seul Itzhak.

Beaucoup d’Itzhak ont fait l’objet de véritables sacrifices, on pense à Rabbin. Perlman lui, « l’homme perle », a fait celui de ses jambes. Pour mieux danser la Gigue, 4ème mouvement de cette fameuse partita. Selon l’humeur, le moment de la vie, il est possible d’en avoir le coeur percé, en mettant cela ensemble : un homme handicapé, qui ne pourra jamais danser, et qui donne un rythme, le plus fougueux, le plus appuyé, particulièrement cette gaité grave, étrange dans cette interprétation qui en devient bouleversante. Et il sourit.

Bien entendu, la partition n’est pas de lui, il en est seulement le porte parole, celui qui donne voix, son, au sens propre d’Angelos. Transmetteur. Mais Dieu, ou cette dimension supérieure au-delà des trous noirs et des noms, a eu besoin de prophètes pour se révéler, comme Bach d’anges musiciens pour continuer d’exister.

Peut-on dire « à chacun sa musique » pour mieux cloisonner les musiques et donner des arguments aux oreilles pour rester fermées?

Pourquoi pas. Si c’est là respecter.

Est-ce que Bach est de la simple musique, est ce que l’âme de Perlman dans ces quelques minutes est de la même matière que celles d’autres génies dans d’autres styles?

Quelles valeurs, quels humeurs, quels sentiments sont-il ici infusés, perfusés dans l’auditeur? A chacun son rythme, a chacun son prophète, à chacun son ange, dira-t-on, on reconnaîtra leurs noms, non à leurs attributs mais aux traces laissées dans les coeurs: joie, violence, sagesse apaisement ou excitation.

Celle de Bach et ici via Itzhak Perlman redonne sens de l’intérieur au monde extérieur. Console, remet l’être à sa place, à la fois grande et toute petite dans le cosmos. Virilité et féminité s’équilibrent, force, puissance et sagesse. Courage. Espoir. Quelque chose aussi qu’on est pas tous prêts à comprendre, comme si on coupait le son : on croit voir un fou. Un idiot. Comme Socrate s’en vantait, comme les prophètes qui ont tous dû passer un peu pour des cons en redescendant de leurs montagnes chargés de visions invisibles, de paroles d’anges…

Délires mystiques? Déchiffrages codés? La rigueur mathématique folle des partitions de Bach, indépassable, même par des logiciels de compo électro. Cette manière d’utiliser les sons, selon une formule bien précise indiquée sur la partition, pour les faire rentrer au plus profond de la chair, sans même l’avoir voulu, dans ce coeur du coeur intérieur évoqué par les penseurs du soufismes et plus anciennement, encore dans « la cavité du coeur » subtil, le centre de l’énergie de tout l’être, des Upanishads indiens. Le son AUM, déchirement mystérieux que tout le monde n’entend peut-être pas…

Le ciel est bleu, les nuages sont blancs, voit on les mêmes blancs, les mêmes bleus?

Un violoniste aux yeux fermés, un été à Londres, fait exploser tout ça.

LA RÊVEUSE

Au XVIIème siècle, des humains ont composé certaines musiques qui auraient pu disparaître à jamais.

Les notes avaient été écrites à la plume d’oie avec de l’encre, sur du papier. Le système utilisé est encore décodable aujourd’hui et s’enseigne par delà toutes les langues du monde, partout dans le monde.

Il s’agit, de facto, du seule langage écrit universel.

A l’heure, du jour, ou de la nuit, où ces hommes et ces femmes XVIIème siècle français (la méconnue aujourd’hui Elisabeth Jacquet de la Guerre adulée sous Louis XIV) imaginaient des airs et les transposaient sur du papier, ils n’auraient sans doute jamais conçu que 300 ans plus tard, leurs sons, diffusés sur des tablettes luminescentes via des satellites orbitaux passeraient par la magie des ondes, dans les oreilles de leur lointains descendants.

Au fond, qu’attendaient ces musiciens d’autrefois en transcrivant leurs imaginaires musicaux, et parfois géniaux?

