ENTRE LA PIERRE ET LA FLEUR

Percée dans le Temps, ses trous d’airs qui nous font chuter. Souffrances trompant soudain notre vigilance.

Retrouver le souffle, puiser de nouveau à la source du poète mexicain, cher Octavio Paz, viatique, drogue bénéfique pour toujours: octaves répétées martelées comme des soutiens dans les épreuves, quand rien d’autre ne fait d’effet, pour trouver un peu de Paix, par la grâce de la parole vraie, poésie terre à terre, ciel à ciel.

Extrait de « Entre la piedra y la flor », in Calamidades y milagros, recueil « LIBERTAD BAJO PALABRA », liberté sous parole…

I

Nous naissons pierres

Rien sauf la lumière. Il n’y a rien

Sauf la lumière contre la lumière.

La terre:

Paume d’une main de pierre.

L’eau muette

Dans sa tombe calcaire.

L’eau incarcérée

Humble langue humide

qui ne dit rien.

La terre soulève une buée.

Volent de sombres oiseaux, argile ailée.

L’horizon:

Quelques nuages abrasés.

Plaine énorme, sans rides

L’hénequen, indexe vert,

Divise les espaces terrestres.

Ciel déjà sans rivage

II

Qu’est-ce que cette terre?

Quelles violences germent

sous sa cascade de pierre,

quelle obstination de feu déjà froid,

des années et des années comme de la salive qui s’accumule

et se durcit et s’aiguise en pointes.

(…)

III

Entre la pierre et la fleur, l’homme

la naissance qui nous mène à la mort,

la mort qui nous mène à la naissance.

L’homme,

sur la pierre pluie persistante

et fleuve entre les flammes

et fleur qui vainc l’ouragan

et oiseau pareil au bref éclair:

l’homme entre ses fruits et ses oeuvres.

(etc;).

.

LA ROSE ET L’ABSURDE

Une grosse limace était apparue sur le bord. Et c’est ainsi qu’avait surgi l’horreur.

Pas sa propre mort. Celle de l’Autre. Celle bien entendu, surtout, de l’Autre proche, de l’être connu, aimé. Du « proche », un membre de sa famille. Pas le prochain, celui ou celle frère et sœur en humanité, non. Le proche, le membre, de ce corps, qui nous constituait, malgré soi, autant qu’on le constituait.

Tant que les humains s’engendreraient les uns les autres, naturellement, créant ces liens naturels, si étrange : le sang.

Et donc, voilà qu’elle avançait, avec son corps de gastéropode nu, inutile, répugnant.

Il fallait vraiment se convaincre d’une harmonie du monde, être dans une sorte de panthéisme mystique et se forcer à la bienveillance à l’égard de la Création en général, c’est à dire considérer d’un même œil comme faisant partie d’un même tout le bien et le mal, la souffrance et la joie, le soleil et la destruction pour accepter… pour l’accepter : cette chose gluante… incompréhensible.

Nous savions tous que nous marchions sur cette corde tendue par-dessus des abîmes.

Mais nous ne voulions pas le voir, et quelque part, discrètement, l’animal informe, la pauvre petite bête horrible malgré elle, avançait, vers son petit néant.

… … … « Aujourd’hui » :

Le long de cette tige, la limace monte, une rose blanche au bout.

Le dire n’est peut-être rien.

Qu’est-ce que cette limace ? La mort, pas seulement.

Imperfections, doutes, renoncements.

Pourquoi la souffrance, la mort ?

Tant de réponses depuis le début de l’humanité à cette question qui se posera à jamais, sans relâche.

A tout bien y réfléchir, mettant de côté, désapprenant tout ce que nos cultures nous ont inculqués, POURQUOI?

Tout simplement peut-être, pour tester notre capacité à la révolte, à la résistance.

Pour forger notre dignité et ainsi donner sens à nos vies. L’amour ne suffit pas, sans combat. Le combat serait inhérent à l’amour de la vie, ou tout court. Autre lien subtil entre amour et mort, sans mort pas de vie et vice versa mais autour de la notion renouvelée du combat. Dans le sens que Xavier Bichat donnait déjà à la défnition de la vie il y a plus de deux siècles: « Ensemble des fonctions qui résistent à la mort ».

Notion dissolue dans les époques plus faciles, que nous rappellent certains témoignages de résistants et résistantes.

Sans combat, il n’y aurait que cette limace, que l’on met dans une coquille jolie, avec beaucoup de persil, d’ail et de sel, pour donner du goût à ce qui en soi, n’en aura jamais, faisant illusion.

