LA SURFACE DES CHOSES

La surface des choses

Qu’est-ce qu’il y a dessous?

C’est doux

La surface des choses

Ne dit rien

De nous.

 

Dans les peaux explose

Tout un monde flou

Qu’à peine tu n’oses

Toucher du bout

Des doigts.

 

Toi, tu deviens tout rose

ça prouve quoi?

Que tout n’est qu’une pose

Que tout n’est que prose

Parfois

 

 

Une grande porte close

Avec des clous en bois

Dans le soleil expose

Son calme plat

Qui bat

 

Qui bat pourtant la chamade

Dans le coeur des choses

Au fond par grandes saccades

Qu’on ne voit pas

En toi, en moi

 

La surface des choses

Le monde des apparences

Nous parle en silence

De tout ce qu’on ne dit pas

Mais qui est là.

 

 

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PREMIER TEMPS

Il pleuvait, mais ce n’était pas une mauvaise pluie. C’était une gentille petit pluie de printemps, un peu grise et rose, emportant quelques pétales dans le vent.

Il y a de la beauté partout, se disait Jacques, et il regardait la pluie.

Il y avait eu beaucoup de saisons, beaucoup de printemps.

La beauté revient toujours. C’est dingue comme la beauté est belle, pensait il encore. “la beauté est belle” , ça ne voulait rien dire, c’était une pure tautologie, une répétition dans les termes, comme le printemps. Pourtant il avait envie de se dire ça, tout bas.

Jacques était un homme au milieu de sa vie, de sa vie espérée. Il alternait l’enfance et la maturité, ça durerait peut-être jusqu’à la fin, aimait il rêver.

L’homme a besoin de rêve et de beauté, pas très compliqué. Un homme comme lui, surtout. ça remettait tout en place. “Car vous avez besoin d’Art”… Baudelaire avait dit ça.

Ce n’était pas possible de trouver du sens à la vie autrement. Cet homme entre deux eaux regardait les fleurs roses voler dans le ciel plein de brume tiède, et au fond de lui montait une pièce de Schubert qu’il avait joué jadis, du temps de sa glorieuse jeunesse, qui ne disparaîtrait jamais.

 

.G/ Musique 1

Comme une glace vanille un soir d’été, loin dans le sud de l’Italie, dans un coin perdu et pas  très chic, sur une plage pas connue. Mais belle.

Comme des cheveux d’enfant fins et doux,  dans l’odeur des champs de blé de la même couleur.

Un visage grave sur des touches de piano blanc cassé et noires. Très très penché, presque amoureusement, langoureusement,  génialement.

Génitalement. ça se passe dans la matrice, dans le noir complet des sons, des notes.

Il faut fermer les yeux, ne pas regarder les instruments: voir plus loin, le paysage d’émotions et de sentiments imaginaires mais réels d’un type qui s’appelait Mozart il y a longtemps, quand il écrivit son concerto “Jeunehomme”, N°9.

Soir de printemps aussi, un thé, une tarte à la fraise.

On pense à la douceur.

Un visage un sourire, une femme ou un homme, jeunes pour toujours, amoureux.

On pense à la douleur, tendre, des amours à jamais imparfaits.

Et puis soudain un élan fou, joie, folie, passion.

Un pirouette un salto, une galipette: bonheur insouciant

mais si profond.

 

 

LÉGÈRETÉ

Il touchait à peine le sol. Il dansait, ou il flottait.

On aurait dit qu’il avait peur de fouler la terre, de l’abîmer.

Chaque pas signifiait qu’il ne voulait pas faire de mal à une mouche, que si mal il y avait, que si mouche souffrait, ce n’était vraiment que bien malgré lui.

Dans un sens, il ne marchait pas: il effleurait.

Il donnait des cours de funambulisme.

Cela existe.

Il avait créé ce concept, enfin, il avait réalisé son idée, sans penser à son utilité, aux conséquences matérielles, humaines. Il avait simplement suivi son idée, comme le fil de la corde sur lequel il posait, cette fois, un pied sûr.

Pour lui ce n’était pas une évidence de marcher sur terre. Toute son assurance, il l’avait sur cette corde ou ce filin tendu, plus ou moins haut, en l’air.

Il enseignait sans beaucoup de mots. Il apprenait à respirer. Il disait aux gens qu’il ne faut pas vouloir l’équilibre, que ça vient tout seul. Que la première chose c’est de s’oublier, de faire chair avec l’air, de penser léger, léger, léger, comme une plume.