On peut se poser cette question, qui n’a sans doute aucune réponse certaine. Puisqu’ils n’attendaient rien. Rien du moins qui dépasse de très loin leurs temps.

Annoter un parchemin de sons mis en encre, c’était souvent leur profession et leur plaisir dans le cas des grands compositeurs dont les oeuvres nous sont parvenues. Communiquer leurs musiques aux interprètes, qu’ils puissent la jouer, telle que la musique se jouera toujours : pour donner une bouffée d’éternité au temps présent. Pour faire pénétrer dans un monde totalement atemporel où les secondes se dilatent, dans les meilleurs des cas, quand trois minutes de cordes frottées font sentir l’infini.

Toutes ces phrases mélodiques, ces complaintes, ces élégies, ces bouffées « bas-rock », rythmes qui annonceront ( pulsions de vie, fières rebellions) le « haut » rock du futur.

Peut-il y avoir de vraie musique, de musique qui traverse ce mur du son, qui « déchire », donc les limites, sans une inspiration révoltée, jusque dans la douceur?

Toutes ces choses, les musiciens-compositeurs d’alors les sentaient sans doute, lumineusement. Toute leur vie était portée par cette métamorphose mathématique et rigoureuse de toutes les vibrations de l’âme qu’ils sentaient, ou laissaient monter en eux; un sentiment d’urgence vitale, pour les meilleurs, a- delà, bien au-delà des commandes rémunérées, les animait.

Pensaient-ils à nous? Sentaient-ils au plus profond de leur inconscient qu’une forme de beauté absolue toucherait toujours les hommes avec égalité, et par la même, les rendant égaux dans le plaisir, l’esthétisme, la jouissance, bien au-delà des cultures et des époques? Avaient-il la prescience de Jessie Norman et Lang Lang?

Non. Oui. Certains croyaient aussi en Dieu, et mélangeant tout ça. Le sacré, même dans les oeuvres profanes, n’était jamais bien loin. Et on aurait complètement tord aujourd’hui, chez certains par totale méconnaissance, d’amalgamer le tout, en le ramenant au sacré. C’est sûrement le contraire qui eut lieu, la sensualité et la beauté pure du coeur à travers des cordes ou des instruments à vents qui insuffla la foi dans les oeuvres d’églises. L’impression du sublime n’est pas qu’un attribut divin. Mozart composa Don Giovanni autant que ses requiems, Monteverdi bien avant, des madrigaux amoureux, et des cantates pour Dieu, qui exprimaient, dans des chromatismes similaires, peut-être en réalité la même passion, voire le même désir d’absolu et d’amour total.

Oui. Non: ils n’attendaient rien. Ils désiraient. Le Beau, la suite parfaite, ce qui leur trottait; de la sonate au chant divin, même impulsion, travaillée ensuite avec ordre et méthode, par la grâce du nombre, allié de l’âme. Pour une fois.

Sur du parchemin, de l’encre. Dans un monde ou les statistiques en matière d’espérance de vie aurait jeté l’effroi aujourd’hui parmi nos semblables masqués, où la moindre infection pouvait vous emporter. Hygiène, santé n’était pas des priorités, encore moins des obsessions. Ce qui obsédait ceux et celles dont on parle, c’était donc de jouer, de faire surgir l’harmonie étrange qui captive, vrille un peu, étourdit, fait danser de joie, fait pleurer, purge. C’était de se réfugier ainsi, de se protéger dans une bulle hors des dangers inhérents à toute époque, et à la peur de la mort, dont l’inéluctabilité reste jusqu’à se jour, relative, mais certaine.

Beaucoup de choses demeurent d’actualité. Et dans ce qu’on croit être le grand chambardement des valeurs, la gloire, l’argent et la musique attisent toujours l’envie de vivre. La superficialité jouxte toujours la profondeur. Ainsi dans ces temps où le monde ignorait la démocratie moderne, et qui peuvent paraître aujourd’hui comme invivables, les problèmes essentiels n’étaient pas si différents qu’on se l’imagine. Certains se faisaient banquiers et soldats, d’autres, toujours une infime minorité, musiciens, compositeurs, et les uns soulageaient les autres de leurs peines et leurs violences.