Notre répugnance aurait un sens. Signe d’un désir de vie : de ne pas voir cette être sur la rose. D’instinct : ne pas supporter de la laisser monter comme ça, dans le jardin encore mouillé par l’aube, prête à s’attaquer aux feuilles, à bouffer toute la fleur. Au-delà du fait que la rose ne soit qu’une rose qui est une rose qui est une rose, que la limace ne soit qu’une limace qui est une limace qui restera limace, comme aurait dit Gertrud Stein. Oppositions esthétiques, et symboliques.


« Rose is a rose is a rose is a rose.
Loveliness extreme ».

Limace : Absurdité extrême

Parfois donc.

Parfois. Il ne faut pas accepter, ni tolérer. Ou chercher à aimer. Il ne faut pas dire, faussement, c’est à dire pour se défausser : « c’est la nature ».

Cette Nature qui, si elle existe elle-même comme réalité indépendante, nous donne ce sursaut de révolte contre certains mécanismes : processus de lutte immunitaire.

Il faut lutter. Donc. Nous sommes faits pour, jusqu’au bout. Même sans espoir de vaincre. Surtout.

Il faudrait savoir, savoir se souvenir, qu’il faut toujours lutter. Qu’il y aura toujours quelque chose contre quoi lutter. Et qu’au moment précis où l’on croit une lutte finie, un combat remporté, c’est encore là où il faut lutter plus que jamais. Métaphore filée de la lutte, morale, depuis Epictète jusque Victor Hugo*.

Garder contre les conforts faciles, les technologies soporifiques, des esprits alertes et critiques. Se défier des angles morts. Puisqu’aucun bonheur ni aucune joie ne sont définitifs. Puisque, presque par chance, le malheur ou sa menace existent, les chaos que l’on se voile dans nos extases personnelles. Le monde est imparfait, première grande vérité de la philosophie bouddhiste, et il faudra toujours le répéter, se le répéter, moins bien que d’autres peut-être, jadis, mais sans relâche. Renouveler le sens des religions mais sans dolorisme, sans mortification ni fuite.

Cela aussi serait en soi une forme de combat, celui de la conscience pour rester vigilants, lucides sans pessimisme, et réactualiser par l’art, la pensée exprimée, à l’infini : cette permanence tragique de la limasse, qui même si on la tue, renaîtra similaire. Autre, sur d’autres tiges. Sans fin. Sisyphe. Réalité d’un Univers qu’aucune technologie humaine ne changera jamais, en soi. Et que plus : il ne faudrait jamais changer. L’éternité n’est pas pour demain, et n’est pas souhaitable. Vision de  nous-mêmes transformés en dieux apathiques, lombrics éternels : on s’ennuie sur l’Olympe et les dieux grecs ont toujours désirés les mortels (surtout les mortelles) qui bêtement les enviaient.

Alors, si nouveauté il peut y avoir, infime dans notre vision du monde, aux premiers babils du IIIème millénaire, ce serait, peut-être, dans une non acceptation stoïcienne, presque un plaisir, du moins un respect taoiste de l’utilité de la destruction que l’on retrouve dans le Livre des Métamorphoses. Non pas aimer la mort au sens de la désirer, mais accepter son utilité, par la lutte même qu’elle suscite en nous, obligeant à manier aussi bien les armes du courage que de la sagesse. Nouvelle Voie, à la croisée, et au dépassement d’un face à face entre Orient et Occident philosophiques.

Il ne s’agirait pas, dans cette nouvelle pensée en Actes, de refouler son chagrin sous des visages impassibles et trop zen, non plus de le hurler comme les pleureuses antiques.

Il s’agirait : dans l’acceptation presque éblouie de la similitude entre cette douleur et celle de l’enfant qui naît, laisser s’écouler la peine, comme le ciel pleut, pour faire germer. Savoir que TOUT CECI, surtout, dans le mal comme le bien qui s’engendrent et se complètent, cassant le sentiment absurde des cycles, à travers cet immense élan de forces contraires, aura eu un sens, ne serait-ce que dans la possibilité offerte du bonheur. Et si possible enfin connaître, au bout de nos toutes nos luttes, l’apaisement d’êtres accomplis qui, selon les mots de Romain Gary, dans Poussières d’Etoiles, n’auront pas « brûlé en vain ».

*Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent ; ce sont
Ceux dont un dessein ferme emplit l’âme et le front,
Ceux qui d’un haut destin gravissent l’âpre cime,
Ceux qui marchent pensifs, épris d’un but sublime,
Ayant devant les yeux sans cesse, nuit et jour,
Ou quelque saint labeur ou quelque grand amour.
C’est le prophète saint prosterné devant l’arche,
C’est le travailleur, pâtre, ouvrier, patriarche ;
Ceux dont le cœur est bon, ceux dont les jours sont pleins,
Ceux-là vivent, Seigneur ! les autres, je les plains.
Car de son vague ennui le néant les enivre,
Car le plus lourd fardeau, c’est d’exister sans vivre.
Inutiles, épars, ils traînent ici-bas
Le sombre accablement d’être en ne pensant pas.
Ils s’appellent vulgus, plebs, la tourbe, la foule.
Ils sont ce qui murmure, applaudit, siffle, coule,
Bat des mains, foule aux pieds, bâille, dit oui, dit non,
N’a jamais de figure et n’a jamais de nom ;
Troupeau qui va, revient, juge, absout, délibère,
Détruit, prêt à Marat comme prêt à Tibère,
Foule triste, joyeuse, habits dorés, bras nus,
Pêle-mêle, et poussée aux gouffres inconnus.
Ils sont les passants froids, sans but, sans nœud, sans âge ;
Le bas du genre humain qui s’écroule en nuage ;
Ceux qu’on ne connaît pas, ceux qu’on ne compte pas,
Ceux qui perdent les mots, les volontés, les pas.
L’ombre obscure autour d’eux se prolonge et recule ;
Ils n’ont du plein midi qu’un lointain crépuscule,
Car, jetant au hasard les cris, les voix, le bruit,
Ils errent près du bord sinistre de la nuit.
 
Quoi, ne point aimer ! suivre une morne carrière,
Sans un songe en avant, sans un deuil en arrière !
Quoi ! marcher devant soi sans savoir où l’on va !
Rire de Jupiter sans croire à Jéhova !
Regarder sans respect l’astre, la fleur, la femme !
Toujours vouloir le corps, ne jamais chercher l’âme !
Pour de vains résultats faire de vains efforts !
N’attendre rien d’en haut ! ciel ! oublier les morts !
Oh non, je ne suis point de ceux-là ! grands, prospères,
Fiers, puissants, ou cachés dans d’immondes repaires,
Je les fuis, et je crains leurs sentiers détestés ;
Et j’aimerais mieux être, ô fourmis des cités,
Tourbe, foule, hommes faux, cœurs morts, races déchues
Un arbre dans les bois qu’une âme en vos cohues !
 
Paris, décembre 1848.
 
Victor Hugo, Les Châtiments, 1852.
> Texte intégral : Paris, Hachette, 1932

Images CLR

https://www.cairn.info/bichat-la-vie-et-la-mort–9782130495055-page-5.htm

ÎLES ET AILES

Hommage reprise minuscule, Lucien Ginsburg ( 2 avril 1928-2 mars 1991), texte dédié et chanté dans Amours des Feintes par Jane Birkin.

Journée des elles, le 8 mars, lundi dernier, journée d’une île, le Japon, 10 ans après Fukushima, texte de Yukio Mishima, première page de « L’Ange en Décomposition », La mer de la fertilité IV. Océan, océane, monstre tapis, belle endormie, survolée d’ailes mystérieuses, et propices :

«  TROIS oiseaux semblèrent n’en faire plus qu’un tout là haut dans le ciel. Puis, en désordre, ils se séparèrent. Il y avait du prodige dans cette façon de se réunir, puis de se séparer. Cela devait signifier quelque chose, DE SE RAPPROCHER AU POINT DE SENTIR LE VENT DANS L’AILE VOISINE, avant de s’éloigner à nouveau dans l’azur. IL ARRIVE QUE TROIS IDÉES SE REJOIGNENT DANS NOS COEUR ».

«  Des ils et des elles

Où il est question des ils et des elles

Ils i.l.s et elles e. deux l.e est-ce

Parce que je sais

Qu’entre nous deux c’est

Fini il s’fait la belle

Sur qui tombera-t-il sait-il laquelle

J’irais dans une île, si j’avais des ailes

Et à travers ces

Courants traversés

Je fuirais le réel

Un jour sûrement saura-t-il que j’étais celle

Qui l’aura aimé plus qu’une autre plus qu’elle

Maintenant je sais

Je sais ce que c’est

Que l’amour au pluriel

Où il est question des ils et des elles

Ils i.l.s et elles e. deux l.e est-ce

Parce que je sais

Qu’entre nous deux c’est

Fini il s’fait la belle

Peut-être m’en restera-t-il des séquelles

De ces turbulences en parallèle

Moments à passer

Pour oublier ces

Délires passionnels... »

LA RÊVEUSE

Au XVIIème siècle, des humains ont composé certaines musiques qui auraient pu disparaître à jamais.