Et les gens pleuraient de joie, et s’envolaient.

Plume2

SAINT-ROCH 22/02/2019

Il faisait beau sur Paris.

C’était le printemps, enfin, après un interminable hiver qui avait tous voulu nous abattre.

Il y avait un air de flottement incertain dans la lumière dorée de la fin de journée, et les parfums imperceptibles de bourgeons et de verdure. Quelque chose de grisant, de fragile comme le bonheur, à quoi nous, les humains marchant sur les trottoir, ne semblions pas encore pouvoir croire.

Le retour de la vie, et, presque, oui, d’une forme de joie enfantine.

Elle marchait, elle était debout. Elle avait lâché ses long cheveux châtain foncé, cascadant sauvagement dans son dos, sur son grand cardigan bleu marine. Elle n’avait pas voulu maigrir, elle n’avait pas voulu souffrir. C’était venu comme ça. “Chagrin”, “Deuil”, il suffisait peut-être de poser des mots simples, et de s’envelopper dans la laine bleue sombre d’un gilet, de tourner un visage fatigué vers le ciel pastel de la fin de journée, de respirer.

Elle avait vingt minutes d’avance, et décida de faire un tour dans le quartier. Elle prit une petite rue qui descendait vers les Tuileries et s’émerveilla devant la beauté familière de cette ville où elle se sentait chez elle. Elle songea que c’était bien évidemment cela l’amour: cette capacité à l’étonnement, avec toute la fraîcheur des premiers jours, devant un visage de chair ou d’architecture que l’on connaît pourtant par coeur. Cette réassurance qu’il est là, et demeure  toujours aussi charmant, et inchangé.

   En haut des marches de pierre blonde, les hautes portes de bois s’ouvrirent avec un grincement sur cette éternelle odeur de voûte humide, d’encens et d’anciennes boiseries cirées.

   On voit l’amour comme on voit Dieu: là où on le désire. Et Dieu ce jour là n’était pas à chercher dans l’ostentation baroque, ce mélange de classicisme froid et de soudaines exubérances ornementales et doloristes.

   Elle chercha le choeur, et s’assit sur une chaise de la dernière rangée, c’est à dire l’autel dans son dos, et parmi moins d’une dizaine de personnes disséminées comme des ombres en prière, ça et là.

  Pas même un murmure. Pas même la vibration d’une voiture, dans ce quartier ancien protégé des grandes avenues par un réseau de vieilles ruelles.

   Une célébration venait d’avoir lieu. Elle le comprit en apercevant les fascicules laissés négligemment sur les sièges. Des photocopies sur un papier épais et crème qu’on avait pris soin d’agrafer, mise en page et typo nettes, douces, espacées. Photos en couleur d’un visage. Jeune.

   Elle le prit dans ses mains. Le regarda longuement. Les dates lui semblèrent irréelles, presque problématiques. De ces dates qui ne collent pas, des chiffres qui ne nous reviennent pas. Qui appartiennent à un autre monde. 1994-2019.

   Pourtant elle les trouva beaux. Il y a de beaux chiffres aussi, ça ne s’explique pas. Elle n’était pourtant pas  férue de mathématiques, mais il il y a des chiffres fascinants, ceux-là, par leur tragique même, en étaient.

   “Ce n’est qu’au prix d’une ardente patience que nous pourrons conquérir la cité splendide qui donnera la lumière, la justice et la dignité à tous les hommes. Ainsi la poésie n’aura pas chanté en vain”.

   Une silhouette de salamandre signait cette citation de Rimbaud.

   Sûrement qu’en d’autres circonstances, l’Impression eût été toute autre. Des années auparavant, l’esprit froid et rationnel, elle serait sans doute resté l’oeil sec et interrogateur. Hermétiquement fermé à la beauté bouleversante qui soudain la terrassa, les mots “ardente patience”, comme une invitation consolatrice, à l’espoir. Soudain. des années auparavant elle ne serait sans doute pas rentrée dans cette église, elle n’aurait pas eu besoin d’une réponse que nulle analyse logique ne pouvait octroyer.

   Des années, des années auparavant, dans une autre vie, elle n’avait encore ni souffert, ni aimé, ni compris la profondeur des choses, ni le besoin des gens. Elle aurait peut-être eu pitié de cette femme d’à peine quarante ans enfouissant soudain son visage en pleurs dans ses mains, priant un Dieu que tout le monde disait inexistant, et se demandant comment son maquillage survivrait à cela pour son rendez-vous. Et elle fut toute soulagée de trouver un vieux Kleenex au fond de sa poche.