Une forme d’équilibre. Les problèmes essentiels: trouver les remèdes au chagrin, au deuil, trouver ce qui donne la joie, permet d’avancer se sachant condamné. Ce qui permet d’oublier. Si la musique n’est pas née d’hier, une forme de bas consumérisme non plus. Mais les blessures, toutes les blessures étaient beaucoup plus nombreuses et plus graves. Il ne faut pas l’oublier. Contre celles du corps, en dernier recours, la mort apaisait tout. Contre celles de l’âme, la musique avait son rôle à jouer. On a la musique de son temps, on aime la musique qui panse les plaies de son temps, et de son vécu personnel, ou qui en stimule les joies. Quelque chose nous dit, peut-être, qu’alors, quand on savait qu’il n’y avait de toute façon plus rien à faire que d’accepter les coups durs, on avait aussi cette sagesse de s’abandonner dans une prière, un silence, un air mélancolique. Ou tout simplement de s’échapper gratuitement, sans espoir de trace: rêver.

Par delà la mort, et parfois à l’amour.

à 2min 01 : LA RÊVEUSE

Image d’en-tête: Vallée des Saints, Bretagne prise de vue Clr.

( 08minutes 30 : Réveil)

(A écouter dans le noir, sans la voir)

TAPIS ROUGES (et bleus)

Il était une fois un monde où tout semblait avoir changé. Un monde plus incertain que jamais, en équilibre sur une planche de surf, en plein tsunami, tentant désespérément de jouer le pari du Lotus.

Monde de l’éphémère, de l’impermanence et du virtuel comme parachèvement d’une civilisation globale.

Monde flottant, nomade, où les tapis bien utiles et reposant de la prière, se transformeront par une nécessité vitale, en tapis de rêves…

Le tapis rouge du hasard nous déroule ses histoires...

Enfermée bien dans ses plis, il nous découvre la vie...

La vie, et sa poésie
Le vie, et tous ses ennuis
La vie cachée dans la nuit
La vie folle sous les souris...


Le tapis rouge des hangars, des grands entrepôts d'l'Histoire
Stock de nos beaux orgueils, nos fragilités, nos deuils

Nos deuils en technicolor
Nos philosophies sonores
Nos coups d'épée indolores
Nos anesthésies au chlore

Le tapis rouge de la chance, du bon côté d'la balance
Devant l'spectacle de la souffrance notre bonheur, notre indécence.

Et le tapis rouge... comme l'amour
Pendant que la mort fait un tour
Le tapis bleu de l'oubli
Comme la mer et comme un lit

Comme un lit, comme un tapis magique
Pour un prophète qui s'envole loin faire la fête
Et danser
 dans l'infini...






Images clrisselee. Paris/ Bretagne.

PATRIA

Du féminin sur du masculin, père-mère, terre ferme, terre femme, femme patrie:

Patria.

Remettre les pieds par terre, retrouver sa terre, retrouver, ou trouver: un corps stable et ensoleillé qui nous rappelle l’enfance, sans savoir pourquoi.

Un bout vocal pour chanter le retour à une terre quittée et à une femme oubliée depuis si longtemps qu’on croirait ne jamais l’avoir connue… Et peu importe les années et le Temps, qui n’est jamais perdu, quand il nous mène, contre vents et marées, finalement, à bon port.

TU

Ne voulais pas la revoir, comme on a peur du noir…

Amour, adolescent (ya trop longtemps…)

Tu voulais la garder, puérilement, folle, et fraîche, dans ton souvenir… tu voulais

L’oublier… un peu lâchement… peur aussi

De la retrouver

plus belle qu’avant.

Les années ont passé, d’autres que toi l’on connue…

La poussière, bitume est devenue

Une ride là, sur sa joue nue : rue, qui n’y était pas.