Les notes avaient été écrites à la plume d’oie avec de l’encre, sur du papier. Le système utilisé est encore décodable aujourd’hui et s’enseigne par delà toutes les langues du monde, partout dans le monde.

Il s’agit, de facto, du seule langage écrit universel.

A l’heure, du jour, ou de la nuit, où ces hommes et ces femmes XVIIème siècle français (la méconnue aujourd’hui Elisabeth Jacquet de la Guerre adulée sous Louis XIV) imaginaient des airs et les transposaient sur du papier, ils n’auraient sans doute jamais conçu que 300 ans plus tard, leurs sons, diffusés sur des tablettes luminescentes via des satellites orbitaux passeraient par la magie des ondes, dans les oreilles de leur lointains descendants.

Au fond, qu’attendaient ces musiciens d’autrefois en transcrivant leurs imaginaires musicaux, et parfois géniaux?

On peut se poser cette question, qui n’a sans doute aucune réponse certaine. Puisqu’ils n’attendaient rien. Rien du moins qui dépasse de très loin leurs temps.

Annoter un parchemin de sons mis en encre, c’était souvent leur profession et leur plaisir dans le cas des grands compositeurs dont les oeuvres nous sont parvenues. Communiquer leurs musiques aux interprètes, qu’ils puissent la jouer, telle que la musique se jouera toujours : pour donner une bouffée d’éternité au temps présent. Pour faire pénétrer dans un monde totalement atemporel où les secondes se dilatent, dans les meilleurs des cas, quand trois minutes de cordes frottées font sentir l’infini.

Toutes ces phrases mélodiques, ces complaintes, ces élégies, ces bouffées « bas-rock », rythmes qui annonceront ( pulsions de vie, fières rebellions) le « haut » rock du futur.

Peut-il y avoir de vraie musique, de musique qui traverse ce mur du son, qui « déchire », donc les limites, sans une inspiration révoltée, jusque dans la douceur?

Toutes ces choses, les musiciens-compositeurs d’alors les sentaient sans doute, lumineusement. Toute leur vie était portée par cette métamorphose mathématique et rigoureuse de toutes les vibrations de l’âme qu’ils sentaient, ou laissaient monter en eux; un sentiment d’urgence vitale, pour les meilleurs, a- delà, bien au-delà des commandes rémunérées, les animait.

Pensaient-ils à nous? Sentaient-ils au plus profond de leur inconscient qu’une forme de beauté absolue toucherait toujours les hommes avec égalité, et par la même, les rendant égaux dans le plaisir, l’esthétisme, la jouissance, bien au-delà des cultures et des époques? Avaient-il la prescience de Jessie Norman et Lang Lang?

Non. Oui. Certains croyaient aussi en Dieu, et mélangeant tout ça. Le sacré, même dans les oeuvres profanes, n’était jamais bien loin. Et on aurait complètement tord aujourd’hui, chez certains par totale méconnaissance, d’amalgamer le tout, en le ramenant au sacré. C’est sûrement le contraire qui eut lieu, la sensualité et la beauté pure du coeur à travers des cordes ou des instruments à vents qui insuffla la foi dans les oeuvres d’églises. L’impression du sublime n’est pas qu’un attribut divin. Mozart composa Don Giovanni autant que ses requiems, Monteverdi bien avant, des madrigaux amoureux, et des cantates pour Dieu, qui exprimaient, dans des chromatismes similaires, peut-être en réalité la même passion, voire le même désir d’absolu et d’amour total.

Oui. Non: ils n’attendaient rien. Ils désiraient. Le Beau, la suite parfaite, ce qui leur trottait; de la sonate au chant divin, même impulsion, travaillée ensuite avec ordre et méthode, par la grâce du nombre, allié de l’âme. Pour une fois.

Sur du parchemin, de l’encre. Dans un monde ou les statistiques en matière d’espérance de vie aurait jeté l’effroi aujourd’hui parmi nos semblables masqués, où la moindre infection pouvait vous emporter. Hygiène, santé n’était pas des priorités, encore moins des obsessions. Ce qui obsédait ceux et celles dont on parle, c’était donc de jouer, de faire surgir l’harmonie étrange qui captive, vrille un peu, étourdit, fait danser de joie, fait pleurer, purge. C’était de se réfugier ainsi, de se protéger dans une bulle hors des dangers inhérents à toute époque, et à la peur de la mort, dont l’inéluctabilité reste jusqu’à se jour, relative, mais certaine.