Salamandre

Et puis ce fut tout. ” Le Seigneur est tendresse et pitié… En ce temps-là voyant les foules… Heureux les doux, car ils recevront la terre en héritage… heureux les coeurs purs, car ils verront Dieu…”

” L’homme! Ses jours sont comme l’herbe; comme la fleur des champs, il fleurit: dès que souffle le vent, il n’est plus…”

Elle choisit une petite bougie rouge, et perpétua inconsciemment en ayant besoin de l’allumer et de la déposer devant un petit autel latéral, un geste absurde et immémorial. “Pour toi, mon amour”. C’était aussi dans un poème de Prévert.

 

Dans la rue Saint Roch, elle s’arrêta devant une bijouterie close. Elle sourit aux douleurs imaginaires et pensa à celui qu’elle aimait, et à ce jeune homme au sourire doux, dont on venait de célébrer les obsèques et qui lui semblait soudain, si proche.

 

Jalousies

 

LIBERTÉ, ÉGALITÉ, FRATERNITÉ: PERIMÉES, OU RÊVÉES…

“Les grands changements sont silencieux” qui a dit cela?

“Il faut que tout change, pour que rien ne change”, pour sûr, cette citation est du Prince Fabrizio de Salina, alias le Guépard dans le roman de Lampedusa sur la révolution libérale italienne en Sicile.

Les grands tremblements de terre, les tsunamis sont d’abord imperceptibles, puis dévastent tout dans une espèce de “furieuse lenteur”.

Ainsi l’ordre, le fonctionnement capitaliste actuel du monde global s’est-il imposé, d’une main de fer dans un gant de velours, depuis les premières révolutions politico-bourgeoises du 18ème siècle en Europe.

Faut-il croire aux grands effets de manches? A la théâtralité parfois sanglante des révoltes? Aux coups de tête et de béliers éperdus? Faut-il croire en leur efficacité, en leur durée, en leur conséquences en cohérence avec l’impulsion première de leur idéologie?

Au contraire, une certaine pensée peut-être plus pragmatique de la vie, plus réaliste, dit que les vrais changements arrivent à pas de loup, comme la gestation lente mais sûre d’un enfant. Que ça ne se voit pas, qu’il n’y a pas d’excitation romanesque,   romantique, qu’il n’y a pas de passion presque, du moins qu’il n’y pas de violence, pas de souffrance. Mais une prudence sûre d’elle, bonne ou machiavélique. Le joueur d’échec ou de go se tient serein. Il ne porte pas de gilet jaune, il ne s’appelle pas Emmanuel… qui est-il, ou elle?

La joueuse d’échec ne s’appelle pas non plus Marianne, la carte du territoire présentera quelques nions, ainsi que la statue de l’Arc de Triomphe.

La représentation de la liberté révolutionnaire sur un monument napoléonien, trépanée par des hommes non pas réellement désespérés de ne pas être libres, de ne pas savoir être fraternels, mais de ne pas être égaux, dans le sens de 89, d’Identiques, d’équivalents, dans le sens d’une dignité matérielle et financière dont on les ampute.

“Discours sur l’Inégalité parmi les hommes”, et sur les écarts de salaires et de fortune, devrait réécrire Rousseau.

“Il y a dans toute révolte populaire un rêve libertaire et communiste”, qui a encore dit cela?

Il y a dans toute révolte populaire une part de violence virile qui éclate, même si Delacroix fait monter une Marianne sein nus sur les barricades, et puis une part de manipulation, et puis ce ne sont pas toujours ceux qui souffrent le plus qui crient.

Des hommes avec des gilets fluorescent, couleur qui n’existait pas du temps de 89 et de Napoléon, ont fait s’épancher la matière grise d’une tête qui symbolisait la liberté rageuse, la force virile, féminine, totale, qui dit NON,  la pugnacité de valeurs justes qui doivent toujours rester vigilantes et combatives pour perdurer.

Cette quasi profanation signifie-elle désillusion, contradiction du mouvement, absurdité, ignorance, ou simple dérapage totalement incontrôlé?

L’Histoire a prouvé que les sans-culottes et les bonnets phrygiens ne furent pas les vrais vainqueurs de 89, les révolutions flouent ceux qui y participent, mais non ceux qui les fomentent.

La vérité avance à pas feutrés et sûrs, sans grands éclats donc. Dans la sphère intime avec douceur et prudence, dans la sphère publique avec sagacité et vision à long terme.