Qu’est-ce qu’elle en sait, la terre,

De ceux qui passent, sans jamais rester… c’est elle qui possède

Ces obsédés, et n’appartient qu’à ceux

qui l’ont aimée.

Comme toi, aussi, ouvre bien l’oeil

Vers le bleu de la mer, et du ciel

Lumière

Contre le mur blanc

En toi

Surgit l’enfant…

Elle te sourit déjà,

Ignore les ombres, tout autour

Elle t’attendait, tranquillement, depuis

Toujours.

Alors… tu la reverras…

Comme une

Première fois

Et vous saurez que tout est encore LÀ

Et vous rebâtirez sur ce retour… votre

Nouvel

Amour

votre nouvel amour…

LVDC pompompompommes

Petit air comme ça, pourquoi? Y a-t-il du mensonge dans l’air? Air contaminé? On ne sait pas. Petit air, c’est tout, tout petit.

La vérité des Choses

Nous laisse tout chose

La vérité des poses

Qui cachent tout ça…

La vérité des choses

Qu’on oublie pas

Que jamais on ose

Même se dire tout bas

C’est cette vérité là

Derrière l’overdose

Des mots qu’on impose

(Comme on jette un drap)

Pourtant parfois

Tous les mensonges s’annulent

Toutes les grandes phrases reculent

Toutes les fausses joies, les calculs

Dans le silence de la conscience–le Vrai nous brûle

Quand ça fait des tâches

Toutes ces évidences lâches

L’enfant intérieur

Crie sa douleur

De voir nos êtres

Broyés par le paraître

Et ces mauvais désirs

Qui poussent à mentir

La vérité des choses

C’est de sentir la Vie

Libre Harmonie

Le point « Ô »….

L’osmose…

La Vérité des Choses nous laisse tout chose la vérité suppose qu’on

CASSE

TOUT

ça…..

OR d’AUTOMNE

Une chanson retrouvée griffonnée sur la table après le dernier conseil des ministres. Un jeune président rêve à l’impossibilité que les gens soient tous heureux en même temps, comment faire? Une certaine forme d’Or naturel existe, qui relativise tout… même l’argent.

Solor

L’AUTOMNE…

L’automne est belle, dans sa robe de feuilles…

deux êtres se tiennent par la main.

Ni jeunes

Ni vieux,

soucieux, mais heureux. Pas vraiment riches,

sauf d’être amoureux, dans le soleil d’or

du matin.

D’autres jouent à la guerre, c’est merveilleux.

L’automne leur fait une crise de jalousie

qu’ils ne voient pas.

Le soleil roux, les pauvres heureux n’existent pas

pour eux.

Le soleil d’or, être amoureux, ces trucs gratuits–c’est fini.

Elle,

sort ses dentelles, elle se déshabille.

Au bord de la rivière, ses dentelles naturelles

De fougères, de lumière sur l’eau qui brille… cette vieille grand-mère, toujours fraîche : l’Automne

les enivrent : Ils se dépêchent.

De sauter

De s’éclabousser, de rire,

Comme si rien n’avait jamais existé

D’autre que cette liberté

De n’être rien, mais d’être tout

Les poches vides mais

Une main chaude dedans, le coeur

Plein de diamants.

….

L’Argent… c’est très important.

Mais

Parfois

Ce n’est pas suffisant… l’argent…c’est

très

très important mais

parfois on s’en fout vraiment….

Toutes images clr. issselee : Pantin, île de France, et source de la Roche Jagu, Bretagne.

SAGESSE ANDALOUSE (petite chanson)

 

En espagnol, rencontrer l’amour idéal se dit « encontrar a su media naranja »:

Rencontrer sa moitié… d’orange.

Mais un citron peut sans doute faire l’affaire.

Lien inconscient avec ce bout musical? Seule cette photo sous le coude évoquait l’Andalousie, lumière, soleil tranchant.

Au dessus de Pantin , une vieille chanson magnifique et niaisement sentimentale (« le dernier bonheur du jour », Françoise H forever.) a soudain recouvert à grand coup de sono le fougueux bain multiculturel  des dimanches d’été.