Beaucoup de choses demeurent d’actualité. Et dans ce qu’on croit être le grand chambardement des valeurs, la gloire, l’argent et la musique attisent toujours l’envie de vivre. La superficialité jouxte toujours la profondeur. Ainsi dans ces temps où le monde ignorait la démocratie moderne, et qui peuvent paraître aujourd’hui comme invivables, les problèmes essentiels n’étaient pas si différents qu’on se l’imagine. Certains se faisaient banquiers et soldats, d’autres, toujours une infime minorité, musiciens, compositeurs, et les uns soulageaient les autres de leurs peines et leurs violences.

Une forme d’équilibre. Les problèmes essentiels: trouver les remèdes au chagrin, au deuil, trouver ce qui donne la joie, permet d’avancer se sachant condamné. Ce qui permet d’oublier. Si la musique n’est pas née d’hier, une forme de bas consumérisme non plus. Mais les blessures, toutes les blessures étaient beaucoup plus nombreuses et plus graves. Il ne faut pas l’oublier. Contre celles du corps, en dernier recours, la mort apaisait tout. Contre celles de l’âme, la musique avait son rôle à jouer. On a la musique de son temps, on aime la musique qui panse les plaies de son temps, et de son vécu personnel, ou qui en stimule les joies. Quelque chose nous dit, peut-être, qu’alors, quand on savait qu’il n’y avait de toute façon plus rien à faire que d’accepter les coups durs, on avait aussi cette sagesse de s’abandonner dans une prière, un silence, un air mélancolique. Ou tout simplement de s’échapper gratuitement, sans espoir de trace: rêver.

Par delà la mort, et parfois à l’amour.

à 2min 01 : LA RÊVEUSE

Image d’en-tête: Vallée des Saints, Bretagne prise de vue Clr.

( 08minutes 30 : Réveil)

(A écouter dans le noir, sans la voir)

TAPIS ROUGES (et bleus)

Il était une fois un monde où tout semblait avoir changé. Un monde plus incertain que jamais, en équilibre sur une planche de surf, en plein tsunami, tentant désespérément de jouer le pari du Lotus.

Monde de l’éphémère, de l’impermanence et du virtuel comme parachèvement d’une civilisation globale.

Monde flottant, nomade, où les tapis bien utiles et reposant de la prière, se transformeront par une nécessité vitale, en tapis de rêves…

Le tapis rouge du hasard nous déroule ses histoires...

Enfermée bien dans ses plis, il nous découvre la vie...

La vie, et sa poésie
Le vie, et tous ses ennuis
La vie cachée dans la nuit
La vie folle sous les souris...


Le tapis rouge des hangars, des grands entrepôts d'l'Histoire
Stock de nos beaux orgueils, nos fragilités, nos deuils

Nos deuils en technicolor
Nos philosophies sonores
Nos coups d'épée indolores
Nos anesthésies au chlore

Le tapis rouge de la chance, du bon côté d'la balance
Devant l'spectacle de la souffrance notre bonheur, notre indécence.

Et le tapis rouge... comme l'amour
Pendant que la mort fait un tour
Le tapis bleu de l'oubli
Comme la mer et comme un lit

Comme un lit, comme un tapis magique
Pour un prophète qui s'envole loin faire la fête
Et danser
 dans l'infini...






Images clrisselee. Paris/ Bretagne.

PATRIA

Du féminin sur du masculin, père-mère, terre ferme, terre femme, femme patrie:

Patria.

Remettre les pieds par terre, retrouver sa terre, retrouver, ou trouver: un corps stable et ensoleillé qui nous rappelle l’enfance, sans savoir pourquoi.

Un bout vocal pour chanter le retour à une terre quittée et à une femme oubliée depuis si longtemps qu’on croirait ne jamais l’avoir connue… Et peu importe les années et le Temps, qui n’est jamais perdu, quand il nous mène, contre vents et marées, finalement, à bon port.

TU

Ne voulais pas la revoir, comme on a peur du noir…

Amour, adolescent (ya trop longtemps…)

Tu voulais la garder, puérilement, folle, et fraîche, dans ton souvenir… tu voulais

L’oublier… un peu lâchement… peur aussi

De la retrouver

plus belle qu’avant.

Les années ont passé, d’autres que toi l’on connue…

La poussière, bitume est devenue

Une ride là, sur sa joue nue : rue, qui n’y était pas.