Pendant ce temps, le joueur ou la joueuse de Go sourit, d’un sourire de Mona Lisa sur les lèvres viriles de la future Marianne, dont personne encore ne connaît le nouveau visage.

 

O.O

Ils avaient un corps totalement imberbe.

Sauf sur la tête, les parties génitales, les aisselles. Les mâles en avaient un peu plus, de poils, autour de la bouche. ça faisait bizarre. Mais même hyper poilus, aucun ne pouvait rivaliser avec nous.

Ils avaient été, depuis la nuit des temps de leur naissance préhistorique, un peu obligés de se bouger un peu  leurs fesses à nu, pour  les couvrir, de se mettre à cogiter sérieux, histoire de trouver une solution décente à leurs insuffisances. Cela leur avait  donné une forme d’intelligence que dans leur démesure, ils avaient tout de suite qualifiée de “supérieure”, l’instant de s’en rendre compte.

Ils étaient un peu  frimeurs nés, tous. Ils nous trouvaient parfaitement cons, et c’était bien réciproque, mais au fond ils savaient que nous étions aussi, mais différemment intelligents, et c’est pour cela que nous leur faisions peur, ce qui était aussi assez réciproque.

Donc ils étaient tout nus, parfaitement à poils, naturellement.

Mais au lieu de voir ça comme un châtiment, ils avaient vu en cette différence étrange la marque d’une élection.

Ils s’étaient mis à regarder le ciel bizarrement, avec beaucoup d’excitation, ils s’étaient mis à gémir sur leurs morts, de manière assez absurde, voire indécente.

Ils avaient décrété que tout ça n’était pas du  tout supportable en l’état.

C’était manifestement des hyper sensibles qui s’était mis en tête d’apprivoiser le monde, faute de pouvoir se guérir de leur fragilité, faute de faire que des poils les protège un peu  mieux du froid.

Des types nés pour la complication: des humains.

Ils s’étaient donc mis en tête des idées incroyables, sur la vie, sur le bonheur, l’amour, et parfois, tellement d’idées, que ça les empêchait justement de vivre, d’être heureux, d’aimer.

Bon. Ils avaient établi qu’on ne savait pas, nous, que nous  étions, selon la formule de Heidegger, des “êtres pour la mort”. Et ils avaient fait de cette prise  de conscience de la finitude le fondement de leur révolte, et de leur liberté. A la base, il faut  avouer que ce n’est pas con, même si, dans un sens, c’est vain.

La lutte en elle même était leur façon de se sentir exister: nous avons toujours été différents.

Donc ils nous trouvaient cons. De ne pas nous rebeller contre la Nature. “Bêtes”: le nom commun qu’ils avaient choisi pour nous qualifier était aussi transformable en adjectif synonyme de “con”. Pratique, sympa.

Comme je suis con, comme je fais partie des cons, et que je  ne pense jamais, je me suis quand même demandé alors pourquoi ils  n’avaient pas simplement partagé le monde vivant plutôt qu’entre “humains” et “bêtes”, entre simplement “intelligents ” et “cons”.

?

Je tire de cette interrogation l’hypothèse selon laquelle : par précaution, ils savaient bien à la base qu’ils étaient loin d’être tous intelligents, et que  nous n’étions pas tous si cons– puisque notre regard leur faisait peur, souvent.

Evidemment que je sais que  je  vais mourir.

Evidemment qu’il n’y a rien à y faire. Evidemment que quelque part, ça nous fige tellement, qu’on en a une conscience lucide et cruelle, et rationnelle, tellement qu’on ne juge pas très intelligent de foutre des coups de poings dans l’eau du  Destin.

Evidemment ça nous rend triste, les humains ont la révolte soit sauvage, soit belle, artistique, tragiquement belle, joyeusement belle. A nous l’attitude placide et mélancolique. Joies infantiles et oublieuses des bêtes  que  nous sommes: parfois nous dansons.

Enfin… nous  n’avons pas inventé la musique baroque ni le Jazz, soit.

Il y a sans doute quelque chose qu’ils ne comprendront jamais. Mais nous non plus, je l’admets, il y a peut-être quelque chose que  nous ne comprendrons jamais.

Qui a raison?

La Terre? Le système solaire? Le Cosmos? La vie ou la mort qu’ils redoutent tant?

Qui aura raison?