IMG_0679 Je me suis dit qu’il n’y avait pas de honte après tout… il n’y a jamais de honte quand on a pas de prétention accoustique : c’est à peine un son, et tout juste un poème. PRESQUE un souvenir… Un seul enregistrement sur le pouce, improvisé, la flemme (très andalouse) de le faire deux fois.

L’ANDALOUSE

Elle m’avait vue passer dans la ruelle, elle était assise sur sa margelle. Elle m’a regardée, et dit « Ma Belle (façon de parler), viens prendre un peu l’ombre, arrête toi…Moi aussi j’ai aimé le soleil, qui brûle les souvenirs dans sa chaleur, qui grille les regrets, les douleurs, mais la vraie paix se trouve dans la fraîcheur »

Elle avait auprès d’elle une gamelle, où l’attendaient des gousses de petits pois. Dans son oeil était encore l’étincelle qu’on avait adorée, autrefois. 

« Rien n’est parfait, tu sais, ma Belle.. Vivre c’est apprendre à avoir froid. Les progrès, les techniques du monde virtuel, donneront jamais l’amour, ni la foi. »

Puis j’ai repris ma route, mes bagatelles. Le Coeur encore vibrant de cette voix rauque, d’une sagesse sensuelle, qu’une fière andalouse, presque éternelle, a mis dans chacun de mes pas.

 

 

Joke

« LA VIE EST BELLE, TU VERRAS »

Poème de José Augustin Goytisolo

Chanté par Paco Ibañes (ci- tout dessous)

 

PAROLES POUR JULIA

 

Tu ne peux revenir en arrière

Parce que la vie déjà te pousse

Comme un cri interminable

 

Ma fille, il vaut mieux vivre

Dans la joie des hommes

Que de pleurer devant un mur aveugle

 

Tu te sentiras acculée

Tu te sentiras perdue ou seule

Peut-être voudras tu ne jamais être née

 

Je sais bien qu’ils te diront

Que la vie n’a pas de but

Que c’est une sale affaire

 

Alors toujours rappelle-toi

De ce qu’un jour je t’écrivis

En pensant à toi, comme maintenant je pense

 

La vie est belle, tu verras

Comment malgré les malheurs

Tu auras des amis, tu auras de l’amour.

 

Un homme seul, une femme

Pris comme ça l’un dans l’autre

Sont comme de la poussière, ils ne sont pas rien

 

Mais quand je te parle à toi

Quand je t’écris ces mots

Je pense aussi à d’autres gens

 

Ton destin est dans les autres

Ton futur est ta propre vie

Ta dignité est celle de tous.

 

D’autres espèrent que tu résistes

Que les aide ta joie

Ta chanson parmi les chansons.

 

Alors toujours rappelle-toi

De ce qu’un jour je t’écrivis

En pensant à toi

Comme maintenant

 

Jamais ne capitule ni ne t’éloigne

Du chemin, jamais ne dis :

« Je n’en peux plus, je m’arrête ici »

 

La vie est belle, tu verras

Comment malgré les malheurs

Tu auras de l’amour, tu auras des amis

 

Par ailleurs il n’y a pas le choix

Et ce monde est comme il est

Il sera tout ton patrimoine

 

Pardonne moi je ne sais te dire

Rien de plus mais tu comprends

Que moi je suis encore sur le chemin

 

Et toujours toujours rappelle toi

De ce qu’un jour je t’écrivis

En pensant à toi comme je pense

Maintenant.

 

 

 

 

PALABRAS PARA JULIA

Tú no puedes volver atrás
porque la vida ya te empuja
como un aullido interminable.

Hija mía es mejor vivir
con la alegría de los hombres
que llorar ante el muro ciego.

Te sentirás acorralada
te sentirás perdida o sola
tal vez querrás no haber nacido.

Yo sé muy bien que te dirán
que la vida no tiene objeto
que es un asunto desgraciado.

Entonces siempre acuérdate
de lo que un día yo escribí
pensando en ti como ahora pienso.