Qu’est-ce qu’elle en sait, la terre,

De ceux qui passent, sans jamais rester… c’est elle qui possède

Ces obsédés, et n’appartient qu’à ceux

qui l’ont aimée.

Comme toi, aussi, ouvre bien l’oeil

Vers le bleu de la mer, et du ciel

Lumière

Contre le mur blanc

En toi

Surgit l’enfant…

Elle te sourit déjà,

Ignore les ombres, tout autour

Elle t’attendait, tranquillement, depuis

Toujours.

Alors… tu la reverras…

Comme une

Première fois

Et vous saurez que tout est encore LÀ

Et vous rebâtirez sur ce retour… votre

Nouvel

Amour

votre nouvel amour…

LVDC pompompompommes

Petit air comme ça, pourquoi? Y a-t-il du mensonge dans l’air? Air contaminé? On ne sait pas. Petit air, c’est tout, tout petit.

La vérité des Choses

Nous laisse tout chose

La vérité des poses

Qui cachent tout ça…

La vérité des choses

Qu’on oublie pas

Que jamais on ose

Même se dire tout bas

C’est cette vérité là

Derrière l’overdose

Des mots qu’on impose

(Comme on jette un drap)

Pourtant parfois

Tous les mensonges s’annulent

Toutes les grandes phrases reculent

Toutes les fausses joies, les calculs

Dans le silence de la conscience–le Vrai nous brûle

Quand ça fait des tâches

Toutes ces évidences lâches

L’enfant intérieur

Crie sa douleur

De voir nos êtres

Broyés par le paraître

Et ces mauvais désirs

Qui poussent à mentir

La vérité des choses

C’est de sentir la Vie

Libre Harmonie

Le point « Ô »….

L’osmose…

La Vérité des Choses nous laisse tout chose la vérité suppose qu’on

CASSE

TOUT

ça…..

ROSES ET EPINES: AMERICA’S PARADISE

Dieu avait planté un rosier, puisqu’à l’origine Dieu était le jardinier, pour ne pas dire le planteur.

Tout homme qui plante est en droit de se prendre pour le Dieu de la Bible.

Tout homme qui se plante, aussi: Dieu est le premier a avoir fait mea-culpa, après moi le déluge. Tout artiste qui détruit son oeuvre a toutes les absolutions du monde. L’erreur, avant d’être humaine, est surtout divine.

Dieu en son jardin, à l’ouest d’Eden, avait un rosier, ce que l’histoire ne dit pas. Près du rosier était une femme qui s’appelait Lily, The Lily of The West, Son amoureux part la retrouver, mais derrière le rosier, Lily a trouvé un nouvel Adam. La Folk Song, chanson populaire, ou folklorique (« folk », étymologie germanique « Volk », peuple) d’origine irlandaise passe l’Atlantique et se retrouve rejouée à Louisville, Kentucky.

L’amoureux tue l’amant, et se prend quelques épines au passage: les pétales roses tachés de sang, symbole des rêves déçus, des paradis qui tournent à l’enfer, et de manière générale, des passions humaines.

Mais la voix de Joan Baez nous emporte, elle, l’anglo-mexicaine, avec ses cheveux longs à l’indienne, peace&love. Symbole du métissage américain dans tout son génie. Recréant une nouvelle identité, fédératrice, comme le jazz. La musique, creuset primordial, unifie, réconcilie.

Toute unité nationale est fragile, surtout celle fédérale des Etats-Unis où Tocqueville voulu lire le destin politique d’un système démocratique appelé à convertir tout le monde moderne.

Aujourd’hui : unité dans la pluralité, faute de mixité?

Les épines des roses.

« America » symbole de toutes nos contradictions, de la liberté proclamée sur le dos de l’esclavagisme et de l’ethnocide, menant au jazz, au ragtime, aux chants noirs dont les rythmes sont la plus pénétrante, si évidente qu’on ne la redit plus, présence de la culture africaine dans la musique dite « moderne ».

« Help yourself »,

« Help Yourself », à l’ouest d’Eden et au sud de la Champagne.

aide-toi, le Ciel t’aidera. Premier commandement à tout citoyen américain, différente forme de démocratie où pour des raisons historiques, l’égalité n’étant pas vraiment à prouver, n’ayant connu l’aristocratie d’Etat des anciens régimes monarchiques, c’est la liberté qui restera plus qu’en France l’objet de toutes les passions.