Ils nous regardent fascinés, ils ne veulent pas croire que c’est nous qui les interrogeons, du  plus profond de la grande bifurcation. Il y a des dizaines de milliers d’années.

Ils nous aiment, soudain nous  les obsédons. Et dans une chambre d’hôpital, l’un d’entre eux a tout à coup envie de nous dessiner, comme par une grande vision. Devant le spectacle qu’il trouve quand même vachement comique de ce corps à poils soumis à l’examen des docteurs, réalisant son ridicule de primate, tout à coup il pense à nous. C’est bien le moment et l’endroit. Tout en écoutant du swing sur TSF jazz.

Va comprendre Charles. Un grand désir d’expression, de recréation d’un monde, bien typique  de leur espèce, qui leur donne des démangeaisons. Et l’humaine dans son lit d’hôpital, qui n’a vraiment rien à foutre de mieux, trouve ma tronche sur internet, et me choisit, entre tous les Orangs-Outans  de la toile… et réalise que je ne peux pas être con, rien qu’à  mon regard, et réalise en même temps…. qu’elle ne sait pas dessiner.

 

 

REGARD CHANTANT

Petit poème d’hommage à la Prévert, pour la rime en aimant…

 

C’est la vie, c’est la mort

Aznavour est mort.

Dans un sens c’est si triste

Quand un monde se finit

Comme un amour parti

Qu’on se demande soudain:

Comment vivre sans lui

?

 

C’est la mort, c’est la vie

Un petit air qui s’enfuit

Un courant musical

Si joli que c’est si triste

Comme c’était triste d’être joli

Autrefois la mélancolie

Romantique, évanouie.

 

Et ta voix nous poursuit

Vibrante, chaude, fragile, infinie

Qui te survit

Etrange monument

De sons contre le temps

Qui s’élève

Nostalgiquement.

 

C’est la vie, la vie,

La vraie musique jaillit

Un peu démodément

Trop tendrement

Langueur dans la voix

De nos grands-parents

Chantant: l’antan, l’antan.

 

Contre le vent

De la mort, de la mort

Qui démolit tous les raffinements

Des anciens sentiments

Si nobles, poétiquement

Contre ce vent

De progrès annihilant

Froidement

 

Ta Bohème, tes vingts ans

Pour toujours si

Mystérieusement, si populairement

Mais si profondément, magiquement

Emouvant.

 

Charles A2

 

LE CHANT DU MONDE

 

Cheval ami, et cheval de l’apocalypse. Dans la complainte un peu folle, shakespearienne d’un personnage de Giono, un personnage de femme, lasse des hommes et de leur furie absurde, ridicule. Qui attendrait le déluge, que tous périssent, sous les sabots d’un cheval rédempteur, et pur, et qui l’épargne, elle seule.

p 125, édition Folio, Le Chant du Monde, Jean Giono, paru en 1934. Interprétation libre du chant de Gina.

” — Ecoute, dit Antonio.

Dans la maison on entendait chanter. C’était des notes basses, graves et furieuses. Ça redisait tout le temps pareil, tout le temps, tout le temps.

Oh! mon cheval!

ô mon cheval!

est-ce que tu peux nager dans le sang?

Fendre le sang comme une barque?

Sauter dans le sang comme un thon?

Écraser des hommes comme des fagots dans la boue?

— Attache sur ta tête un mouchoir d’or,

et je fendrai le sang comme une barque,

et je sauterai comme un thon,

et j’écraserai les hommes comme des fagots,

Pourvu que je te reconnaisse si toi tu tombes.”

 

LONGTEMPS

 

Petite élégie d’été indien

 

Devant le soleil levant,

Devant la mer

Loin des entre-sois

S’échapper et se demander

“Qui c’est, ‘moi’?”

 

Devant un verre

Tout simple et amical

Devant le visage d’un homme

Ou d’une femme qu’on aime

Être soi-même.

 

Parfois se perdre et se dissiper

Dans les communautés

Dans les conformités obligées

Pour ne pas détoner–

Rester soi.

 

Être capable de résister

De serrer

La main de l’Autre

Rejeté, ou critiqué

Rester fidèle à sa vérité.

 

Devant le ciel,

Devant un air de blues ou de Bach

Se foutre des préjugés

Être soi, hors de son Antre

Être libre

Vraiment

C’est à dire

Intérieurement.

 

Et sous le soleil couchant

Tous ces mystères,

Et sans jugement,

Aimer la vie,

Un petit verre, devant la mer

Contre la mort rester Amis

Longtemps.