La vida es bella, ya verás
como a pesar de los pesares
tendrás amigos, tendrás amor.

Un hombre solo, una mujer
así tomados, de uno en uno
son como polvo, no son nada.

Pero yo cuando te hablo a ti
cuando te escribo estas palabras
pienso también en otra gente.

Tu destino está en los demás
tu futuro es tu propia vida
tu dignidad es la de todos.

Otros esperan que resistas
que les ayude tu alegría
tu canción entre sus canciones.

Entonces siempre acuérdate
de lo que un día yo escribí
pensando en ti
como ahora pienso.

Nunca te entregues ni te apartes
junto al camino, nunca digas
no puedo más y aquí me quedo.

La vida es bella, tú verás
como a pesar de los pesares
tendrás amor, tendrás amigos.

 

Por lo demás no hay elección
y este mundo tal como es
será todo tu patrimonio.

Perdóname no sé decirte
nada más pero tú comprende
que yo aún estoy en el camino.

Y siempre siempre acuérdate
de lo que un día yo escribí
pensando en ti como ahora pienso.

 

35’13 »

 

« DANS DES TEMPS D’IGNOMINIE COMME MAINTENANT A L’ÉCHELLE PLANÉTAIRE ET

ALORS QU’UNE CRUAUTÉ FROIDE ET ROBOTISÉE S’ÉTEND PARTOUT, IL RESTE ENCORE

EN CE MONDE DES GENS BIEN QUI ÉCOUTENT UNE CHANSON OU LISENT UN POÈME »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’EXIL

 

« Il faut haïr

Le sentiment

De l’Exil »

 

Directement

Ce sentiment que

Tout ment

Tout le temps

 

Il faut le quitter

Tout bêtement

Le sentiment révélant

Un réel aliénant

 

Prendre un tournant

Comme un claquement de bleu

Dans le ciel blanc

 

Réveiller ce feu

En nous dormant

Dire Adieu ou

Non simplement

 

Partir loin d’eux

Les voleurs d’âme

Seul ou à deux

Homme ou femme

Redevenir soi

Fort et Heureux

 

 

Inspiration d’une citation de Patrick Chamoiseau, Biblique des Derniers Gestes « Il faut haïr le sentiment de l’Exil » à confronter aux réflexions de Baal Shem Tov au XVIIIème s. et son analyse de l’Exil dans la pensée judaïque hassidique: le fait qu’une certaine vérité y germe autant que la souffrance, avec la souffrance. L’exil et le sentiment d’aliénation comme apprentissage authentique de soi par contraste.  Étape nécessaire pour la conquête d’une véritable identité, désaliénée. Où: la liberté véritable comme conquête,  processus de libération, essence du vrai bonheur.

 

PREMIER TEMPS

Il pleuvait, mais ce n’était pas une mauvaise pluie. C’était une gentille petit pluie de printemps, un peu grise et rose, emportant quelques pétales dans le vent.

Il y a de la beauté partout, se disait Jacques, et il regardait la pluie.

Il y avait eu beaucoup de saisons, beaucoup de printemps.

La beauté revient toujours. C’est dingue comme la beauté est belle, pensait il encore. « la beauté est belle » , ça ne voulait rien dire, c’était une pure tautologie, une répétition dans les termes, comme le printemps. Pourtant il avait envie de se dire ça, tout bas.

Jacques était un homme au milieu de sa vie, de sa vie espérée. Il alternait l’enfance et la maturité, ça durerait peut-être jusqu’à la fin, aimait il rêver.

L’homme a besoin de rêve et de beauté, pas très compliqué. Un homme comme lui, surtout. ça remettait tout en place. « Car vous avez besoin d’Art »… Baudelaire avait dit ça.

Ce n’était pas possible de trouver du sens à la vie autrement. Cet homme entre deux eaux regardait les fleurs roses voler dans le ciel plein de brume tiède, et au fond de lui montait une pièce de Schubert qu’il avait joué jadis, du temps de sa glorieuse jeunesse, qui ne disparaîtrait jamais.