Et même si l’ultra-capitalisme prend des airs de ploutocratie inégalitaire sur le plan matériel, le racisme n’y a pas la même résonance que dans un pays comme la France, puisque donc, l’égalité des citoyens ne faisant pas de doute devant la Loi presque divine là-bas, une terre où le « blanc » ne peut se targuer d’une préséance culturelle légitime sur le territoire: les États-Unis, terre où tout le monde est immigré, et ne peut l’oublier, où le blanc porte le poids du péché originel (l’asservissement des noirs pour construire l’Eden) et ne peut l’oublier, et où un président noir a fait pleurer les gens de joie, puis un blond rire de tristesse, ce que nous ne devrons jamais oublier.

Make America Dream again…

L’Amérique de mi-XXIème siècle deviendra-t-elle le cauchemar consumériste de Bradbury et Aldeous Huxley? La musique commerciale détrônera-t-elle les traditions de la country, du jazz, du blues et même du classique (cf Jessye Norman)? Les génies à double tranchant de la Silicon Valley prendront-il le pouvoir (politique, l’autre est acquis planétairement) avec plus de garantie pour les liberté qu’une Chine devenue N°1 mondial?

Tout en la snobant pour avoir les défauts de ses qualités, nous savons bien que nous lui devons tout, beaucoup de critiques européens n’y ont jamais mis les pieds et ne parlent pas sa langue, et n’ont pas lu sa littérature. et parfois même pas écouté sa musique–comment alors la juger?

Joan Baez nous rappelle qu’il faut lui pardonner, et ne pas cesser de croire en elle et ses capacités de rebond, en attendant de pouvoir à nouveau… en rêver.

Jardin d’Eden, quelque part en Champagne.

PAR DELA L’IRREEL ET L’INDIFFERENCE

Dans l’Inconnu sur la Terre, le grand écrivain français né à Nice, JMG Le Clézio parle non seulement du « Bleu infini du Réel », mais surtout il affirme dans une de ses pages où la poésie rejoint l’essai et la réflexion métaphysique, que la Réalité est stable, simple. Que ce sont les hommes, avec leur folie du Logos, c’est à dire leurs pensées, leurs tourbillons intérieurs, leur vanités de fausses idées, qui fichent le bazar et se rendent malheureux, sans véritable Raison, du point de vue de cette Raison supérieure, universelle, paisible, cosmique.

Puisant à la double inspiration de ce texte mais aussi des sagesses védiques à l’origine de l’hindouisme, ou encore aussi comme les grecs le concevaient, la réalité véritable est Harmonie, et le bonheur des hommes, leur capacité à se mettre au diapason avec elle, dans leur corps individuel, comme social.

La spécificité de l’humain, pour ne pas dire sa spécialité, étant de pouvoir rompre cet ordre, pour le meilleur mais souvent pour le pire, ordre auquel les autres vivants, eux, ne voient pas trop à redire.

C’est ce qui a fait les avions, le bonheur d’utiliser un sèche-cheveux le matin, de ne pas mourir à deux ans d’une bête appendicite, mais aussi de se massacrer, souvent plus que de s’aimer, les uns, les autres.

Que tout ceci soit bon ou mauvais, dans la sagesse spécifiquement védique, celle des Upanishad et de la Bagavad Gîta, cela importe finalement peu, du moins beaucoup moins que dans la doctrine chrétienne.

Le ciel passe. Dans cette autre sagesse antérieure historiquement à toutes celles qui ont fondé le monde contemporain, le temps est destructeur, le Divin absolu est à la fois producteur de mort, de vie. Avec une telle conception, Elie Wiesel ne se serait pas révolté devant l’azur tranquille au dessus d’Auschwitz, un matin de printemps, comme il le décrit dans La Nuit. S’il avait été un Brahmane du subcontinent indien du sixième siècle avant notre ère, jamais l’automutilation humaine à l’échelle industrielle ne lui aurait fait perdre sa foi dans le Divin (« Brahma »). La question de l’éthique se serait posée, celle de la révolte, de la responsabilité, de la folie des hommes, de leur injustice, non celle du Monde.

On a rappelé ce matin sur une radio française que le Dieu chrétien est amour et appel à la solidarité et que c’est pourquoi l’Eglise est visée. Bien entendu ce n’est pas faux, mais ce n’est pas vrai non plus.

Le dieu des chrétien est tellement Amour que l’on a massacré en son nom. Il l’est tellement que tout chrétien qui se respecte devrait aujourd’hui non pas suivre les ascèses de Saint Ignace de Loyola mais le modèle du Fils de Dieu, chassant les marchands du temple, disant que le vrai trésor de l’homme c’est son coeur, maudissant le matérialisme et l’accumulation démesurée et égoïste de capital, au contraire, faisant l’éloge du don gratuit de tout.

Ce n’est donc pas ce Dieu là ni son Fils qui ont été attaqués ce matin. Ce n’est pas l' »amour » en soi, puisqu’il faudrait pour cela que les « terroristes » aient une connaissance minimale de la religion chrétienne quand ils n’en ont même pas de la leur, profondément.

Tout ceci est ABSURDE : étymologiquement, discordant, qui rend sourd, qui fait un bruit chaotique, un son faux qui rompt l’harmonie de la vie et du monde, qui casse la beauté du Réel. C’est l’humain pris dans son propre vertige destructeur, et autodestructeur, manipulé par des idées folles et peu claires, nourries par la pauvreté, les ressentiments culturels, historiques et politiques. Ce que cet homme d’Eglise sur la radio a qualifié d' »Esprit du mal », de Démon, en grec daimôn négatif, dont l’individu en tant que tel n’est pas responsable, comme une tempête folle qui le traverse, et qui en même temps, permet de lui pardonner.

En clair : le ciel aujourd’hui est triste, et bien en harmonie pour le coup avec le sort de quelque millions d’humains alarmés sur un coin hexagonal de la planète.

A relire donc tous les textes d’Elie Wiesel partant de la Shoah, à repenser à tous ces égarements religieux depuis les croisades et les premiers grands massacres inter-humains au prétexte de conceptions soi-disant divergentes du Divin, on se dit que depuis le 11 septembre, la barbarie a quelque chose de ringard. C’est bon, c’est fini tout ça, stop. La crise d’ado, c’est fini, il faudrait enfin être sages, adultes, non pas s’embrasser tous à pleines bouches masquées, mais quand même, arrêter d’exagérer comme ça.

Donc en final, puisqu’il faut bien rassembler les idées de manière simple, pour empêcher la compassion de déborder en larmes de rage inutiles et paralysantes à titre individuel, puisqu’il faut bien vivre et ne pas grossir à la loupe une blessure certes sanglante dans le sein d’une sphère qui continue néanmoins de tourner:

1/ La vraie réalité n’est pas la barbarie, par delà les nuages, le ciel est bleu, l’univers produit de la création comme de la destruction que l’humain ne devrait pas précipiter stupidement, s’il veut la paix.

2/ Par delà le bleu du ciel, L’Univers aussi est noir, infiniment, et silencieux. Il n’y a pas franchement de quoi non plus éclater de rire, juste peut-être se réjouir d’autant plus de cette précaire réalité vivante du Bleu qu’il nous est donné de contempler pour un temps restreint. Et sans nous laisser tordre le ventre par la barbarie humaine, tout en se rassurant sur un ordre cosmique des choses, de la réalité sans doute de quelque chose de beaucoup plus Grand que nous, ne pas oublier en même temps de compatir :

Parvenir à vivre heureux, sans être indifférent. Défi de l’époque.

copyright images clrissselee

OR d’AUTOMNE

Une chanson retrouvée griffonnée sur la table après le dernier conseil des ministres. Un jeune président rêve à l’impossibilité que les gens soient tous heureux en même temps, comment faire? Une certaine forme d’Or naturel existe, qui relativise tout… même l’argent.

Solor

L’AUTOMNE…

L’automne est belle, dans sa robe de feuilles…

deux êtres se tiennent par la main.

Ni jeunes

Ni vieux,

soucieux, mais heureux. Pas vraiment riches,

sauf d’être amoureux, dans le soleil d’or

du matin.

D’autres jouent à la guerre, c’est merveilleux.

L’automne leur fait une crise de jalousie

qu’ils ne voient pas.

Le soleil roux, les pauvres heureux n’existent pas

pour eux.

Le soleil d’or, être amoureux, ces trucs gratuits–c’est fini.

Elle,

sort ses dentelles, elle se déshabille.

Au bord de la rivière, ses dentelles naturelles

De fougères, de lumière sur l’eau qui brille… cette vieille grand-mère, toujours fraîche : l’Automne

les enivrent : Ils se dépêchent.

De sauter

De s’éclabousser, de rire,

Comme si rien n’avait jamais existé

D’autre que cette liberté

De n’être rien, mais d’être tout

Les poches vides mais

Une main chaude dedans, le coeur

Plein de diamants.

….

L’Argent… c’est très important.

Mais

Parfois

Ce n’est pas suffisant… l’argent…c’est

très

très important mais

parfois on s’en fout vraiment….

Toutes images clr. issselee : Pantin, île de France, et source de la Roche Jagu, Bretagne.